La fin du gazon…vraiment?

POINT DE VUE / En réaction à l’article «La fin du gazon» écrit par le journaliste Patrick Duquette, paru dans Le Soleil le 18 juillet.

Il existe une certaine tendance depuis quelques années à dénigrer le gazon et à appeler à son élimination dans nos villes. Ce discours, attisé par certains groupes environnementaux, fait cependant fi des nombreux bienfaits de ce couvre-sol, pourtant bien documentés dans la littérature scientifique.

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Le gazon est probablement la seule plante qui permet de recouvrir un sol nu de façon quasi instantanée, protégeant ainsi celui-ci contre l’érosion, et prévenant par le fait même fait son transport (et celui des éléments nutritifs qui y sont liés) vers les cours d’eau. Les tiges, feuilles et racines du gazon sont en renouvellement constant, ce qui ajoute de la biomasse au sol et augmente sa teneur en matière organique. Ce processus permet de fixer environ 1 tonne de carbone atmosphérique par hectare par année, ce qui se compare à une forêt en croissance. Les sols sous les gazons sont d’ailleurs ceux qui contiennent la plus grande quantité de carbone en milieu urbain, soit jusqu’à 155 tonnes par hectare. Même en tenant compte des pratiques d’entretien, plusieurs études ont montré que les pelouses ont un bilan de carbone positif.

La perception des gazons a évolué dans les dernières années. La pelouse durable, qui n’est pas parfaite du point de vue esthétique, mais qui remplit pleinement ses rôles environnementaux, est maintenant dominante dans la plupart des quartiers, et la pelouse de type «vert de golf» est en voie d’extinction. Il existe actuellement sur le marché du gazon en plaques plus résistant à la sécheresse, d’autre qui demande moins de tonte, et on peut même se procurer du gazon en plaques mélangé avec du trèfle. Plus qu’une fin en soi, le gazon est un canevas sur lequel on ajoutera arbres, arbustes et autres couvre-sols afin de créer des aménagements biodiversifiés et résilients.

Implanter du gazon, c’est faire un premier pas dans la lutte contre la minéralisation et l’imperméabilisation des sols, phénomène qui a de nombreux impacts négatifs sur les îlots de chaleur et la gestion des eaux pluviales. Espérons donc que le gazon fasse partie de nos aménagements pour encore longtemps!

Références

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