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Les sympathiques vieux marcheurs masqués

La parole aux aînés

Les sympathiques vieux marcheurs masqués

Weekend. Oui il y en a pour qui ce mot a encore une signification. Pour tous les autres, on ne s’excite pas trop, parce que ça ne veut rien dire. S’il n’y a pas eu de «week», ben y’aura pas non plus de «end». Facile, clair ! Asteure, on fait juste profiter d’une autre vraie belle journée, c’est tout!

Nous, on nous a coupé notre laisse. On peut aller marcher où on veut, en se servant de notre coco, distanciation oblige et avec un masque. 

Naturellement ce n’est pas pour magasiner mais pour marcher. Donc, pour ceux qui demeurent pas trop loin d’ici, vous pourriez voir passer des vieux marcheurs masqués parce que nous avons l’intention d’en profiter. 

On l’a expérimenté. Fallait nous voir quand nous sommes partis, marchant pas trop vite et regardant en arrière puis accélérant le pas pour ne pas se faire attraper et ramener! En riant, on se disait : «On s’est évadés! On a réussi! Comme dans les vues.» Notre petit-fils nous imaginait en combinaisons orange avec matricules bien en vue dans le dos ! Là, tu réalises que ça en prend très peu pour être heureux.

C’est quand on a perdu quelque chose qu’on en apprécie toute la valeur. Maudite belle leçon de vie que ce virus! 

Vivement le déconfinement!

La parole aux aînés

Vivement le déconfinement!

Étant jeune, j’étais bien impressionné par le vécu de mon père qui avait connu la crise de la grippe espagnole de 1918. Selon son souvenir, le monde infecté mourait au bout de trois ou quatre jours. Ça tombait comme des mouches.

Dès le début de la pandémie, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec les récits de papa, surtout qu’aucun vaccin n’a encore été inventé pour combattre la COVID-19. 

Afin de garder une attitude positive en cette période de confinement, je me suis donc concentré sur des tâches que je ne prenais pas le temps d’effectuer en temps normal.  Par exemple, j’ai réussi à numériser quelque 3000 diapositives accumulées alors que ce type de photographie était à la mode. Celles-ci résument des étapes de ma vie entre 1967 et le milieu des années 80. Cet exercice m’a permis de revoir des images de mon mariage, la naissance de mes enfants, leurs découvertes alors que, pendant les vacances, mon épouse et moi avons parcouru avec eux le Québec et les provinces maritimes. 

C’était rafraîchissant de les voir grandir, affichant tantôt un sourire radieux sur le barrage de Manic 5, tantôt des yeux émerveillés observant un bateau s’élever dans l’écluse de Côte-Sainte-Catherine près duquel on était allé camper, ou encore leurs ébats sur les magnifiques plages de Shédiac ou de Cavendish.

On s’accommode bien du temps de confinement, mais ce qui nous affecte le plus, c’est de ne pouvoir réaliser nos activités familiales habituelles et passer du temps avec nos petits-enfants. On réalise que plus on vieillit, plus le temps passe vite. Mon père avait l’habitude de comparer la durée de la vie à un rouleau de papier de toilette : « plus on arrive à la fin, disait-il, plus le rouleau tourne vite et moins il en reste ». C’est pourquoi il importe d’en vivre pleinement chaque instant. Vivement le déconfinement!

Cher M. Coronavirus

La parole aux aînés

Cher M. Coronavirus

M. Coronavirus, Vous et votre fils COVID-19 ans voyagez partout dans le monde, à grande vitesse, en jetant votre venin au passage.

Vous êtes nos ennemis! On ne peut vous tuer par balles, car vous êtes invisibles. Même Messmer ne pourrait vous endormir à jamais!

Mais, nous avons une arme efficace : les consignes de nos dirigeants, comme le confinement, même si ce n’est pas toujours jojo.

Mais, elles nous donnent le temps de penser à soi, de revivre notre vécu comme un film qui se déroule, de savourer les moments gais et joyeux, comme les mots d’enfants, leurs premiers pas ou la rentrée à l’école, et autres!

Mais aussi, de voir tous les gestes posés dans notre vie, qui nous ont menés à aujourd’hui!

