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Soixante-neuf programmes seront fermés à l’Université Laurentienne.
Soixante-neuf programmes seront fermés à l’Université Laurentienne.

La Laurentienne: la francophonie et les autochtones en danger

À vous la parole
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Le Droit
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OPINION / Dans sa déclaration du 12 avril, le Sénat de l’Université Laurentienne a « voté en faveur d’une série de fermetures de programmes pour lesquels les taux d’inscription étaient, depuis toujours, très faibles ». Cette fermeture concerne 69 programmes sur 209. Depuis le 1er février 2021, l’Université Laurentienne s’est engagée dans une procédure de restructuration. Les principaux perdants de cette décision sont les populations francophones et les autochtones.

Bien que la Laurentienne avance le « faible taux d’inscriptions », le véritable motif de fermeture semble être le mince profit financier immédiat que rapportent ces programmes. L’on se trouve face à la marchandisation des universités, centres de savoir transformés en centres de l’avoir. L’université et ses programmes deviennent par ce fait des commodités, des marchandises, livrées aux lois du marché, de l’offre et de la demande. Il s’agit simplement d’une renaissance de l’idéologie de la « survie du plus apte » théorisée par Charles Darwin au 19e siècle. Suivre le profit financier sans retenue, risque de nous ramener à l’état de nature où seuls les plus riches font la loi.

Un Coup dur à la francophonie

Soixante-neuf programmes seront fermés, totalisant 34 programmes en anglais, 24 en français (1er cycle), plus 11 programmes (2e et 3e cycles). Cela représente un coup dur pour la population francophone de l’Ontario qui est en baisse depuis 2011. Fermer 24 programmes en français comme Droit et politique, Éducation – intermédiaire/supérieur, Études françaises va certainement influencer négativement le nombre de nouveaux francophones dans la région et dans la province dans les prochaines années.

Rappelons que la Laurentienne est la première université bilingue reconnue en vertu de la Loi sur les services en français depuis le 1er juillet 2014. Il est curieux de constater qu’en dépit du rôle historique de cette université dans la promotion de la langue française, l’on assiste à une quasi-persécution des programmes dispensés en français dans cette institution.

La surprise, voire le choc, est d’autant légitime quand on se rappelle que par une déclaration aux médias, le 16 mars, la Laurentienne se vantait d’être « un flambeau de la francophonie ontarienne » et avait promis de maintenir « son engagement envers l’éducation en français en Ontario ».

Dans ladite déclaration, Dominic Giroux, recteur de l’Université, a affirmé : « Nous nous engageons à assurer l’avenir de la Laurentienne en qualité d’université où la programmation et l’enseignement de langue française sont valorisés et notre caractère bilingue est célébré et continuerons à concrétiser cet objectif tout au long de notre restructuration en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). »

Face à un tel aveu, l’on a du mal à comprendre comment on peut valoriser une langue dont les locuteurs sont en baisse en réduisant ses programmes.

Cri d’alarme des Autochtones

Outre les francophones, les autochtones sont les perdants de ces mesures darwiniennes de la Laurentienne. En effet, parmi les programmes à fermer, on retrouve les Études autochtones. Une telle décision constitue une menace à la survie de la culture, de l’identité et de la dignité des autochtones à Sudbury et au Canada. C’est d’ailleurs ce que perçoivent plus de 1400 professeurs et membres des communautés autochtones à travers le Canada qui ont demandé à l’Université Laurentienne d’assurer la poursuite du programme d’Études autochtones.

Dans une lettre de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, les signataires s’inquiètent: « La fermeture du programme d’études autochtones à Sudbury…représenterait un virage important par rapport au mandat triculturel de l’Université Laurentienne et à son engagement envers les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation sur l’éducation autochtone. Cela aurait un impact immense sur les communautés autochtones et le Canada et représenterait la première fermeture d’un programme d’études autochtones depuis la création de cette discipline en 1969 ».

Espérons que leurs cris d’alarme seront écoutés.

Richard Atimniraye Nyéladé, doctorant en anthropologie à l’université d’Ottawa.