Depuis le début de la pandémie, des politiques sont déployées un peu partout pour accroître l’autonomie alimentaire.
Depuis le début de la pandémie, des politiques sont déployées un peu partout pour accroître l’autonomie alimentaire.

L’agriculture locale et bio est-elle vraiment meilleure pour l’environnement ?

Serge-Étienne Parent
Ingénieur écologue, professeur en génie agroenvironnemental, Université Laval
POINT DE VUE / L’agriculture a la lourde responsabilité d’alimenter des milliards d’humains dans des conditions difficiles : la démographie est croissante, le climat est de moins en moins favorable, les ressources en eau se tarissent et les sols se dégradent. Malgré des progrès immenses, elle laisse trop de ventres creux et mal nourris tout en affectant la nature à l’excès.

Pour réformer cette situation intenable, plusieurs encouragent un virage vers une agriculture paysanne, locale et biologique. De même, depuis le début de la pandémie, des politiques sont déployées un peu partout pour accroître l’autonomie alimentaire.

On pourrait difficilement être plus à côté de la plaque.

Entendons-nous. Je ne rechigne pas devant un casseau de fraises bio achetées dans un sympathique marché local. Je suis émerveillé par l’ingéniosité des agriculteurs de par le monde pour améliorer leurs impacts écologiques, et ce, en régie conventionnelle comme biologique. Toutefois, en insistant sur les aspects esthétiques de l’agroalimentation (écoblanchiment, romances paysannes et chauvinismes gastronomiques) et sur les jeux de pouvoir qui s’y trament, on en vient à défendre des politiques malavisées, qui ne s’appuient pas sur les données scientifiques.

Je suis ingénieur écologue et professeur en agroenvironnement. Mes recherches concernent la science des données agroenvironnementales et la construction d’habitats écologiques en territoires ruraux.

Pire pour la nature

Comme plusieurs autres l’ont fait avant eux, des chercheurs de l’Université du Minnesota ont publié une méta-analyse comparant les impacts écologiques des cultures en régies biologique et conventionnelle.

Leurs conclusions concordent avec ce que l’on sait depuis plus de 10 ans : en général (donc sans considérer les cas particuliers), l’agriculture biologique est pire pour la nature que l’agriculture conventionnelle.

Pourquoi ? Les rendements inférieurs obtenus en régie biologique font reposer le fardeau écologique d’une ferme sur une plus petite quantité d’aliments. Chaque aliment certifié biologique demandera ainsi à la nature davantage de territoire, contribuera davantage à la pollution de l’eau et produira un peu plus de gaz à effet de serre.

Produire davantage à l’hectare donne l’avantage à l’agriculture conventionnelle. Cette intensification de la production des aliments est néanmoins insuffisante sans une finalité écologique. Dans cette optique, l’intensification écologique de l’agriculture vise non seulement à minimiser les intrants (énergie, amendements, fertilisants et pesticides), mais aussi à concentrer la production d’aliments sur le plus petit territoire possible en vue de libérer des surfaces pour la conservation et la régénération d’aires et de corridors écologiques.

Concentrer la production

Épargner le territoire de l’occupation agricole a un potentiel de biodiversité bien plus élevé que d’y cohabiter avec la nature, que ce soit par l’agriculture biologique ou la permaculture. Tant qu’à allouer des terres agricoles qui perturbent nécessairement leur environnement, mieux vaut y concentrer la production d’aliments.

La régie biologique demande par surcroît beaucoup de ressources pour la production des fertilisants, qui repose non seulement sur de grands espaces voués à produire des engrais végétaux, mais aussi sur les déjections animales, ainsi que les résidus d’abattoirs et de la (sur)pêche. L’analyse du cycle des nutriments montre que les cultures bio dépendent largement des fertilisants synthétiques ayant préalablement été absorbés par des plantes, puis ayant transités par les systèmes digestifs des animaux. L’agriculture biologique est de toute évidence une fausse piste.

La Conversation