Soyons fiers de notre passé! Fiers de nous-mêmes! Nous avons vu ce temps passer sans le voir.


Lecture et écriture, la meilleure des médecines douces

La parole aux aînés

Lecture et écriture, la meilleure des médecines douces

En cette période de confinement, j’ai souvent mes heures de déprime. Mes enfants, petits-enfants, mes soeurs et mes amies me manquent terriblement.

Mais le plus difficile pour moi est d’accepter l’aide d’autrui .

Ne pouvant faire mes courses obligatoires: banque, épicerie et autres , je dois demander à ma nièce de me venir en aide.

Très indépendante de nature,  j’ai toujours tout fait moi- même fin seule, malgré mes 87 ans révolus. Mon autonomie en souffre ; j’ai même l’impression d’avoir vieilli de 10 ans, depuis que cette pandémie s’est infiltrée au Québec. Pour contrer ces heures sombres, lecture et écriture sont depuis toujours la médecine douce que je préconise .

Début mars , j’ai donc commencé la biographie de mon frère aîné , âgé de 90 ans , que je n’ai pas vu depuis plus de 25 ans.
Arrivé au Japon en 1952, comme enseignant , puis directeur d’une école internationale à Tokyo, mon frère a eu une vie riche d’expériences de tout genre. Il rêve de revenir au Québec , y vivre ses derniers jours. Mais sa femme de nationalité japonaise , souffrant d’Alzheimer , est placée dans une résidence adaptée. «Là où est mon cœur, là est ma maison», dit- il .

Il finira donc sa vie au pays du Soleil levant, malgré le désir ardent de revoir sa ville natale .
De relire toutes ses lettres, cartes postales, courriels et autres , reçus ces 60 dernières années, m’a fait découvrir un frère que je ne connaissais pas.

Écrire ainsi sur lui comble quelque peu son absence et m’apporte une certaine consolation. Accomplir ce travail de bénédictin éloigne de moi l’ennui des heures creuses. 

Hélas! Le confinement des âgés semble vouloir s’éterniser, je me permets donc de consulter Facebook plus souvent. J’accumule tous les articles pertinents et surtout les photos ou caricatures se rapportant à COVID-19. L’an prochain , en espérant un après-COVID, j’en ferai un recueil intéressant pouvant servir de recherches ou du moins de références que je laisserai à mes arrière- petits- enfants qui apprendront ainsi les mois difficiles que la planète tout entière a vécu en 2020.

M’amuser ainsi à lire et à écrire m’aide à oublier cette COVID-19 et ses grandes misères, les milliers de morts qui hantent ma quiétude et surtout me permet de survivre.


Aux confins de soi-même

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Aux confins de soi-même

Je fais partie de la cohorte des «zènés». Un groupe polymorphe qui va de 60 ans à 110 ans, majoritairement féminin, qui inclut des marathoniens, des soignants, des grands-mères bénévoles, des politiciens, des écrivains, des chauffeurs de bus scolaires et aussi des grabataires qui ont perdu leurs jambes, leur tête ou même les deux. Chacun est unique et différent, ce qu’on ne dit pas assez.

Je suis une Montréalaise de 78 ans, très scolarisée et en pleine forme. J’habite par choix une résidence pour aînés (RPA) qui répond parfaitement à mes besoins. Au début du confinement, j’ai compris que j’étais inscrite de force dans un marathon qui pouvait se courir selon deux modes : se lamenter ou avancer aux confins de soi-même.

J’entends faire partie de la solution. Je respecte les consignes de la Santé publique. J’achète résolument Aliments Québec. J’ai troqué la laitue américaine pour le chou québécois et je mange des pommes au lieu des ananas. C’est bon et pas cher.

Je me suis cousu des masques et j’en ai donné autour de moi.

Je m’entraîne dans mon salon selon la même fréquence qu’avant le confinement. Puisqu’il faut se limiter à une personne par ascenseur, j’emprunte les escaliers. Pour aller chercher mon courrier, je descends et je monte 158 marches. J’arrive maintenant à faire ce parcours d’une seule traite. C’est un objectif dont je ne me serais jamais cru capable. À la fin de la pandémie, si je suis toujours vivante, je serai en meilleure forme qu’avant !

