Le problème, ce n’est pas le progrès

« Quatre adolescents sur cinq au monde ne bougent pas assez, les filles en particulier », selon une étude publiée par l’OMS, qui recommande une heure d’activité physique par jour pour améliorer la santé et prévenir les maladies. Tristement, il n’y a pas de surprise ici. Le problème est connu. Faire bouger les jeunes, ça n’a peut-être jamais été facile, mais il faut dès à présent considérer « Internet et les écrans » pour ce qu’ils sont : un facteur qui complique encore davantage la tâche des parents et des milieux scolaires à la recherche d’un équilibre dans cet univers aux contours encore flous.

Il y a quelques années, lors de mes conférences adressées aux parents, je disais à la blague que j’étais « la veille de visiter les parents dans les cours prénataux ». 

Or, ce n’est plus une blague à présent. Internet et les écrans sont dans les maisons, pour de bon, et les enfants viennent au monde, une tablette à la main. Évidemment, sans jamais en nier les effets bénéfiques (l’accès au savoir, le côté ludique, la détente, le plaisir, la découverte), on connaît mieux aujourd’hui les effets négatifs de l’usage abusif des écrans sur la santé, le sommeil, sur les compétences sociales, la gestion des émotions, la réussite scolaire, etc. Une orthopédagogue me disait récemment constater des retards dans le milieu scolaire chez les tout-petits, notamment au chapitre de la motricité fine et globale, l’obligeant, parfois, à montrer à ces enfants comment tenir le crayon et comment bien faire la courbe de la lettre O. 

Voilà où nous en sommes. On commencera à les appeler les « enfants-tablettes ». Des enfants qui ont les deux pieds bien ancrés dans le monde virtuel, mais qui cherchent encore leur équilibre dans le monde réel, avec des retards sur des attentes « normales » pour des enfants d’âge comparable. 

Oui, Internet et les écrans donnent accès à un univers de possibilités, mais ils ne sont pas venus avec le mode d’emploi favorisant une utilisation saine et sécuritaire. On navigue à vue. 

Pendant ce temps, les excès s’accumulent. Après les questions sur l’activité physique émergent les cas de jeunes qui se font compétition sur Instagram pour savoir qui aura l’audace de se filmer en train de commettre des actes de strangulation ou d’automutilation, histoire d’en recueillir par la suite l’approbation des pairs. 

Je ne vous mentirai pas : il n’y a pas de surprise non plus de ce côté en ce qui nous concerne. Nous voyons la bête grossir tranquillement depuis des années. Aujourd’hui, certains aspects de son visage sont très inquiétants. 

Lorsque nous en discutons avec les jeunes, certains nous disent « d’arriver en 2019 », comme si nous étions d’un autre siècle. Or, ce n’est pas une question de progrès. C’est une question de santé publique et de bien-être de nos milieux. 

Ce qui manque, partout, c’est le mode d’emploi. Avec une ligne d’information gratuite aux parents, par exemple, on ferait un bond prodigieux en avant et ferions reculer d’autant les problèmes, les sévices, les malheurs. Tout cela afin de prévenir les problèmes. 

Avant même de songer à investir dans la thérapie, dans les moyens coercitifs, il faut sans plus attendre mettre nos énergies dans la prévention. Car le problème, ce n’est pas le progrès. C’est l’information.

Vivement un mode d’emploi cohérent et gratuit, pour tous.


Cathy Tétreault

Directrice générale du Centre Cyber-aide