Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a été élu pour un deuxième mandat consécutif, lundi.

La faute de Justin Trudeau

ÉDITORIAL / Cela apporte un éclairage utile sur ce qui vient de se passer que de regarder plus loin en arrière. Et faire un retour sur la campagne des libéraux de 2015 tourne les projecteurs sur les raisons derrière le gouvernement minoritaire de 2019...

Que promettait le Parti libéral en 2015 ? De l’espoir. La fin de 10 années de régime conservateur où tout était perçu comme une menace potentielle au leadership de Stephen Harper. Il fallait constamment être sur ses gardes, tout soupeser, tout évaluer. Puis, les libéraux sont arrivés et c’est comme si la chape de plomb qui obscurcissait le ciel d’Ottawa et du Canada s’était levée.

L’équipe de Justin Trudeau a paradé chez le gouverneur général sous un beau soleil d’automne et les Canadiens se remettaient à respirer. « Sunny ways », disait M. Trudeau, une expression anglophone signifiant « voies ensoleillées »... signe de son entourage massivement anglophone. 

Cette bande bigarrée, mais unie derrière un chef en apparence charismatique s’est rapidement mise au travail. Il y a eu le sommet de Paris sur les changements climatiques où les libéraux ont signifié un premier virage majeur dans la politique canadienne. Fini l’État-voyou qui niait les effets délétères sur le climat, le Canada reprenait sa place parmi les nations combattant les gaz à effet de serre.

Puis, il y a eu l’accueil de 25 000 réfugiés syriens, qui sont devenus 35 000 finalement. Là aussi, la suspicion qui avait caractérisé le gouvernement de M. Harper, qui craignait une vague de violence provoquée par cette vague d’immigration « non contrôlée ». Troisième étape : l’Allocation canadienne pour enfants, qui venait alléger le fardeau fiscal des familles.

Maintenant, qu’ont proposé les libéraux en 2019 ? 

Car c’est le néant. Justin Trudeau a failli à sa tâche de faire rêver les Canadiens. Il s’est limité à dire qu’élire Andrew Scheer, c’était un retour aux années Harper. Il avait pas mal raison, mais parce que ce fut son seul message, il a omis de proposer des idées salvatrices. Ç’aurait pu être un programme national d’assurance-médicaments, à l’image de celui au Québec. Ce dossier est d’ailleurs bien avancé. Le rapport final a été déposé en juin dernier et la facture est connue : 15 milliards $ par an. Il proposait une mise en place progressive, par l’instauration de médicaments « essentiels » dans un premier temps. Cela pourrait aussi être une intégration étagée, en commençant par les personnes âgées. Mais M. Trudeau a été muet sur la question. Comme il a été muet sur un programme national de garderies, une autre idée que les libéraux trimballent depuis une vingtaine d’années, la repoussant toujours de mandat en mandat. Ou il aurait pu recycler son engagement défait de 2015 sur la réforme du scrutin, ou un programme de logements abordables. 

Bref, il y a plusieurs idées qui fédéreraient une majorité de Canadiens. M. Trudeau a choisi de n’en prendre aucune et de se colletailler avec M. Scheer strictement sur les changements climatiques et sur l’héritage de M. Harper.

Mais il était vulnérable sur l’environnement, avec l’achat du pipeline Trans Mountain. Il refusait de l’admettre. 

Ce fut une campagne sans vision où le chef libéral demandait aux Canadiens de lui confier un autre mandat qui leur procurerait plus de la même chose. Quoi ? Les mauvaises langues diront plus de déficits. M. Trudeau a réussi à conserver l’essentiel des provinces de l’Atlantique et les régions urbaines de Toronto, Montréal, Vancouver. Mais cela ne lui donne qu’un mandat de minoritaire. 

Si Justin Trudeau se retrouve dans de beaux draps, c’est de sa faute, finalement.