Bibliovore assumée, je reportais la lecture d’œuvres qui me faisaient peur. J’ai craqué pour Don Quichotte de la Manche de Cervantès. Plus de 1100 pages. Ce qui était à l’origine un défi est maintenant un plaisir.

J’espère qu’il y aura bientôt un vaccin ou au moins un remède. Dans l’intervalle, j’explore de nouveaux espaces intérieurs.

Je viens d'apprendre que je suis un vieillard 

La parole aux aînés

Je viens d'apprendre que je suis un vieillard 

Ce ne sont ni M. Legault ni M. Arruda qui m’en ont informé. Par hasard, mon fidèle ami le dictionnaire vient de me souffler à l’oreille que octogénaire n’a qu’un seul synonyme et que c’est vieillard. À cet étage de la vie, il y a devant moi 9 marches avant le prochain étage et je viens de franchir la première.

Mais, ayant le vertige à mes heures, j’ai besoin d’une solide rampe à laquelle m’agripper et il m’arrive souvent de m’assoir dans l’escalier, aux jours où certains essoufflements m’y obligent. 

Au regard de tous les épais brouillards qui s’annoncent, je suis incertain de vouloir forcer la porte du neuvième étage, même si je m’investis dans le positivisme. J’apprécie mon indépendance et mon autonomie, ma vitalité et ma vivacité, bien que la mémoire me joue de vilains tours. Je cherche mes mots, mais à force de patience, ils finissent par arriver, même si parfois, il faut attendre au lendemain. 

Malgré l’usure du confinement et la perte des stimuli de l’extérieur et du côtoiement de mes semblables, je connais mes repères. Je texte et courrielle souvent les amis d’un réseau interactif qui réunit des 20 à 90 ans dont les énergies me sont une cure de jouvence. 

Mes anges gardiens se partagent les courses que nécessitent les besoins essentiels de la survivance. Tandis qu’ils s’échinent à courir dans toutes les directions, j’en profite pour grimper les escaliers de cinq à dix étages de l’immeuble où j’habite, comptant toutefois sur l’ascenseur pour me ramener à bon port. 

Depuis que j’ai baptisé mon balcon «le chalet» je fais de belles sorties, j’écoute quelques roitelets dont j’apprécie les solos et même une corneille dont les croassements sont à mon oreille des «Salut le vieux!». Bref, je m’organise pour bien vivre le temps qu’il me reste. J’ai le goût de savourer la vie et donc de bien gérer les cafards du confinement et de la distanciation.

Gerry Pagé
Québec

Le confinement vécu par 6 aînés

La parole aux aînés

Le confinement vécu par 6 aînés

MERCI AUX GÉNÉRATIONS QUI ME SUIVENT

Depuis le 12 mars 2020, ma vie a basculé, il n’y a plus rien comme avant. Moi qui ai toujours essayé de me garder jeune, me voilà vieillie de dix ans.

On doit respecter à la lettre les consignes des autorités politiques, médicales et sanitaires. Ces dirigeants sont devenus sans le vouloir nos dieux, nos anges gardiens, comme à l’époque des sermons religieux dans nos églises, le dimanche. Les conférences à la télévision ont remplacé les chaires ecclésiales.

Ce n’est pas facile à vivre… mais en même temps, c’est difficile de se plaindre car il y en a des pires que moi en ce moment!

Les jeunes générations s’occupent bien de nous. On a qu’à téléphoner et des bénévoles s’occupent d’aller faire notre épicerie. La livraison à domicile est devenue la norme pour que certains commerces, restaurants, gardent leurs clientèles. Je me sens tout de même mal à l’aise d’être aussi choyée et tout cela me rend d’autant plus sensible. En effet! Ces attentions sont le signe que je suis devenue une personne âgée tout d’un coup… même si je sais que c’est pour nous protéger et que je le comprends.

Merci aux générations qui me suivent de vous occuper de nous et surtout de vous occuper des personnes plus vulnérables qui vivent dans des CHSLD. J’ai bien compris que ce n’est pas une place enviable pour le futur ...

