Imaginons une école sans la règle de deux mètres

Je veux être honnête ici. Je ne serai pas plus qu’un gérant d’estrade avec ce qui suit. Comme les auteurs des dizaines de textes qui circulent partout. Gérants d’estrades nous sommes. Rien de plus.

Réfléchissons un peu sur nos écoles. 

Tous les acteurs du milieu, ministres, commissions scolaires, directions d’école, enseignants, spécialistes, éducateurs et autres savent une chose. La règle du 2 mètres dans une école, ça ne s’applique pas. Nos élus le disaient eux-mêmes en conférence de presse. On ne pourra que faire de notre mieux. Point. 

Maintenant, imaginons que de demander aux établissements scolaires de faire de leur mieux prenne une couleur différente. Budgets fortement augmentés pour le nettoyage. Enseignants expliquant régulièrement aux enfants les règles d’hygiène (bien oui, un prof se répète souvent ☺). Mais pas de 2 mètres. Parce que c’est une théorie inapplicable dans ce milieu, au même titre qu’une infirmière ou un préposé aux bénéficiaire ne peut faire son travail à 2 mètres de la personne qu’il ou elle soigne. 

Bon. La barrière ferme du 2 mètres vient de sauter. Combien d’autres barrières sautent avec elle? La réorganisation colossale de tous les locaux de classe qui révèle qu’en fait, on ne peut y asseoir que 9, 10 ou 12 élèves. La division des groupes impromptue et aléatoire qui fera que nos enfants ne verront peut-être pas leurs amis, et qui ajoute le fardeau impossible de trouver des enseignants supplémentaires dans un système qui n’en a déjà pas, même en allant recruter chez les futurs enseignants (ce bassin était déjà mis à forte contribution avant la pandémie!). Mais ça ne s’arrête pas là. La disparition d’un 2 mètres théorique permet aussi que les récréations ressemblent un peu plus à ce qu’elles étaient, tout comme les cours d’éducation physique. Quoi? Un peu de plaisir pour les enfants plutôt que de les voir quitter un environnement de confinement pour les enfermer dans la même salle de classe toute la journée?

Chez le personnel, il ne reste maintenant que le stress de contracter le virus. Un stress très important, oui, mais sans l’addition de toutes les autres causes de stress qu’occasionne le fameux 2 mètres. 

On fournit tout l’équipement de sécurité dans les écoles, pour ceux et celles qui veulent le porter. Et on se retrouve avec des employés de première ligne dans les écoles, encore une fois, au même titre que les gens du milieu de la santé. Parce que c’est exactement ce que les enseignants sont. Et ils doivent en être fiers. Ils sont sur la première ligne de l’éducation des enfants. De l’aide aux jeunes en difficulté. De l’économie d’aujourd’hui et de celle de demain. 

N’oublions pas que dans mon monde imaginaire, l’école de lundi prochain demeure optionnelle. Le robinet continue à ne s’ouvrir qu’au compte-gouttes, pour en revenir à la métaphore du docteur Arruda. 

Si les statistiques de plus en plus étoffées sur la maladie nous montrent une ligne très claire, si on tient compte du fait qu’un jour il nous faudra vivre à nouveau et que le problème ne sera pas moindre tant et aussi longtemps qu’un vaccin efficace ne sera pas disponible, si, si, si. 

On veut que les choses redeviennent normales. On a peur. On aura peur demain. On serait irresponsable de ne pas avoir peur. Mais de compliquer les choses au point de les rendre impossibles pour un 2 mètres qui est lui-même impossible, n’est-ce pas d’alourdir la machine de bureaucratie?

Patrick

Un simple gérant d’estrade de Québec