« Les programmes de l'Armée du Salut où l'agence a le double rôle de travailleur social et propriétaire démontrent une très faible efficacité à long terme », mentionne l'auteur Martin Laplante.

L'Armée du Salut : un modèle désuet

La bonne nouvelle est que le modèle d'affaires qu'utilise l'Armée du Salut est un modèle désuet en voie de disparition, mais peut-être pas assez rapidement. L'ancienne méthodologie s'appelle « Continuum de services ». Son efficacité sur plusieurs années est 20 à 25 %. Les itinérants chroniques habitent dans des immeubles de groupe gérés par des agences communautaires et doivent progresser d'une forme de logement et d'un programme à un autre, avec des prérequis de comportement pour passer au prochain niveau.
La plus moderne s'appelle « Logement d'abord ». Son efficacité est près de 90 % pour sa version originale et de 70 à 80 % pour des versions diluées. Ça commence en fournissant un logement individuel régulier qui n'appartient pas à une agence, sans condition, sans preuve de bon comportement pour rester. Pour les sans-abri chroniques ayant un double diagnostic de santé mentale, souvent une addiction plus un autre trouble mental, le programme est particulièrement efficace. Les services et tous les contacts sont faits par des professionnels dans leur nouveau logement, particulièrement en santé mentale, avec une offre active insistante de services mais pas d'obligation. Les logements sont éparpillés dans toute la ville, et jamais deux dans le même immeuble.
Il y a quelques années le gouvernment fédéral a fait une expérience dont on peut voir le résultat dans le film interactif « chezsoi.onf.ca », de l'Office national du film. Le fédéral a décidé de mettre graduellement fin aux programmes Continuum de services et de donner des fonds seulement à Logement d'abord à l'avenir.
Les programmes de l'Armée du Salut où l'agence a le double rôle de travailleur social et propriétaire démontrent une très faible efficacité à long terme. C'est surtout les stéréotypes qui font que certains veulent concentrer ceux ayant les plus grandes difficultés dans des quartiers pauvres centraux, particulièrement les quartiers francophones.
Il y a eu beaucoup de recherche sur l'effet des abris et autres logements sociaux à courte durée sur les communautés hôtes. Ce qui est intéressant, particulièrement dans les recherches de George Galster, et les recherches sur l'arrêté Gautreaux aux États-Unis, c'est que l'effet est neutre ou positif sur les communautés à revenu moyen ou élevé, et qu'il est négatif sur les quartiers pauvres. L'effet sur la clientèle est aussi plus positif dans les quartiers moins pauvres. Ces services sont un stresseur social, qui s'ajoute aux autres stress des communautés défavorisées, tandis que pour les communautés plus résilientes, cela ajoute à la diversité.
C'est encore pire pour les grands immeubles de ce genre que les petits. Les statistiques aux États-Unis sont fulgurantes : les villes qui ont déconcentré ces services en multiples petits centres, comme par exemple New York avec sa loi « Fair Share Criteria », ont le plus réduit l'itinérance chronique. Celles qui préfèrent les concentrer au centre-ville ont non seulement une croissance de l'itinérance mais une crise de drogues. Il faut éliminer les grands refuges comme ceux de l'Armée du Salut et les remplacer par des services à petite échelle partout dans la ville.
Martin Laplante, Ottawa