La paix par la rencontre de l’autre

OPINION / Il y a quelques semaines, j’ai accompagné un groupe d’évêques d’un peu partout dans le monde qui, comme chaque année, se sont rendus en Israël et en Palestine afin de prendre le pouls, sur le terrain, de la réalité que vivent les minorités chrétiennes dans cette partie du monde et de manifester notre solidarité à leur égard, ainsi qu’à la population locale en général.

Cette année, nous voulions surtout prendre contact avec les jeunes – chrétiens, musulmans, juifs, tant israéliens que palestiniens – les écouter et échanger avec eux sur le thème de l’espoir. Nous avons découvert qu’ils avaient tous une même ligne de pensée : Nous vivons dans l’ombre d’un conflit dont nous ne sommes pas responsables et que nous ne voulons pas; ce que nous voulons avant tout, c’est la paix.

Malgré les murs bien réels et le climat de peur et de suspicion qui s’intensifie, quelques initiatives permettent de nourrir l’espérance d’un changement. En voici un exemple...

Nous avons rencontré deux jeunes hommes de moins de 30 ans qui font partie du Parents Circle Families Forum, une organisation rassemblant plus de 600 familles. L’un est Palestinien, l’autre Israélien. Tous deux ont perdu un membre de leur famille à cause du conflit. Plutôt que de céder au désespoir et de se tourner vers la vengeance et la violence, ils ont choisi de transformer leur douleur en un lien de fraternité. Aujourd’hui, ils travaillent ensemble pour montrer que les différences de religion, de race et de nationalité ne sont pas nécessairement facteurs de division; au contraire, elles peuvent servir à forger l’amitié et à créer la paix.

Je suis revenu au Canada juste au moment où l’on commémorait l’attentat de la mosquée de Québec, triste événement survenu le 29 janvier 2017. Depuis ce terrible acte de violence, une montée des incidences de racisme, de harcèlement et de discrimination contre les musulmans s’est fait sentir partout au pays; et aussi contre les juifs, et oui, contre les chrétiens. Comment éliminer ces actes d’intolérance? La réponse se trouve dans le dialogue et dans la compréhension des différences.

Nous pouvons apprendre de ceux qui vivent dans une société profondément déchirée, comme ces deux jeunes hommes d’Israël et de Palestine. Nous devons, comme eux, favoriser le dialogue et créer des occasions de rencontres et d’échanges, ici même au Canada. Quelques groupes s’y affairent déjà. Par exemple : il y a quatre ans, quelques chrétiens et musulmans de Gatineau ont décidé de créer un espace de dialogue pour mieux se connaître et se comprendre l’un l’autre. J’ai participé à cette initiative. Au début, les participants ont pris place à la table, les uns face aux autres, chaque clan décidé à défendre ses convictions, puis, l’exercice a évolué en quelque chose de plus précieux : l’amitié. Aujourd’hui, le groupe organise des événements publics et invite tout un chacun à sortir de sa zone de confort et à participer à ces rencontres. Notre pays peut tirer grand profit de démarches comme celle-ci.

Nous avons tendance à oublier que le Moyen-Orient compte plusieurs siècles d’expérience à composer avec diverses confessions, cultures et nationalités. En dépit des conflits actuels, le Moyen-Orient a beaucoup à nous apprendre. Voilà 90 ans que l’organisme CNEWA est présent dans la région, élaborant des programmes pour aider l’Église catholique locale à créer des occasions de rencontre pour des gens de toutes confessions dans un contexte non conflictuel. Au cours des dernières décennies, ces rencontres ont ouvert la voie à la compréhension et au dialogue, qui sont à la base d’une paix durable.

Au cours de mes nombreux voyages en Israël et en Palestine, j’ai vu bon nombre de personnes œuvrer à contre-courant, animées par la volonté de bâtir une paix véritable. Il faut parfois beaucoup de courage pour accueillir et accepter nos différences, mais lorsqu’on s’y met, on découvre que nous avons beaucoup plus en commun que ce que l’on peut imaginer.

Au Canada, cette réalité est nouvelle pour nous. Le monde a changé et nous pouvons apprendre de nos amis au Moyen-Orient. Bon nombre d’étrangers ont élu domicile ici, justement pour échapper à la violence et pour vivre en paix. Veillons à ce qu’il en soit ainsi.

Carl Hétu,

Directeur national de l'Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA)