Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
Le gouvernement du Québec lancera un programme de consigne pour les bouteilles de vin.
Le gouvernement du Québec lancera un programme de consigne pour les bouteilles de vin.

La CAQ et son nouveau credo

ÉDITORIAL / Pour ce gouvernement qui n’a pas été élu pour son credo environnementaliste, la Coalition avenir Québec concrétise une série de projets. Il a pris parti pour l’électricité et la colporte comme le meilleur des vendeurs d’Hydro-Québec. Il appuie les projets de transport collectif comme le REM à Montréal, des projets de tramway à Montréal, Québec et sur la rive-sud de Montréal. Voici que le gouvernement caquiste a laissé entendre, dans des documents obtenus par La Presse, qu’il lancerait cet hiver un programme de consigne pour les bouteilles de vin ainsi que les bouteilles d’eau en plastique.

C’est ce même gouvernement qui appuie le troisième pont dans la région de Québec pour relier Lévis et Québec, et qui est ouvert au projet de GNL Saguenay pour la liquéfaction du gaz naturel. Ces deux projets ne plaisent pas aux environnementalistes.

Mais somme toute, alors que ces deux ne sont toujours qu’à l’étape de l’ébauche, ceux pro-environnement se concrétisent plus rapidement. Pour une Coalition avenir Québec qui n’avait que si peu à offrir en campagne électorale, il s’agit d’un virage souhaité par une majorité de Québécois. C’est d’ailleurs de telles majorités qui appuient la consigne sur les bouteilles de vin (92 % des Québécois !) ainsi que celle sur les bouteilles d’eau (84 %), selon un sondage SOM de février 2019.

Le Québec, il faut le dire, traîne de la patte dans le domaine. Il n’y a que deux provinces au Canada qui n’aient pas mis en pratique la consigne des bouteilles de vin, le Manitoba et le Québec. Et le Canada n’est pas le pionnier dans le secteur. Ce recyclage est donc dû depuis longtemps. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard l’avait d’ailleurs proposé en 2015 à l’époque du ministre David Heurtel, mais il n’avait pas donné suite à son engagement. Souhaitons que cette fois soit la bonne.

Qui dit consigne dit dépôt en argent. 

Les Québécois devront payer la consigne lorsqu’ils achèteront leurs bouteilles d’eau, et recevront la même somme lorsqu’ils la recycleront. Des sources internes parlent de 10 cents par bouteille. À l’achat de bouteilles à l’unité, 10 cents ne feront pas une grosse différence. À l’achat d’une caisse souvent soldée à 3 $, cela fera 1,20 $ de plus pour la consigne. Cela marquera un pas significatif. Il faudra s’y habituer.

Après tout, il se vend plus de 1 milliard de ces bouteilles à chaque année au Québec, et la croissance est forte. Mais surtout, ce sont les problèmes environnementaux graves qu’elles provoquent. Recyclées à 40 % seulement, on en retrouve partout et elles sont fortement dommageables pour la nature. Elles mettent des décennies à se décomposer. Il fallait faire quelque chose et la consigne est la route à suivre pour hausser les taux de recyclage et freiner ses effets délétères sur l’environnement.

C’est d’ailleurs une mesure transitoire bien plus sage que leur interdiction pure et simple, avec laquelle jonglent plusieurs municipalités. 

Quant aux bouteilles de vin, c’est plutôt la contamination qui est le problème. Dans les centres de tri, elles se retrouvent avec d’autres matières, ce qui rend leur recyclage impossible. Certaines sociétés doivent même s’approvisionner en verre recyclé en Ontario, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis : elles se réjouiront de la consigne des bouteilles de vin qui permet du recyclage de verre de première qualité. Cela fera exploser le taux de recyclage qui n’était que de 28 %, en 2018. 

Quel revirement pour la CAQ qui n’avait que trois fois rien dans son programme électoral de 2018 !