Le confinement brime ma liberté, mais en même temps, augmente ma créativité. Je me suis remise à l’écriture, à la peinture et je me suis même découvert des talents de comédienne! J’ai entraîné mon conjoint dans mes folies. On s’est déguisés et on a réalisé trois petits vidéos pour amuser nos petits-enfants et leurs amis. J’ai donc tout de même une vie remplie et beaucoup plus de communications grâce à la technologie comme Facebook et Messenger. Ceux-ci sont devenus nos drogues quotidiennes, pour tous.

Maintenant, je dois apprendre à vivre au jour le jour sans faire de plans pour l’avenir. Mais mes enfants et petits-enfants me manquent.

Lucie Lavoie
Chicoutimi

***

Vous changer les idées

La parole aux aînés

Vous changer les idées

Je peux vous dire que pour l’ancien propriétaire de résidence de personnes âgées que je suis, la situation est difficile à accepter. J’ai toujours su que c’était très difficile dans les CHSLD, j’imagine que ça prenait une crise pour brasser la cabane.

J’espère que François Legault, que j’adore, va garder les CHSLD dans ses priorités. Moi je suis chanceux, j’ai toute ma tête, je pète le feu et je suis entouré de ceux que j’aime. J’habite avec ma conjointe et mes deux grands enfants, Émile et Dan, on fait de la musique à tous les jours, on s’amuse, on sort le vin, on sort les cartes et on joue !

Ça fait 55 ans que je joue de la musique à tous les jours, c’est pas une pandémie qui va m’arrêter certain ! Et je dors ma vie et j’ai jamais dormi autant. J’ai aussi découvert le télétravail et ça, j’espère que ça va rester. On est-tu bien quand on peut travailler en pyjama, hein ? Avec ma femme on va aussi faire des tours d’auto, on se stationne dans la rue, on demande aux amis de sortir sur leur balcon et on jase à distance. On fait notre ronde. C’est pratique, on sait que tout le monde est à la maison !

Je souhaite de tout cœur que les nouvelles habitudes qu’on est en train de prendre vont rester. Dans le mauvais, il y a du bon. Faut pas se laisser abattre.

J’ai hâte de vous revoir, de vous donner la main et des câlins. En attendant, je vous donne rendez-vous sur ma page Facebook, où je chante des tounes, et j’essaie de vous changer les idées. Vous allez peut-être même me voir en pyjama !

À bientôt, j’espère.

Paul Daraîche

En confinement à chaque printemps

La parole aux aînés

En confinement à chaque printemps

Être confiné sur 1200 acres, ce n’est pas exactement le même défi que celui relevé par les gens qui ne peuvent pas sortir de leur logement. Je me considère très chanceux, en tant qu’agriculteur, d’avoir un aussi grand espace. En campagne toute cette crise se vit mieux.

Vous savez, la terre nous met naturellement en confinement à chaque printemps. On n’a pas le choix, il faut s’en occuper et rester près d’elle. C’est la réalité des agriculteurs qui doivent préparer les champs et faire les semences à compter de la fin avril. On est très occupés et ça fait mon affaire! Quand on vit au rythme de la terre et des saisons, on se sent moins emprisonnés! En avril et mai c’est le temps des semences puis viendra l’été et le temps des récoltes de blé, de soya et de maïs.

Et puis… je ne suis pas une mouette de centre d’achat! Ça ne dérange pas beaucoup mes habitudes de rester chez moi à Verchères. Sauf pour les repas au restaurant. C’était un plaisir que nous nous accordions régulièrement ma femme et moi. Pour s’encourager, on blague en se disant qu’à la fin du confinement, on va pouvoir changer notre auto avec les économies qu’on a faites en mangeant tout le temps chez nous!

J’ai la chance d’avoir une conjointe qui est plus jeune que moi, alors c’est elle qui fait les commissions. Je fais attention puisque j’ai une condition médicale qui pourrait aggraver les choses si je contractais le virus. On prend des nouvelles des enfants virtuellement. On s’ennuie bien sûr, mais on se parle régulièrement. On prend soin de nous. Y’a pas d’autre chose à faire!

Je salue tous les lecteurs, je leur souhaite bonne chance et je retourne sur mon tracteur.

