Jean Charest est-il un candidat sérieux pour diriger le Parti conservateur du Canada ?

Le retour de Charest: sérieux?

ÉDITORIAL / Jean Charest est-il un candidat sérieux pour diriger le Parti conservateur du Canada ? Oui... bien que le Parti conservateur d’aujourd’hui n’est pas celui qu’il a dirigé.

Lors de la fusion de la droite, en 2003, on a laissé tomber le mot «progressiste» du vocable et le changement n’était pas seulement qu’esthétique. Le Parti conservateur est bien plus à droite que son ancienne version. Si ce n’est que sur l’environnement. Le PC d’antan avait adopté des règles strictes sur les pluies acides, notamment, et l’affection de M. Charest pour les questions environnementales n’a jamais été vraiment dénigrée pendant les 15 années qu’il a passées en politique québécoise.

Mais le PC d’aujourd’hui n’adopterait jamais les idées du Parti progressiste-conservateur. Sa position sur la taxe sur le carbone est limpide : les conservateurs «modernes» y sont fondamentalement opposés, viscéralement même. Ils s’y opposent avec l’énergie du désespoir, protestant jusque devant les tribunaux. Que faisait Jean Charest pendant ce temps? Il appuyait l’idée.

Sur le registre des armes à feu aussi, il y a un profond fossé entre les conservateurs des années 1990 et ceux des années 2010. Les modernes y sont profondément opposés alors que Jean Charest n’y voyait pas de grand problème.

Sur les questions plus sociales, M. Charest ramènerait le parti vers le centre: les débats sur l’avortement et la peine de mort, très peu pour lui. Il rééquilibrerait le Parti conservateur alors qu’Andrew Scheer s’est empêtré sur ces questions, pendant la récente campagne électorale, ce qui l’a poussé vers la sortie.

Encore là, serait-ce une bonne idée pour M. Charest de briguer la direction d’un parti qu’il a déjà dirigé, il y a plus de 25 ans, soit entre 1993 et 1998 ?

Les avis sont partagés.

D’abord, la suspicion des Canadiens à l’endroit des premiers ministres provinciaux est grande. Peu ont fait le saut en politique fédérale avec succès.

Certains revoient en Jean Charest le «campaigner» féroce et proche du peuple, qui savait se faire aimer malgré les manquements à l’éthique qui ont marqué son Parti libéral du Québec pendant les neuf années qu’il a été premier ministre. M. Charest a conservé des liens dans tout le pays, du temps où il était en politique active, et il saurait redémarrer ce réseau en un tournemain. Il ajouterait à son vaste groupe de supporters les politiciens de la nouvelle vague, qu’il n’aurait aucun problème à attirer dans son camp.

Mais les Canadiens de l’ouest, notamment, veulent-ils d’un Québécois comme chef du Parti conservateur ? La question mérite d’être posée. Où se rangerait-il sur la question des pipelines, si cruciale à l’Alberta et à la Saskatchewan, deux provinces qui tablent leur avenir sur celui des hydrocarbures ? C’est pourquoi l’attrait d’une Rona Ambrose comme chef du PC attire tant d’attention. C’est d’ailleurs le fait de chaque candidat dont le nom nourrit les rumeurs. Il y a du bon sur chacun, sur Gérard Deltell, sur Erin O’Toole, sur Peter MacKay, sur Michael Fortier, etc.

Le Parti conservateur devra faire son choix d’un nouveau chef au printemps. Le statut minoritaire du gouvernement de Justin Trudeau le demande. Tout cela nourrira les discussions en cette fin d’année. Autour de la dinde et des atocas, les conversations seront animées. Jean Charest en profitera pour approfondir sa réflexion, et en venir à une décision.

Serait-il un candidat sérieux, donc ? Assurément. A-t-il encore envie de s’y lancer ? Cela est moins sûr. Mais il ne faut jamais miser contre un homme qui a été un politicien de carrière comme Jean Charest...