Plusieurs automobilistes demandent un nouveau pont via le corridor de l’île Kettle.

Le 6e lien: oui... mais où ?

ÉDITORIAL / Le projet de sixième pont entre Ottawa et Gatineau est bien vivant, et la population en a eu la preuve dans la récente lettre de mandat de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand. Il y a de quoi réjouir les navetteurs gatinois qui, tous les jours de l’année, se coincent dans les bouchons des ponts à l’heure de pointe. Et combler le député de Gatineau, Steven MacKinnon, qui en a fait son cheval de bataille.

Par contre, ce 6e lien est encore loin de se réaliser car les obstacles sont nombreux. À commencer par l’opposition des maires Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, d’Ottawa et Gatineau, respectivement. Il faudra les convaincre, ou à tout le moins, abaisser leurs obstructions qu’ils verbalisent depuis des mois, sinon des années.

La lettre de mandat de la ministre Anand est claire et en dit long sur les intentions du fédéral. Le texte parle de vouloir « répondre au besoin confirmé d’un point de passage supplémentaire dans la région de la capitale ». Cela reprend les propos de la ministre Catherine McKenna, autrefois responsable de l’Environnement et aujourd’hui de l’Infrastructure. Représentant Ottawa-Centre, elle connaît bien les besoins de la région. Bref, le fédéral réalise qu’Ottawa et Gatineau ont des soucis de transport interprovincial et que cela leur nuit à toutes les deux. Elle se dit prête à intervenir, mais n’en dit pas plus. C’est aux communautés locales de s’organiser.

C’est là que le bât blesse. Entre les intérêts de chacun, il n’y a pas d’unanimité. Quand on met autour d’une même table Ottawa et Gatineau, la Commission de la capitale nationale, OC Transpo et la Société de transport de l’Outaouais, Québec et l’Ontario, et la myriade de groupes d’intérêts, il n’en ressort qu’une cacophonie incompréhensible. 

Les besoins des automobilistes gatinois sont nets: ils ont besoin de plus de voies pour aller au travail et en revenir, surtout aux heures de pointe. Ils militent pas mal pour un nouveau pont via le corridor de l’île Kettle, malgré l’opposition de la CCN en 2009 à l’effet que Kettle ne remplissait pas les conditions environnementales de l’époque. Elles sont encore plus sévères aujourd’hui, elles n’y répondront pas davantage en 2019. C’est sans parler de l’opposition des résidents des secteurs Rockcliffe Park et Manor Park.

Mais il y a d’autres options sur la table. Il y a ce projet de tunnel au centre-ville d’Ottawa, ainsi qu’un pont plus à l’est, qui débloquerait à Ottawa près du Centre environnemental Robert-Pickard (et du centre de traitement des eaux usées de Gatineau), via l’île Upper Duck, ou dans le secteur des Traversiers Bourbonnais, qui relie les secteurs Masson-Angers et Cumberland. L’ennui dans ces deux options, c’est qu’elles aboutiraient à l’est de la jonction de l’autoroute 417 et de la route 174, un point de congestion quotidien autant que les ponts MacDonald-Cartier et autres. La Ville d’Ottawa n’est pas chaude à cette idée de surcharger une intersection déjà fort achalandée. 

Un 6e lien sera construit un jour, c’est une évidence. En plus du pont Alexandra, qui doit être refait d’ici cinq à 10 ans. La croissance régionale le dicte. Où sera-t-il placé ? C’est le mystère le plus complet. Quel type de lien s’agira-t-il ? Accommodera-t-il les cyclistes, les piétons, le transport collectif avec des voies réservées ? Ce serait difficile de considérer un pont au XXIe siècle qui ne comporterait que deux ou trois voies de chaque côté. Au rythme où vont les choses, ce pont pourrait ne voir le jour qu’en 2030 ou 2035. Il faudra s’armer de patience... et de compréhension devant les arguments des gens qui ne partagent pas notre quotidien.

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