Le clan du oui a peut-être enregistré un score magistral de 90 %, cela ne peut effacer le fait que trois millions de Catalans ne se sont pas présentés à l’isoloir.

Inconfort en Catalogne

ÉDITORIAL / Avec un taux de participation d’à peine 42 %, le référendum populaire en Catalogne, dimanche, n’assure évidemment aucune légitimité au gouvernement de Carles Puigdemont qui planifiait prononcer une Déclaration unilatérale d’indépendance sous peu. Le clan du oui a peut-être enregistré un score magistral de 90 %, cela ne peut effacer le fait que trois millions de Catalans ne se sont pas présentés à l’isoloir.

Les raisons de cette faible participation sont assez bien connues : certains ont boudé ce vote par fidélité au gouvernement central de l’Espagne, d’autres avaient peur pour leur sécurité, ou ne se sentaient juste pas concernés par toute l’affaire. Pour des milliers d’autres, l’abstention est l’oeuvre du gouvernement de l’Espagne qui a multiplié les descentes pour fermer des dizaines, voire des centaines de bureaux de vote. Parfois il a saisi les urnes, ou simplement bloqué la route aux citoyens qui voulaient se prononcer sur leur choix de pays. C’est justement cette option qu’a voulu contrecarrer le premier ministre de l’Espagne Mariano Rajoy, qui est allé jusqu’à clamer d’un ton officiel « qu’il n’y a pas eu de référendum ». On aura rarement vu pire comme aveuglement volontaire. Il y a un problème entre la Catalogne et l’Espagne et cette dernière refuse d’en prendre acte, s’entêtant à multiplier ses références à la Constitution qui affirme l’indivisibilité du territoire de l’Espagne. 

Comment convaincre une épouse fatiguée à demeurer au foyer nuptial ? Pas par la force, assurément !

Dans la rue, en journée, cette ligne dure a donné lieu à des scènes honteuses de policiers en tenue anti-émeute, rudoyant des citoyens paisibles et sans défense. Matraquer la démocratie ne paraît jamais bien et l’Espagne en est sortie meurtrie. 

Cet épisode dans la vie d’un État nous rappelle que le droit à l’autodétermination des peuples ne s’exprime ni ne se comprend d’une même et universelle manière.

Jadis concédé aux nations homogènes, géographiquement concentrées et sous le joug d’un pouvoir étranger, souvent colonisateur, ce droit a évolué dans son sens et dans le temps. Le Québec s’en est réclamé et son droit à faire sécession, réclamé par des millions de citoyens depuis les années 1960, a mené à deux référendums où le non l’a emporté. Le gouvernement de Jean Chrétien, par la main de son penseur Stéphane Dion et validé par la Cour suprême, a pondu sa Loi sur la clarté pour l’encadrer. Encore aujourd’hui, il demeure des zones d’ombre et de rivalités : pourquoi le Québec devrait-il soumettre son processus au voeu d’un tribunal où des non-Québécois siègent en forte majorité ? 

Le Directeur général des élections du Québec a eu du mal à faire respecter les règles référendaires, certains estimant que tout est permis en temps de « guerre », même si ce ne sont que des idéologies qui sont en jeu. 

Mais cela n’avait rien à voir avec le dénigrement systématique du gouvernement Rajoy et de millions d’Espagnols réfractaires à l’idée que la Catalogne fasse cavalier seul, amenant avec elle son capital industriel substantiel et sa culture distincte. 

Le président Puigdemont se retrouve aujourd’hui dans une impasse dont l’inconfort n’a d’égal que celle de son vis-à-vis. Les deux sont à des antipodes et seule une voix externe et indépendante pourra redémarrer le dialogue. Après les montagnes russes d’émotions vécues des deux côtés, en fin de semaine, il faut bien que la vie reprenne son cours à un moment donné. Les deux parties ne peuvent s’observer en chiens de faïence en espérant que l’autre bougera. C’est là que les Nations unies doivent exercer leur rôle.