Êtes-vous psychopathe ?

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de cela, mon chien Billy m’a fait un merveilleux cadeau en m’offrant le livre intitulé Êtes-vous psychopathe ?. À l’origine, j’avais emprunté ce bouquin à la bibliothèque, mais voilà qu’un matin, Billy a eu envie de le lire et pour vous dire vrai, il l’a tellement apprécié qu’il l’a dévoré en partie.

Pour ma part, j’avais très hâte de parcourir ce bouquin, étant donné qu’il a été écrit par Jon Ronson, un auteur dont je vous avais parlé il y a quelques mois à la suite de ma lecture de La Honte, où il est question de ces personnes qui ont subi une humiliation publique par l’entremise des réseaux sociaux.

En ce qui concerne Êtes-vous psychopathe ?, Ronson s’est attardé, cette fois-ci, aux outils qui ont été développés au fil des dernières décennies afin d’arriver à diagnostiquer efficacement les individus dont les traits de personnalité peuvent représenter une menace pour les autres.

À titre d’exemple, on y découvre l’histoire d’un type nommé Tony qui avait été arrêté pour un dossier de coups et de blessures. Comme Tony risquait d’avoir à purger entre cinq et sept ans de prison, des détenus lui avaient conseillé de simuler la folie afin d’éviter un long séjour derrière les barreaux. Tony s’est donc inspiré des personnages de fou qu’il avait vu dans plusieurs films et en peu de temps, les spécialistes ont jugé qu’il avait davantage besoin d’aide psychologique que de passer quelques années à l’ombre.

Mais le bonheur de Tony a été de très courte durée, car au lieu qu’il soit envoyé dans un centre où on lui offrirait de la pizza et une chambre tranquille, le pauvre homme a été directement expédié à Broadmoor, une espèce d’Alcatraz des pires maniaques des États-Unis, dont L’Étrangleur de Stockwell.

Pour ajouter au cauchemar de Tony, dès que celui-ci a informé le personnel de Broadmoor qu’il s’était volontairement fait passer pour un fou, le moindre de ses faits et gestes avaient ensuite été interprétés de façon à confirmer sa folie.

En d’autres mots, et ce sont ceux de Tony, « il est terriblement plus difficile de convaincre les gens qu’on est sain d’esprit que de les convaincre qu’on est fou ».

Ainsi, au lieu des cinq à sept années qu’il craignait de passer derrière les barreaux, Tony aura passé au moins 12 ans à Broadmoor.

Ça, ce n’est qu’une histoire parmi des dizaines d’autres, où on finit par sérieusement se demander qui est vraiment fou et qui ne l’est pas.

Je pense ici à cette expérience menée par un psychologue nommé David Rosenham. L’expérience consistait à réunir sept de ses amis qui n’avaient jamais souffert du moindre problème psychiatrique. Ceux-ci devaient se rendre incognito dans des hôpitaux psychiatriques où ils raconteraient tous le même mensonge, disant qu’ils entendaient une voix. Tous les faux patients ont été internés pendant quelques semaines et à la suite de cela, lorsque Rosenham a dévoilé sa supercherie, un hôpital psychiatrique l’avait mis au défi de répéter son expérience, tout en l’avertissant que cette fois-ci, les imposteurs seraient tous détectés.

Un mois plus tard, Rosenham apprenait que l’hôpital en question était parvenu à repérer plus de 40 de ces imposteurs. Or, le psychologue n’avait jamais répété l’expérience.

Évidemment, on ne peut pas se baser sur un seul et unique bouquin pour faire le procès de la psychiatrie, mais il n’en demeure pas moins qu’en lisant ce livre de Ronson, ce qui nous saute aux yeux, c’est qu’à la différence des problèmes médicaux, où des symptômes très objectifs peuvent être identifiés, les problèmes qui apparaissent à l’intérieur de nos têtes sont davantage sujets à l’interprétation.

Mais, il y a quand même une bonne nouvelle dans tout ça, et c’est que si vous vous demandiez depuis le début de cette chronique si vous étiez psychopathe, c’est que vous ne l’êtes probablement pas. Du moins, c’est ce que plusieurs psychiatres affirment. Reste maintenant à savoir si ce sont les mêmes qui se targuaient d’avoir identifié plus d’une quarantaine d’imposteurs alors qu’il n’y en avait aucun…