Pierre Bouchard


Un nouveau départ

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Un nouveau départ

Quand je regarde la situation actuelle, je me dis qu’il faut la prendre comme un nouveau départ. Je n’ai jamais vu ça de ma vie, faut voir ça comme un « brassage de cage » général et tant mieux si ça réveille nos politiciens et que ça nous réveille, en tant que citoyens. D’ailleurs, j’aimerais adresser mes félicitations à François Legault, au Dr Horacio Arruda et la ministre McCann, j’apprécie leur jugement et leur façon de gérer la crise.

Sinon, on prend des marches, on garde nos distances et on fait des tours d’auto. Et parlant d’auto, j’en ai une bonne pour vous ! Cette année, je changeais de véhicule et comme je n’ai pas pu aller le chercher chez le concessionnaire, ils sont venus me livrer l’auto à la maison. Un gros camion juste pour moi, l’auto dessus, toute désinfectée, livrée par un gars habillé comme un médecin. Sur le coup j’ai pensé qu’ils me livraient un bloc opératoire ! On est sortis sur le balcon, ma belle-fille qui habite à côté aussi, les enfants, c’était l’évènement de la rue ! On a pris ça comme un petit party !

Aussi, mon gros fun de confiné est de prendre des nouvelles des amis à qui je n’ai pas parlé depuis un moment. Comme mon vieux chum Gilles Proulx. Je l’ai appelé, j’ai changé mon nom et je lui ai fait accroire que j’appelais pour savoir, s’il avait des symptômes et qu’on pourrait discuter de ses préarrangements funéraires… je n’ai pas attendu qu’il me raccroche la ligne au nez pour lui dire que c’était bien moi !

Je m’amuse, j’amuse le monde, je suis chanceux d’être en santé, d’avoir toute ma tête parce que ça me permet de continuer de «gamer». Oui, je suis un gamer, je joue à Red Dead Redemption II, Assassin Creed… Faut se garder jeune !

Faut voir les choses du bon côté, on va s’en sortir ensemble.

Je vous embrasse,

Donald Pilon

Avoir 75 ans !

La parole aux aînés

Avoir 75 ans !

Un peu triste la semaine dernière en voyant l’affiche : « Sacrifice the weak » dans une manif à Nashville et lus une horreur sur Twitter : #boomerremover.

Le virus ce grand justicier éliminera enfin les physiquement faibles et les 60 à 75 ans: ces ennemis du peuple, ces responsables du désastre écologique, ces capitalistes sauvages qui n’ont pensé qu’à leurs petits plaisirs. Et pourtant si ce n’avait été de l’État providence, des révolutions politiques et culturelles, l’hécatombe actuelle signerait la fin du monde moderne. Déjà que « L’homme est toujours un loup pour l’homme », imaginez l’Occident sans filet social. Mais bon, c’est inutile d’expliquer tout ça, en ces temps fous. 

Nous vivons tous en même temps, la même furie, sauf que certains ont des tubes dans les poumons, d’autres ont des enfants qui s’ennuient de leurs amis et des très vieux qui s’ennuient de leurs enfants. Et puis il y a les chanceux comme moi confiné avec un chien à leurs pieds, qui continue à écrire, raconter des romans dans un micro, et me promener dans un petit village en toute tranquillité.

Je me suis procuré un joli masque bleu avec des pois blancs. Ça embue les lunettes et me fait de grandes oreilles comme quand j’étais petit. J’ai hâte de voir comment on va porter ça bientôt au restaurant en passant notre fourchette par en dessous. Le bon côté, c’est qu’on ne sera plus entassé les uns sur les autres et qu’on pourra jaser en toute confidentialité.

Avoir 75 ans n’a pas que des inconvénients. Tout le monde est vraiment attentionné à mon endroit. Parfois trop. On me regarde avec de gros yeux si je mets le pied à l’épicerie et on ne veut plus me voir à la SAQ, pour mon bien, dit-on. On fait tout pour me garder en vie, sans COVID et sans vin. Heureusement, ma jeune compagne de 65 ans, elle qui n’a jamais fait les courses — j’ai pris le contrôle de la cuisine dès que je l’ai rencontré voilà 33 ans — accepte de vivre toute l’anxiété de parcourir les allées à sens unique du supermarché et celui de choisir les meilleurs vins à moins de 20 $. Elle revient vidée. La connaissant, il suffirait de quelques jours de soleil, d’un peu de chaleur et d’un 5 à 7 sur Skype, dans le jardin avec la smala dans l’écran, installée comme nous, un verre de blanc à la main, pour dissiper tous ses nuages.

