Enseigner la COVID-19

Au terme de la pandémie, plusieurs apprentissages collectifs auront été réalisés. Nous en aurons appris davantage sur l’origine du virus, sa nature, ses effets et sa contagiosité. D’un point de vue sociopolitique, nous aurons une meilleure idée des défis inhérents à la gestion d’une telle situation, tant en ce qui concerne les soins à donner aux malades que les modalités de distanciation physique ou les allocations destinées à soutenir les personnes ayant perdu leurs revenus. Par l’entremise de la couverture médiatique en continu, chacun a pu non seulement suivre jour après jour la propagation du virus, mais également en mesurer les enjeux sanitaires, environnementaux, économiques et éthiques.

De nombreux articles et témoignages fournissent l’occasion d’accéder à des points de vue critiques vis-à-vis des asymétries et des iniquités qui préexistaient à la pandémie : nous ne sommes pas tous égaux face à la maladie et à ses conséquences.  Au moment d’écrire ces lignes, nous pensons en particulier aux inégalités scolaires, au salaire insuffisant des préposées aux bénéficiaires, aux troublantes conditions qui prévalent dans les CHSLD, au manque de ressources pour intervenir auprès des victimes de violence conjugale et aux inadmissibles conditions de vie des populations autochtones.

Au-delà de cet apprentissage collectif, la crise sanitaire – dont on dit qu’elle ne sera pas la dernière – constitue en elle-même un objet d’enseignement qu’il faudra inévitablement aborder à tous les niveaux scolaires. En effet, la Covid-19 est une problématique contemporaine à laquelle les jeunes auront été confrontés individuellement et collectivement. Dès lors, leur compréhension de cette pandémie et de leurs capacités d’action devient primordiale, d’autant que leurs éventuelles fonctions professionnelles, activités récréatives et pratiques de consommation auront un impact majeur sur l’environnement et la santé des populations.

D’un point de vue éducatif, l’ensemble des programmes québécois de formation présentent l’espace nécessaire, voire de belles opportunités, pour aborder la question de la Covid-19 sous différents angles. Le Programme de formation de l’école québécoise, qui couvre les ordres d’enseignement préscolaire, primaire et secondaire, prévoit que les élèves réfléchissent à des questions qui s’approchent de leur quotidien par le biais des cinq Domaines généraux de formation. Ceux-ci offrent l’occasion d’examiner la situation que nous vivons actuellement. Par exemple, le domaine Santé et bien-être peut inviter à des réflexions sur les effets de la Covid-19 sur la santé, sur les conditions de vie des personnes âgées ou sur les conséquences sur la santé mentale d’un confinement prolongé. Le domaine Orientation et entrepreneuriat peut, quant à lui, être abordé par l’intermédiaire des difficultés que vivent les entrepreneurs alors qu’ils doivent fermer leurs portes ou réduire leurs activités, mais aussi par la réflexion quant aux manières dont d’autres entreprises ont su se transformer pour produire des équipements de protection et du gel désinfectant, dont les réserves et l’approvisionnement étaient insuffisants pour faire face à la crise. 

La mise en lumière du travail de personnes exerçant différentes professions méconnues – l’inhalothérapie, par exemple – est aussi pertinente. En outre, les discussions autour du domaine Environnement et consommation font écho à l’idée selon laquelle un changement de mode de vie rapide et radical est possible. Si un tel changement est réalisable pour faire face à une pandémie, il pourrait l’être tout autant pour contrer les changements climatiques. Par ailleurs, les médias ont joué un rôle primordial dans la gestion de cette pandémie, rôle sur lequel les élèves pourraient être amenés à réfléchir. Ils pourraient aussi comparer les points de presse quotidiens tenus par les différents paliers gouvernementaux et analyser les conséquences des choix communicationnels de chacun sur la légitimité et la pertinence perçues des messages. Enfin, le domaine Vivre-ensemble et citoyenneté s’intéresse notamment aux règles qui régissent la vie en société, mais aussi aux notions de solidarité, d’engagement et de pouvoir. Les règles de distanciation physique, qui trouvent notamment leur fondement dans la solidarité intergénérationnelle, pourraient être examinées.

Au collégial, les programmes d’enseignement sont divers, tout comme les profils de sortie. Or, les cégeps ont en commun une volonté de former des citoyens et des citoyennes responsables et engagés. En effet, les projets éducatifs portent des idées communes, entre autres celles de S’adapter à des situations nouvelles (dont la COVID-19 est un exemple éloquent) et d’Exercer son sens des responsabilités. Chaque programme étant évidemment associé à des spécificités, plusieurs d’entre elles permettraient également de tisser des liens avec la pandémie actuelle.

Si les campus universitaires sont fragmentés en facultés, en département et en programmes de formation en apparence diversifiés, il n’en demeure pas moins que la mission des universités concerne le vivre-ensemble démocratique. L’enseignement et la recherche sont vus comme des vecteurs de formation d’agents et d’agentes de changement. En ce sens, les tenants et aboutissants de la Covid-19 pourraient être visités avec pertinence dans une panoplie de domaines d’études : administration et gestion, arts, droit, éducation, langues, lettres et communication, sciences de la santé, sciences humaines et sociales, sciences pures et appliquées.

À tous les paliers d’enseignement, les activités pédagogiques et les évaluations gagneraient ainsi à s’arrimer aux visées des programmes et à l’intérêt des apprenants et des apprenantes pour la question de la Covid-19. Les pistes sont multiples, tout comme les manières de les actualiser : exposés, proposition de pistes de solutions concrètes, analyse de cas, mise en débat, élaboration d’une pièce de théâtre, exposition de photos, production d’essais ou de nouvelles, etc.

En somme, la question de la COVID-19, comme la question des changements climatiques, devrait être abordée dans les écoles québécoises, et ce, peu importe le niveau de formation ou la discipline d’enseignement. D’ailleurs, un ouvrage comme la Collection annuelle Des Universitaires pourra certainement y contribuer (en préparation pour l’année scolaire/académique 2020-2021).

Chantal Pouliot est professeure titulaire de didactique des sciences à l’Université Laval. Elle a enseigné la biologie au collégial.
Audrey Groleau est professeure de didactique des sciences et de la technologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle a enseigné la physique au collégial.
Isabelle Arseneau est doctorante en didactique à l’Université Laval. Elle a enseigné les programmes de science et technologie au secondaire.

Les autrices sont membre Des Universitaires