Joël Martel

Le compagnon de route par excellence

CHRONIQUE / Au mois de mars dernier, les circonstances ont fait en sorte que j’ai dû modifier considérablement mes habitudes de marcheur et ainsi, je suis passé d’un programme quotidien de deux marches de vingt minutes avec Billy le chien, en plus d’une longue marche d’une heure en solo, à seulement trois marches de 20 minutes avec Billy.

Comme je m’étais investi dans un projet d’une durée de 80 jours, je me suis donc limité pendant tout ce temps à trois marches quotidiennes de vingt minutes et vous l’aurez certainement deviné, dès que ce projet a pris fin, j’ai aussitôt recommencé à remettre à l’horaire ma longue marche d’une heure.

Les choses ne se sont toutefois pas déroulées comme je l’avais prévu, car au moment de partir pour cette première longue marche après autant de mois, Billy le chien lui, il était convaincu qu’on s’apprêtait tous les deux à aller faire une de ses marches de vingt minutes.

Je m’affairais donc à mes derniers préparatifs avant de partir et pour vous dire vrai, même si j’avais eu un coeur de pierre, il aurait brisé en mille morceaux devant le regard insistant du pauvre Billy qui me disait : « Allez mon pote. Tu peux pas me faire ça. Je sais que tu vas marcher. »

J’ai donc pris une grande respiration et c’est alors que je me suis souvenu de ce qu’un vieil ami m’avait dit une fois devant les céréales au IGA après qu’il ait appris qu’on venait de s’acheter un chien : « Je sais que tu aimes bien marcher et tu vas voir, un moment donné, tu ne pourras plus aller marcher sans lui parce que pour lui, chaque fois qu’il va partir se promener avec toi, ça va être comme le plus beau jour de sa vie. »

Alors hop, pendant que je repensais à tout ça et que je pouvais presque entendre la voix de Fabien en écho, il y avait Billy qui me dévisageait toujours et là, il semblait être parvenu à développer une nouvelle expression faciale qui faisait encore plus pitié que la précédente.

« Bon bon bon, si tu insistes, mais je t’avertis, ça sera pas de la tarte mon vieil ami », que j’ai dit à Billy qui a aussitôt commencé à gigoter de la queue en tapant des pattes sur le plancher. « C’est la longue marche des pros ça, faut que tu le saches », que j’ai lancé en guise d’avertissement, mais décidément, rien n’allait le faire changer d’idée. Il faisait son espèce de son de loup qui ressemble à une phrase.

On est donc parti tous les deux pour la longue marche et à ma grande surprise, ça s’est plutôt bien passé. Ce n’était pas pareil que lorsque je suis seul, car je devais plus souvent m’arrêter pour laisser Billy renifler un coin de gazon ici et là, mais chaque fois qu’il se retournait pour me regarder avec des étincelles dans ses yeux noirs, c’était plutôt sympathique d’échanger un sourire avec lui.

Un peu avant que nous revenions à la maison, on a dû traverser le boulevard dans le coin du Alami et comme il y avait beaucoup de trafic, j’ai dit à Billy de courir avec moi, mais à la place, il a bondi sur sa laisse pour la tenir dans sa gueule et il a donc traversé avec moi comme s’il s’envolait dans les airs.

Depuis cette première longue marche, dès que le soleil s’est couché, Billy surveille maintenant mes moindres faits et gestes. Il est constamment quelque part dans mon champ de vision en train de m’observer avec ce regard qui me dit : « T’as pas oublié qu’on partait tantôt hein? Quand est-ce qu’on part? Ça y est? »

Mais blague à part, il n’y a pratiquement que des avantages à avoir ce compagnon de route. Tantôt, je vous disais qu’il me forçait souvent à m’arrêter en chemin et c’est une bonne chose en fait, car ça me rappelle que le but dans tout ça, c’est seulement de déambuler et de s’imaginer des histoires en s’amusant à réinventer tout ce qui se trouve autour.

Et puis chaque fois qu’on arrive à proximité du Alami, je sais que Billy va me lancer son regard interrogateur afin de savoir si on va devoir courir ou non pour traverser le boulevard. Les soirs que j’ai envie de rigoler, je lui dis de courir et puis l’instant d’après, il bondit sur sa laisse pour la tenir dans sa gueule tout en courant maladroitement à côté de moi. Ça aussi, ça me rappelle que le but, c’est seulement de déambuler.