«Venir au monde», un petit bouquin de La courte échelle ayant marqué mon enfance, était présenté dans une boîte comprenant un jeu de société dont l’objectif, si je me souviens bien, était de mener à la naissance du bébé joufflu qui ornait la couverture.

Jouer au docteur

CHRONIQUE / En maternelle, il y avait un livre à l’école qui nous faisait bien rigoler, mes camarades de classe et moi. «Venir au monde», c’était le titre de ce petit bouquin de La courte échelle, qui était présenté dans une boîte où on trouvait également un jeu de société dont l’objectif, si je me souviens bien, était de mener à la naissance du bébé joufflu qui ornait la couverture.

Ce qui nous faisait rire, jeunes écoliers innocents que nous étions, c’était que ce livre, qui expliquait de manière ludique comment sont faits les bébés, était illustré de façon très explicite. Je me rappelle encore d’une image où « Maman » et « Papa », en retard pour le boulot, étaient nus comme des vers dans la salle de bain en train de se doucher et de se brosser les dents.

Une manière rigolote d’expliquer aux jeunes lecteurs de quoi ont l’air les grandes personnes une fois dévêtues. Et que dire de l’illustration où « Maman » et « Papa », après une dispute, se réconciliaient, encore nus, mais cette fois au lit en se susurrant des mots doux à l’oreille, moment où « Bébé » fut conçu...

Est-ce ainsi que j’ai compris le miracle de la vie ? Ma mémoire me fait défaut.

Les droits des parents brimés ?

Certains médias ont rapporté cette semaine que le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, s’opposait aux cours d’éducation sexuelle dispensés dans les écoles québécoises depuis la rentrée scolaire 2018.

Pour remettre ses propos dans leur contexte, j’ai visionné l’entrevue qu’a accordée le député sortant de Beauce au pasteur de l’Église baptiste de l’espoir du grand Montréal, George Antonios, que celui-ci a relayée sur sa chaîne YouTube.

Bien que le pasteur Antonios ait mentionné, en préambule, que le programme d’éducation sexuelle implanté dans les écoles québécoises allait « à l’encontre des valeurs morales religieuses de plusieurs personnes », le candidat au poste de premier ministre ne s’est pas exprimé pour ou contre le contenu du programme.

Dans une réponse acrobatique, il a plutôt déploré l’obligation, pour les enfants, de suivre cette formation. À ses yeux, cela brime les droits individuels des parents de choisir la manière dont leurs enfants doivent être éduqués.

Dans la même entrevue, M. Bernier se prononce en faveur de l’école à la maison, si tel est le choix des parents. « La responsabilité d’éduquer un enfant revient au parent en premier lieu », a-t-il déclaré.

D’ailleurs, le politicien a rappelé que les élèves doivent passer des examens du ministère de l’Éducation, qu’ils soient scolarisés à l’école ou à la maison. Ces examens visent à s’assurer que ceux-ci ont bien assimilé la matière et les apprentissages propres à leur niveau scolaire.

En ce sens, la position de M. Bernier n’est pas entièrement irréconciliable avec la volonté du gouvernement québécois, qui souhaite que tous les enfants de la province aient accès à une éducation à la sexualité.

Oublions un instant les modalités et concentrons-nous uniquement sur la question : serait-il envisageable que les parents qui souhaitent se charger eux-mêmes de cette tâche puissent soustraire leur enfant à ce volet éducatif, à la condition que l’élève réussisse les examens ministériels en cette matière au moment venu ?

Car ce qui importe en fin de compte, c’est que tous les enfants acquièrent les connaissances de base en ce qui a trait à l’éducation sexuelle et que ces apprentissages soient validés, prouvant ainsi que l’enseignement a bien été prodigué.

Une éducation nécessaire

Dans un monde idéal, l’éducation sexuelle des enfants devrait effectivement se faire à la maison, avec les parents, et ce, dès l’enfance. Mais comme ce ne sont pas tous les parents qui sont à l’aise ou qui veulent — pour des raisons religieuses ou personnelles — parler des abeilles, des choux, de la cigogne et de tout le reste, l’école a pris le relais.