Raymond Cloutier
Acteur/auteur

Les boomers rechargeables

La parole aux aînés

Les boomers rechargeables

Chers nous… les boomers rechargeables, les «nouveaux aînés»,Nous sommes devenus des «aînés» du jour au lendemain. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’était un choc, je n’ai pas vu venir ça du tout !

Nous sommes jeunes dans nos têtes et dans nos cœurs ! Nous sommes les plus jeunes des vieux... des baby boomers qui ont de l’énergie en masse ! On joue avec nos petits-enfants, on apprend de nouvelles langues, on suit des cours de Zumba, on voyage (ben moins là, n’est-ce pas ?) et quand on a moins d’énergie, on fait une petite sieste «power nap» et nos batteries sont rechargées ! On est un groupe à part, non ? Pourquoi pas nous appeler les «boomers rechargeables»?

Chez nous, ça roule, notre moral est bon à Yvon et à moi. Yvon fait 25 minutes de marche rapide dans la maison, tous les jours. On vit dans un 4 ½ alors il fait souvent le tour ! Moi je marche aussi, je m’arrête devant toutes les fenêtres et je fais des exercices d’aérobie. Je n’avais jamais réalisé qu’on pouvait me voir, l’autre jour, ma voisine m’a fait un “bye bye”! On garde le contact comme on peut!

Cette crise a apporté un phénomène assez spécial qu’on apprécie beaucoup: on se sent plus connectés que jamais avec notre monde, étonnamment. On voit nos enfants et nos petits-enfants comme jamais. Tous les dimanches matins, on a une rencontre familiale sur Zoom: les grands, les moyens, les petits, tout le monde est là. On fait un tour de table et chacun parle. On a aussi plein de nouveaux groupes de discussion en famille, les plus jeunes enfants cuisinent des biscuits, d’autres font de mini-spectacles d’harmonica ou de danse et... les filles adorent se déguiser. Elles nous parlent avec des filtres de pizza dans le visage ou de sorcières. En revanche, on leur envoie des images de nous, déformés en crapaud pour leur faire rire ou dégueuler. On ne s’ennuie pas !

Pour sa part, Yvon, un grand lecteur depuis toujours, aime relire “ses vieux classiques”, des livres qu’il adore comme Cent ans de solitude (Gabriel García Márquez), Bonheur d’occasion (Gabrielle Roy) ou L’énigme du retour (Dany Laferrière).

Nous sommes aussi devenus des experts en sudokus, on les fait tous les matins, en équipe ! Et à 11h on fait la technique Nadeau. (Je vous suggère d’aller sur Google pour trouver des vidéos de tutorats… vous allez rire, mais ça fonctionne). On le fait avec le plus vieux des petits-enfants, Antoine, 18 ans. Oui oui. Quand j’y pense, Yvon et moi, on a fait la Technique Nadeau un peu partout dans le monde: sur un balcon regardant le Taj Mahal, sur un bateau de croisière en face du Mont Fuji, et même en roulant dans l’orient Express (tout un exploit)) mais on ne l’avait jamais faite via Facetime ! Faut continuer d’évoluer !

Prenez soin de vous, je vous souhaite la santé! Pour ma part, je vais aller faire une petite sieste, histoire de me «recharger». J’ai très hâte de vous retrouver.

Judi Richards et Yvon Deschamps

Michèle Deslauriers : de la douceur sur cette vieille blessure…

La parole aux aînés

Michèle Deslauriers : de la douceur sur cette vieille blessure…

J’essaye toujours de comprendre ce que la vie veut m’apprendre, parce que quelque soit les problèmes, la vie veut toujours nous offrir quelque chose et c’est à nous de le découvrir.

En ce moment avec le confinement, ce «quelque chose» peut- être une vraie énigme…

Je me suis d’abord dit que faire ma part en ce moment, étant ni docteur, ni infirmière, ni livreur et ayant 74 ans, ma job ce sera de m’occuper de moi pour rester en santé donc exercice physique tous les matins une heure, bon ça va…bien manger, bon ça va…

Ha! J’ai compris la vie m’offre de m’occuper de ma santé.

