Nathalie Bondil
Nathalie Bondil

Ils te lapideront

OPINION / Nathalie Bondil a été mise à la porte sans tambour et trompette. Remerciée sèchement. Retiré son téléphone portable, son ordi, fermé son bureau. Lapidée devant ses collègues. Miguel de Unamuno dans La vie de Don Quichotte et de Sancho Pança écrivait : « Ils te lapideront. Les galériens de l’esprit lapident ceux qui brisent les chaînes qui les garottent. Le premier usage qu’ils feront de leur liberté, c’est de lapider le libérateur. »

Au cours des treize années de son règne, Nathalie Bondil aura été un phénomène. Elle aura fait du Musée des beaux-arts de Montréal la première institution muséale au Canada. C’est encore aujourd’hui le musée le plus visité. Depuis que la directrice a pris les rênes du musée en 2007, son affluence a doublé et sa superficie a crû de 30 % avec l’inauguration de deux nouveaux pavillons. 

Elle a transformé l’image du musée dans l’imaginaire collectif. Avec des expositions populaires comme Warhol Life, Cuba Art et Histoire, Yves Saint-Laurent, Picasso en face-à-face ou Pompeii, Nathalie Bondil a révolutionné et démystifié l’idée que l’on se faisait d’un musée. Les Montréalais se sont réappropriés leur musée. C’est devenu un lieu de rencontre, de célébration, de progrès social.

Je me rappelle de ce fabuleux projet novateur axé sur l’œuvre « Prisme d’Yeux », réalisée par Alfred Pellan en 1948. Le Musée des beaux-arts de Montréal mettait à la disposition des personnes non-voyantes ou vivant avec une déficience visuelle un outil exceptionnel qui leur permettait d’apprécier par le toucher les couleurs du tableau de Pellan. Ce projet a été développé en 2018 par Patricia Bérubé, étudiante à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université de Montréal : « Mon projet est né d’un désir de rendre la peinture accessible aux personnes qui ont des problèmes de vision. Grâce à ces prototypes en relief, elles peuvent désormais découvrir la beauté d’un tableau du bout de leurs doigts. C’est tout un monde de formes et de couleurs qui s’ouvre aujourd’hui à elles »

N’oublions pas que c’est Nathalie Bondil qui a donné sa chance à cette jeune étudiante en lui ouvrant la grande porte du MBAM. Au cours des treize années à la direction du musée, elle le fera plusieurs fois. Le MBAM était devenu un chantier de créativité en perpétuel mouvement. Il offrait un supplément d’être et une manière de vivre que nous n’avions pas connus avant l’arrivée de Nathalie Bondil.

Avec son départ, une lumière vient de s’éteindre. Une belle étoile dans le ciel montréalais. Quel dommage!

L'auteur du texte est Jean Malavoy, directeur général du Muséoparc Vanier.