Les cours dispensés comme ils le sont actuellement ne sont pas parfaits; les enseignants en avaient déjà beaucoup dans leur cour avant qu’on ne leur pellette cette tâche supplémentaire à travers les autres matières qu’ils doivent dispenser. C’est sans compter que certains professeurs ont eux-mêmes un certain malaise à l’idée de discuter sexualité avec les élèves entre deux notions de géométrie ou de grammaire. Bref.

Ce qui est souhaitable, c’est que les petits grandissent en ayant une bonne notion de ce qui est acceptable dans les relations interpersonnelles et intimes, qu’ils développent une perception saine de leur corps avant, pendant et après leur puberté, et qu’ils reconnaissent les comportements appropriés de ceux qui ne le sont pas.

En ce sens, une éducation à la sexualité dès le niveau primaire apparaît nécessaire.

Un apprentissage à vie

Contrairement à ce que s’imaginent certains détracteurs des cours d’éducation sexuelle, ceux-ci ne visent pas à faire de nos enfants des «carriéristes» du sexe, enchaînant sans fin les aventures sans lendemain.

Combien de fois faudra-t-il le répéter : l’éducation sexuelle, ce n’est pas un cours sur le Kama Sutra. Il faut cesser de croire que de parler de relations sexuelles (protégées) et de contraception incitera les jeunes à faire l’amour plus tôt qu’ils ne sont prêts à le faire.

Au contraire, on ne peut que souhaiter qu’ils soient suffisamment informés et sensibilisés au moment de passer à l’acte pour que tout se déroule pour le mieux. Il a d’ailleurs été maintes fois démontré que même si l’abstinence demeure la manière la plus sûre d’éviter une grossesse non désirée ou de contracter une infection transmissible sexuellement, son imposition n’a pas l’effet escompté.

On aurait beau leur interdire, rien ne semble plus naturel que deux enfants qui, jouant au docteur, découvrent innocemment leur corps et les différences de celui-ci avec un spécimen de l’autre sexe.

L’éducation sexuelle, à l’école ou à la maison, doit être un apprentissage, le long d’une vie, sur nos relations avec les autres, qu’elles soient amicales ou amoureuses, saines ou malsaines.

Inculquer le plus tôt possible à nos jeunes les notions de respect, de consentement et de tendresse les outillera à développer, plus tard, des relations harmonieuses, égalitaires et, espérons-le, dénuées de violence, tout comme le fait de les sensibiliser aux différences biologiques entre garçons et filles, ainsi qu’aux notions de genre, d’identité et d’orientation sexuelle. Cela fera de la prochaine génération une communauté plus ouverte et inclusive.

La beauté d’apprendre

Ce qui détonne également dans tout ce débat, c’est que beaucoup d’adultes s’expriment au nom des enfants, alors que ceux-ci sont au cœur de la question.

Comme pour beaucoup d’autres notions, l’éducation sexuelle ne sera pas assimilée de la même manière ou avec la même facilité par chacun, puisque tous se développent et gagnent en maturité à un rythme qui leur est propre.

J’ai déjà entendu quelque part qu’un enfant ne posera jamais une question dont il n’est pas prêt à entendre la réponse.

Pour expliquer la venue prochaine de leur petit frère, une ancienne amie a déjà expliqué à ses jumeaux d’âge préscolaire que son amoureux était aller planter une graine dans son ventre. Une graine qui allait pousser pendant neuf mois et qui donnerait un beau bébé tout neuf. Ce n’était pas leur mentir. C’était leur expliquer les choses telles qu’elles sont, mais d’une manière qu’ils pourraient comprendre.

Plus tard, ils feraient les liens qui s’imposent.

Apprendre, n’est-ce pas là la beauté de venir au monde ?