Mais tiens j’aperçois mon piano que je n’ai pas regardé depuis l’enfance et je me dis…et si je réglais ce traumatisme…la fois, où je me suis plantée solidement lors du récital de fin d’année, paniquée et bloquée au beau milieu d’une pièce, que je connaissais pourtant sur le bout de mes doigts pour l’avoir travaillé d’arrache pied…mais là, le blanc total, c’est l’humiliation, je me sens ridicule…en larme dans les bras de ma mère à la fin du concert, je suis  dévastée…le piano m’a blessé…Et bien je vous dirais que voilà un des bienfaits du confinement, en ce moment j’apprivoise mon piano, je repars à zéro. Tous les jours reprendre du début pour réapprendre à jouer, pour moi…pas facile, mais si plaisant de trouver enfin une complicité avec lui,  faire de la musique avec mes doigts au lieu de l’entendre seulement dans ma tête…de la douceur sur cette vieille blessure…

Et vous, que voulez vous régler ?

Michèle Deslauriers

France Castel: sentir profondément la vie qui coule malgré tout.

La parole aux aînés

France Castel: sentir profondément la vie qui coule malgré tout.

Mes chers co-aînés,

Tout comme vous, je voudrais bien vivre ceci avec mes proches.

Je voudrais aller voir ma sœur Louise dans sa belle résidence à Sherbrooke.

Et je voudrais bien aller chanter avec Shawky pour vous saluer, dans vos résidences.

Mais tout comme vous je suis confinée et j’obéis et me protège et protège les autres.

Je m’ennuie de mes enfants et mes petits-enfants, mais je les appelle ou skype ou texte… On continue de garder le contact malgré tout.

À part le ménage, cuisiner, écrire, lire, me laver et regarder mes cheveux gris pousser…

Patsy Gallant: «On continue d’apprendre à tous les âges»

La parole aux aînés

Patsy Gallant: «On continue d’apprendre à tous les âges»

Chers lecteurs,

je voudrais d’abord profiter de cette tribune pour remercier le personnel infirmier, les médecins et les préposés aux bénéficiaires qui font un travail hors du commun. Je pense à vous très fort et vous envoie tout mon amour.

Pour ce qui est de ma vie de confinée, ça se passe tout de même bien, même si je ne vois pas grand monde...  Je ne vous cacherai pas que j’ai hâte en &?%& que le soleil se pointe et que le printemps arrête de se prendre pour l’hiver !

Durant cette pause obligée que nous vivons tous, je me garde active, si bien que je me couche brûlée le soir ! Et j’en profite pour dormir toutes les heures que je n’ai pas dormies dans ma vie, elles sont nombreuses… ça sert à ça, le confinement, non ?

Sinon, j’ai terminé d’écrire des chansons qui n’attendaient que ça… et je suis très fière de ma « petite nouvelle », c’est une de mes rares chansons écrites en français…

Je replonge donc dans mes souvenirs et je parle plus que jamais à ma famille, on est nombreux chez nous !

Je fais le tri de mes costumes de scène, je fais de la popote (que je mange au complet, habitant seule), donc je REFAIS  le tri de mes costumes (si vous voyez ce que je veux dire ;) !

Michel Tremblay :  «Je vis comme un chat»

La parole aux aînés

Michel Tremblay :  «Je vis comme un chat»

Chers co-confinés,Ma mère disait: les jours sont longs, les semaines sont courtes. Aujourd'hui, je dirais: les heures sont longues, les jours sont courts. Quoique...

En arrivant à Key West, en 1991, me retrouvant seul, j'ai imaginé une sorte de journée idéale que j'essaie de reproduire le plus souvent possible depuis et qui m'est fort utile en ces temps de confinement: je vis comme un chat. Je fais les mêmes choses à la même heure, je m'impose une journée de la marmotte, mes journées sont donc réglées sur ce que je fais à telle heure, ce qui, je vous l'assure, m'empêche de tourner en rond parce que je ne sais pas quoi faire. En gros, j'écris le matin, je lis mes journaux et périodiques, je joue à des jeux sur mon Ipad, l'après-midi je lis et le soir, comme pour à peu près tout le monde, est consacré à la télé. Et je prépare tous mes repas, ce qui occupe aussi une partie de mon temps. 

