Le président américain Donald Trump a longtemps refusé de suivre les conseils des experts de la Maison Blanche, dont ceux du Dr Anthony Fauci, directeur de l’institut national contre les maladies contagieuses.
Le président américain Donald Trump a longtemps refusé de suivre les conseils des experts de la Maison Blanche, dont ceux du Dr Anthony Fauci, directeur de l’institut national contre les maladies contagieuses.

La stratégie gagnante de Donald Trump?

Chronique / À la suite de l’éclosion d’une épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest en décembre 2013, le président Obama réagit rapidement afin d’empêcher que cette dernière ne devienne une pandémie. Aussi, le 2 décembre 2014, il interpella le Congrès pour qu’il adopte une vaste stratégie visant à prévenir l’irruption d’une prochaine pandémie. Sa proposition était claire, il fallait que les États-Unis prennent le leadership mondial et mettent sur pied une infrastructure mondiale pour protéger l’humanité contre une telle éventualité.

Obama insista sur l’urgence d’une telle approche afin de pouvoir rapidement détecter in nouveau virus, de l’isoler et de développer une réponse prestement. Pour Obama, cela n’était qu’une question de bon sens. Il ne voulait pas en faire une question partisane. Néanmoins, les républicains qui contrôlaient les deux chambres du Congrès refusèrent d’agir. Obama utilisa alors son pouvoir exécutif pour lancer des études de simulation afin de préparer les États-Unis à l’arrivée de la prochaine pandémie.

Or, aujourd’hui les républicains et le président Trump accusent Obama ne n’avoir rien fait pour préparer les États-Unis à la présente crise. Cette attitude relève d’autant plus de la mauvaise foi que les simulations produites par l’administration Obama furent mises à la poubelle sur l’ordre de Trump.

Entre-temps, une équipe de six journalistes du New York Times effectua une vaste enquête sur la réponse de l’administration Trump à l’émergence de la pandémie du coronavirus. Cette enquête fut publiée le 11 avril dernier. Elle est dévastatrice sur l’incurie, l’incompétence et le refus du président Trump de confronter la crise et d’assumer un leadership mondial.

Depuis le début de novembre 2019, le président fut régulièrement averti du danger que la crise du coronavirus en Chine pourrait se transformer en une pandémie. Les journalistes du Times rapportent que les principaux conseillers de la Maison-Blanche et les experts des différents départements et agences américaines, ainsi que les services de renseignement, ont régulièrement cherché à sensibiliser Trump sur la gravité de ce virus. Mais ce dernier minimisait toujours le problème, affirmant qu’il y avait des questions plus importantes à traiter.

Il refusa même d’écouter Peter Navarro, son principal conseiller des questions commerciales. Ce dernier l’informait à la mi-janvier que cette épidémie avait le potentiel de provoquer 500 000 morts aux États-Unis. Il préférait suivre son propre instinct. Plus encore, il incita le Centre de contrôle des épidémies à ne pas autoriser des universités américaines à procéder à des tests pour identifier le virus. L’autorisation fut finalement accordée aux universités à la fin février 2020. En conséquence, son administration développa une réponse hésitante, marquée par des divisions internes et un manque criant de planification. Ainsi, quatre mois furent ainsi perdus.

Dans les trois premiers mois de la crise, Trump prit une seule mesure concrète, soit celle de fermer le 28 janvier les vols en provenance de Chine. Par contre, il refusa de demander au Congrès des budgets additionnels pour obtenir des équipements médicaux supplémentaires, obtenir des tests appropriés et de préparer la société américaine à la crise en devenir. Son attitude était colorée par ses soupçons et son dédain pour l’expertise des hauts fonctionnaires de Washington.

Les journalistes du Times révèlent aussi que le 30 janvier le Dr Fauci, directeur de l’institut national contre les maladies contagieuses, proposa au président Trump d’imposer immédiatement une politique de distanciation sociale. La Corée du Sud venait d’adopter une telle politique. Mais le président rejeta immédiatement cette proposition. Il faudra attendre encore six semaines pour que des États américains adoptent à la pièce une telle politique.

Or, en date du 11 avril, la situation en Corée du Sud, un pays ayant 20 % de la population des États-Unis, est stabilisée. La pandémie a été endiguée avec moins de 10 000 cas de contagion et seulement 210 morts. En contrepartie, aux États-Unis, le nombre dépassait à cette même date les 510 000 cas avec plus de 20 000 morts. Et la pandémie est encore loin d’être sous contrôle. 

Les journalistes du Times ont ainsi noirci 10 longues pages avec des exemples aussi horribles les uns des autres concernant les lacunes dans la performance de leadership de Trump dans cette crise. Or, après avoir dénié le danger d’une pandémie pendant des mois, le président tente maintenant de réécrire l’histoire.

Il a d’abord cherché des coupables, autre que lui. Sa première cible fut la Chine qu’il accusa d’avoir manqué de transparence. Sa deuxième cible fut les hauts fonctionnaires qui n’auraient pas saisi l’urgence d’agir face à la menace. Puis, finalement, c’est la faute de l’administration Obama qui se serait montrée à la fois très incompétente et imprévoyante.

Différents journaux révélaient le 10 avril la nouvelle stratégie du parti républicain pour remporter les élections présidentielles de novembre 2020. L’approche est très simple. La compagne présidentielle républicaine va miser sur la prévoyance et le grand leadership démontrés par Donald Trump dans la gestion de la crise du coronavirus. 

Cette stratégie pourrait paraître normalement loufoque, étant donné qu’il y a moins de deux mois il décrivait le coronavirus comme un canular inventé par les démocrates. Néanmoins, elle est très populaire au sein de sa base partisane. Elle est perçue comme une stratégie gagnante. 

Les partisans de Trump peuvent bien s’auto-illusionner et être prêts à accepter comme des vérités de l’Évangile les mensonges répétés de leur président et de Fox News. Mais la question est de savoir si les électeurs américains ordinaires seront toujours disposés à gober une telle stratégie. Novembre prochain nous le dira.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke