La baleine noire demeure vulnérable aux répercussions de la pêche et du transport maritime. Plus de la moitié des décès connus sont attribuables à des collisions avec des navires, et près de 83 % des quelque 400 baleines restantes portent des cicatrices causées par l’empêtrement dans des engins de pêche.

La baleine noire en eaux troubles

POINT DE VUE / La mort récente de nombreuses baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce en voie de disparition, est troublante. Elle souligne la nécessité d’encourager de meilleures pratiques de pêche et de transport maritime en déplaçant le fardeau sur ces secteurs par l’adoption de la responsabilité individuelle.

Quatre siècles de chasse ont décimé la population de baleines noires. Bien que leur chasse soit interdite depuis 1935, ces grands mammifères marins demeurent vulnérables aux répercussions de la pêche et du transport maritime. Plus de la moitié des décès connus sont attribuables à des collisions avec des navires, et près de 83 % des quelque 400 baleines restantes portent des cicatrices causées par l’empêtrement dans des engins de pêche.

Début juillet, après avoir lu l’annonce de Pêches et Océans Canada concernant les nouvelles mesures de protection, j’ai sorti d’un tiroir ma thèse de maîtrise rédigée en 1993 qui portait sur le rôle des zones protégées pour la baleine noire de l’Atlantique. Malgré les efforts déployés, rien n’a vraiment changé au cours des 26 dernières années en ce qui a trait aux chances de survie à long terme de ce grand mammifère, et encore moins aux possibilités d’en améliorer l’abondance. L’annonce du 1er juillet, dictée par une exigence commerciale imminente entre les États-Unis et le Canada relativement à la protection des mammifères marins en vertu de la loi américaine, visait la gestion de la crise, non la conservation.

Alors que les deux grands responsables de cette situation n’assument que certains des coûts liés à la conservation, l’essentiel des dépenses et des efforts est financé à même les fonds publics par les gouvernements, les universités et les organisations non gouvernementales. En fait, les deux secteurs responsables sont financés puisqu’ils ne paient pas l’ensemble des coûts liés à leur incidence sur l’environnement. Tôt ou tard, le coût de la mise à mort d’une baleine noire devra être transféré à ces secteurs, car le rétablissement nécessitera au moins 60 ans et ne pourra être soutenu par les gouvernements.

L’empêtrement dans les engins de pêche et les collisions de navires avec les baleines noires étant des processus dynamiques, les solutions efficaces devraient viser la réduction des probabilités d’une interaction à tout moment et en tout lieu, et prévoir des mesures incitatives pour changer les comportements individuels. Chaque capitaine de navire doit être tenu responsable des décisions touchant la configuration des engins de pêche, le contrôle de la vitesse, l’affectation de guetteurs et l’adoption de nouvelles technologies.

Au cours du dernier quart de siècle, des efforts constants ont été déployés des deux côtés de la frontière pour rétablir la population des baleines noires. En 1993, j’ai cru naïvement que la solution était imminente. Après tout, les scientifiques croyaient que l’habitat essentiel des baleines au Canada se limitait à deux zones relativement petites de sorte qu’il suffisait de renforcer la gestion dans ces zones. Certains progrès ont été réalisés en déplaçant la route maritime, mais cela n’a pas suffi.

Même si les intentions sont bonnes, ces approches sont peu efficaces. Elles supposent qu’on en sait plus qu’en réalité, et que les baleines agiront de façon prévisible dans un milieu marin en constante évolution.

Si les baleines noires commencent réellement à se rétablir, elles seront plus nombreuses et les probabilités d’interactions mortelles augmenteront. On devrait obliger les navires à utiliser des solutions technologiques comme l’imagerie technique et le radar pour détecter les baleines par leur signature thermique ou le souffle qui leur sont propres.

Parmi les autres mesures à prendre sur-le-champ, mentionnons le marquage obligatoire de tous les engins de pêche, y compris les cordages, au moyen d’étiquettes d’identification par radiofréquence ou autres méthodes, le signalement de tous les emplacements établis, la mise en œuvre d’une transition immédiate à des engins de pêche respectueux des baleines dans les zones les plus problématiques et le signalement en temps réel des engins de pêche perdus.

Pour inciter les responsables à adopter de nouvelles technologies, on pourrait intenter des poursuites en vertu de l’article 97 de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Le gouvernement devrait imposer des amendes pour avoir tué une baleine et fixer le plafond prévu par la loi à 1000 000 $ pour une société et à 250 000 $ pour un particulier. Lorsqu’une baleine est trouvée morte, l’incident doit refléter l’intention de la loi et être traité comme une affaire pénale pour trouver le responsable et le pénaliser.

Les relevés aériens sur des centaines de milliers de kilomètres carrés ne sont pas une solution à long terme si l’interaction problématique avec les baleines n’est qu’à quelques mètres de ceux pouvant prendre sur-le-champ les bonnes décisions en matière de conservation.

Posons les bons gestes pour la baleine noire.