Je ne me pose pas en exemple, qui suis-je pour donner des conseils à qui que ce soit, je dis juste qu'il est possible de passer à travers cette horrible période sans devenir fou, en organisant son temps. 

On m'avait demandé un texte plutôt positif, j'ai fait ce que j'ai pu d'après mon expérience. En attendant, restez chez vous, allez prendre une marche de temps en temps, aiguisez votre patience et nous aurons des chances de nous en sortir. Je vous embrasse tous, 

Michel Tremblay,
le 22 avril, 2020.

Marie Tifo: «Notre vie va changer»

La parole aux aînés

Marie Tifo: «Notre vie va changer»

Les Étangs,
22 avril 2020

6h du matin.
J’ouvre les rideaux, oh la neige !
Sur l’étang les outardes sont toujours là. La petite maman couve courageusement malgré la neige et le mâle navigue en montant la garde.
De les voir si immuables suivre le cours de leur nature me remplit d’une joie sereine.

Aujourd’hui c’est froid et laid. On reste en dedans .Même Bulle, ma chienne ne veut pas sortir. On va faire le ménage, appeler mes vieilles amies actrices, ma tante de 93 ans dans sa maison de retraite à Chicoutimi. Moi, qui ai la phobie du téléphone, je n’ai jamais autant parlé au téléphone. Je n’arrête pas de recevoir des: je t’aime, prends soin de toi.

On est confiné depuis un mois et demi. On a laissé derrière nous le travail, la famille, les amis, toutes les activités qui nous passionnent. Et on vit avec une certaine angoisse pour nos proches, pour tous ceux qui souffrent de la situation.

Notre vie va changer, rien ne sera plus pareil mais demain on annonce qu’il fera beau et comme mon couple de bernaches, je veux me laisser bercer par les flots bleus de l’Étang.

Prenez soin de vous.

Marie Tifo

Quatre lettres de nos fidèles lecteurs

La parole aux aînés

Quatre lettres de nos fidèles lecteurs


Chers aînés, nous sommes heureux d’avoir des nouvelles de vous! Voici certaines des lettres reçues de nos fidèles lecteurs.

N'EN DÉPLAISE À M. CORONA

Je m’appelle Robert et j’ai fêté en mars dernier mon 80e anniversaire. Mes enfants et mes petits-enfants étaient tous là... sur Skype.

C’était magique, pour l’occasion j’avais endossé mon bel habit neuf. Mes proches avaient bien organisé une réunion dans un restaurant sélect, mais M. Corona Virus est arrivé et a chamboulé tous ces préparatifs. Pourtant il n’était pas invité.

Je n’aurais jamais cru vivre un jour ce qui nous arrive. Mais je me considère chanceux, d’abord on est deux et ma conjointe ex-infirmière me fait manger du tofu, du poisson et des épinards.

Elle prétend que c’est bon pour ma santé. Elle a toujours raison, mais c’est moi qui ai toujours le dernier mot: «Oui chérie!»

Ce qui est nouveau dans ma vie c’est de ne plus serrer dans mes

bras mes petits-enfants et mes enfants. Finis les fêtes des enfants où nous étions tous réunis. C’était du vrai bonheur. Tout redeviendra à la normale, il faut lui donner le temps.

Je me suis mis à écrire mes souvenirs de jeunesse : mes bons coups et les mauvais. À l’aide de photos d’époque glanées dans l’album familial et aussi avec des illustrations (je suis ancien graphiste) je déroule les 15 premières années de ma douce enfance.

Bien calés dans nos fauteuils, mon infirmière privée et moi regardons de savoureux films d’amour, de princesses et d’Histoire, sur Netflix.

Je vous en suggère trois: The Crown, Non-orthodoxe et Les Deux Papes. Ces délicieux moments sont tout à fait appropriés n’en déplaise à M. Corona.

Bien sûr, cette pandémie va changer mes habitudes, je garde quand même espoir en l’avenir...Et si par hasard vous rencontrez Corona Virus sur la rue ne le laissez pas entrer chez vous.

Robert Buist
Trois-Rivières

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