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Le Collectif régional de lutte à l’itinérance déçu par le budget provincial

À vous la parole
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Le Droit
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OPINION / Monsieur le premier ministre,Le Collectif régional de lutte à l’itinérance est profondément déçu par le budget provincial 2021-2022, qui n’offre pas les mesures structurantes requises pour adresser les problématiques croissantes liées à l’itinérance.

Dans le champ de la santé et des services sociaux, la croissance des dépenses prévues est de 2,2 milliards de dollars. Rappelons que ce montant permettra d’augmenter le financement dans des champs divers dont : les soins de santé et de longue durée, les services de soutien à domicile, les coûts relatifs à la consommation de médicaments et de services pharmaceutiques, le paiement du service de la dette découlant des investissements réalisés dans le réseau de la santé et des services sociaux, et aussi des services communautaires. Or, dans un contexte de pandémie, nous pouvons croire qu’une grande partie de ces 2,2 milliards sera principalement consacrée aux services médicaux, sanitaires et pharmaceutiques, au détriment des services communautaires. De fait, nous constatons que le milieu communautaire est délaissé. L’enveloppe du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) a été bonifiée de 10 millions cette année. Or, les besoins de financement à la mission globale des organismes communautaires sont estimés à 460 millions $, dont environ 370 millions $ pour le PSOC.

Pour le milieu communautaire, le budget actuel est de toute évidence insuffisant, surtout dans un contexte où la demande de services dans le champ de l’itinérance est en croissance bien avant les débuts de la pandémie. Dans le champ de l’hébergement d’urgence, temporaire et de transition en Outaouais, le pourcentage de demandes comblées diminue au fil des années: selon nos données, il diminue de 11% entre 2017 et 2020 et, en 2019-2020, 42% des demandes de service sont comblées.


« Depuis les débuts de la pandémie, la demande aux services d’hébergement d’urgence a à peu près triplé en Outaouais. »
Mélissa Roy, coordonnatrice du CRIO

D’ailleurs, il est primordial que le financement offert aux organismes communautaires soit récurrent. Trop souvent, ils obtiennent des enveloppes « d’urgence », non récurrentes, pour financer des « projets ». Le passage d’un « projet » à un autre oblige les organismes à réinventer, redéfinir les besoins et les modalités techniques (lieux, logistique, ressources humaines), pour ensuite recommencer à l’arrivée de la prochaine enveloppe dédiée à un « projet ». D’ailleurs, des « projets » n’offrent pas une solution structurante : leur existence est menacée puisque le financement n’est pas garanti. Ce sont des services sur lesquels ni les bénéficiaires, ni les intervenants, ni les directions d’organismes ne peuvent totalement s’appuyer. Ceci fut marquant dans le contexte COVID-19, où des fonds d’urgence furent déployés. Or, encore dans ce budget, 65,9 millions de dollars sont investis en 2021-2022 pour des initiatives communautaires ciblées, offrant un soutien ponctuel aux organismes, par exemple pour adresser certains enjeux liés au contexte de la pandémie. Or, les organismes communautaires ont besoin d’une bonification du financement récurrent à la mission. Des mesures structurantes qui incluent la mise sur pied de nouveaux organismes et de nouvelles ressources sont aussi requises, afin de cesser l’opération par « projets » temporaires qui doivent être portés par les organismes actuels, déjà surchargés. D’ailleurs, dans le champ de l’itinérance, on s’attend à ce que les problèmes vécus en lien avec la pandémie continuent pendant au moins 5 ans après la fin de la pandémie ; ainsi, le financement des organismes doit être assuré et octroyé à la mission. Ainsi, le montant des enveloppes d’urgence qui ont été déployées dans le milieu communautaire pour la COVID-19 devrait minimalement être ajouté au financement à la mission, afin qu’ils puissent continuer l’offre des services actuels.

Finalement, en matière de logement social, une importante part des investissements pour la prochaine année vise à faire aboutir des projets qui avaient déjà été annoncés dans les budgets précédents. Quoiqu’il soit primordial de financer ces projets afin qu’ils voient le jour, nous avons aussi besoin de créer de nouvelles unités ; or, seulement 500 nouvelles unités sont prévues, et ce à partir de l’année prochaine. Dans son mémoire prébudgétaire, le FRAPRU soulignait un besoin de 50 000 logements sociaux en 5 ans. Un seuil minimal était de 5000 nouvelles unités pour la prochaine année. Ce clivage est marquant, d’autant plus que le premier ministre François Legault s’était montré impliqué dans le dossier de la crise du logement. Il s’était engagé en campagne électorale à livrer durant un premier mandat, les quelque 15 000 logements sociaux promis depuis une dizaine d’années par les gouvernements précédents ; or, de ceux-ci, seulement environ 2 500 sont habités. Ce besoin de nouvelles unités rapidement est criant, surtout dans le contexte de crise de logement que nous vivons actuellement à l’échelle provinciale. Lorsque nous sondons les organismes membres du CRIO, nous remarquons un important clivage constaté entre les demandes pour des logements sociaux et le nombre de personnes placées en logement. Parmi les organismes sondés, 46% des demandes sont comblées.

Les organismes communautaires soutiennent des personnes qui vivent des problématiques sociales : ils sont appelés à atténuer les conséquences d’enjeux sociétaux qui les « dépassent » puisqu’ils ne peuvent pas adresser leur cause, qui est plus large. Des changements de grande ampleur sont donc requis, et ceux-ci requièrent un minimum de financement, qui n’est pas atteint dans le présent budget.

L’auteure est Mélissa Roy, coordonnatrice du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO) qui signe au nom de :

  • Les membres du CRIO
  • L’Antre-Hulloise
  • Appart, Adojeune
  • Association de défense des droits sociaux de Gatineau
  • Avenue des Jeunes
  • BASE (Banque alimentaire services entraide)
  • Bras Outaouais
  • Centre de placement spécialisé du Portage
  • Centre Kogaluk
  • Centre Mecthilde
  • Centre d’intervention et de prévention de la toxicomanie en Outaouais
  • Comité de vie de quartier du Vieux-Gatineau
  • Gîte Ami
  • Groupe d’entraide et de solidarité pour hommes du Pontiac
  • Logemen’Occupe
  • Maison Oxygène, Donne-toi une chance
  • Mon Chez Nous Inc.
  • OEuvres Isidore-Ostiguy
  • Portail de l’Outaouais
  • ROHSCO
  • Soupe Populaire de Hull
  • Soupière de l’Amitié
  • Vallée-Jeunesse