La décision de la Bibliothèque publique de Toronto de retirer plus de 26 000 livres en français de ses rayons a fait réagir nos élus avec raison.
La décision de la Bibliothèque publique de Toronto de retirer plus de 26 000 livres en français de ses rayons a fait réagir nos élus avec raison.

Le français à la Bibliothèque de Toronto : quelles leçons pour les langues officielles?

OPINION / La décision de la Bibliothèque publique de Toronto de retirer plus de 26 000 livres en français de ses rayons a fait réagir nos élus avec raison. La ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, tout comme la ministre ontarienne du Transport et des Affaires francophones, Caroline Mulroney, ont annoncé dans les médias sociaux qu’elles avaient parlé au maire de Toronto, John Tory, et que la décision avait été renversée.

Décidément, la politique ontarienne fait la vie dure aux francophones de la province. À l’instar du cas de l’Université de l’Ontario français, nous sommes devant une autre erreur qu’il fallait réparer sans tarder. Ces différents gestes font réfléchir au traitement différencié des francophones par les élus et les administrateurs des différentes institutions publiques, au fédéral tout comme dans les provinces et au sein des administrations municipales.

Il y a deux leçons à tirer de ce nouvel épisode dans le contexte de l’initiative en cours de la ministre Joly de moderniser la Loi sur les langues officielles ou celle de la ministre Mulroney de revoir la Loi sur les services en français.

Dans un premier temps, l’épisode de la Bibliothèque de Toronto confirme une fois de plus le besoin d’une lentille francophone à chaque ordre de gouvernement, tout comme au sein des municipalités qui desservent les francophones afin d’éviter les erreurs de jugement et les décisions hâtives. Les exercices de modernisation de la Loi sur les langues officielles ou de la Loi sur les services en français devraient constituer des occasions idéales pour adopter et développer un outil comme une lentille francophone. Un tel outil obligerait à soumettre toute décision politique et administrative à un critère linguistique. Il exigerait, au préalable, une analyse de l’incidence de ces décisions sur les services en français. Par exemple, dans le cas de la Bibliothèque de Toronto, les administrateurs auraient dû se demander si leur décision allait être dommageable à l’accès de la communauté francophone et des francophiles à des livres en français?

Dans un deuxième temps, il est urgent de renforcer le dialogue sur les langues officielles au sein du fédéralisme canadien et avec les municipalités. Des décisions comme celle de la Bibliothèque de Toronto en matière de services en français minent la présence du français dans l’espace public au Canada. L’action envers le français repose sur la volonté politique du gouvernement fédéral, mais également sur celle de l’ensemble des acteurs au sein des administrations publiques provinciales et municipales qui ont des responsabilités en matière de services en français. Il importe non seulement de rappeler que la langue et le respect de droits des minorités font parties du compromis original qui donna naissance à la fédération canadienne, mais que ce même compromis permet au pays d’exister au quotidien.

Plus le français sera reconnu comme une langue publique au sein des différentes régions et institutions au pays, plus celle-ci sera une langue de prestige et de promotion sociale et plus elle sera prise en compte lors de la prise de décision.

Linda Cardinal,

Université d’Ottawa et Université de l’Ontario français

Martin Normand,

Université d’Ottawa