Enfin un ombudsman des patients

CHRONIQUE / Le 13 juillet prochain, la nouvelle ombudsman des patients de l’Ontario entrera officiellement en fonction. 

Il était temps, car le poste était vacant depuis plus de deux ans. La lenteur du gouvernement ontarien à pourvoir ce poste est révélatrice: peu d’élus acceptent de mettre en place des mécanismes de contrôle qui surveillent et critiquent leurs actions. D’ailleurs, lorsque le poste avait été créé par les libéraux de Kathleen Wynne en 2015, on avait décidé de ne pas lui donner une pleine indépendance. Contrairement à ce qui se fait ailleurs, l’ombudsman ne relève pas de l’Assemblée législative, mais directement du gouvernement.

L’annonce du choix de la nouvelle ombudsman s’est faite en pleine pandémie, deux semaines seulement après la publication du rapport dévastateur des forces armées canadiennes sur les soins offerts dans les résidences de soins de longue durée. On pourrait être tenté d’accuser le gouvernement Ford d’opportunisme, mais rappelons que le processus de recrutement a été lancé en janvier dernier. 

Après six mois de recherche, le gouvernement a finalement décidé de nommer Cathy Fooks. Cette dernière semble avoir toutes les aptitudes nécessaires pour occuper ce poste: elle a une vaste expérience dans le domaine de la santé et a notamment dirigé le Conseil canadien de la santé.

Toutefois, l’expérience de Mme Fooks ne suffira pas si le bureau de l’ombudsman veut devenir un acteur incontournable du système de santé ontarien. On sait que les premières années suivant la création d’une nouvelle institution sont déterminantes. C’est à ce moment-là que se développent une vision, une façon de faire et une réputation. 

Il y a déjà eu un ombudsman des patients en Ontario. Il s’agissait de Christine Elliott, l’actuelle ministre de la Santé, nommée en 2016. Mais sa présence aura été trop courte (moins de deux ans) pour qu’elle puisse donner une direction générale à l’organisme. C’est donc à Mme Fooks que revient la tâche d’établir les grandes orientations et les méthodes de travail de l’ombudsman.

L’actuelle ministre de la Santé de l'Ontario et ancienne ombudsman des patients de la province, Christine Elliott.

Cette tâche ne sera pas facile. Ce ne sont pas tous les titulaires de nouvelles charges publiques qui réussissent à relever un tel défi. Mais certains y parviennent avec succès. C’est le cas de François Boileau, le premier commissaire aux services en français de l’Ontario. En l’espace de quelques années, M. Boileau a mis sur pied une organisation dynamique, pertinente et efficace. Le succès de M. Boileau s’expliquait en grande partie par le fait qu’il ne s’est pas limité à recevoir et traiter les plaintes des francophones. Il a documenté les défis auxquels sont confrontés les francophones de la province, lancé des chantiers de réflexion, favorisé le dialogue entre diverses communautés et s’est fait l’un des principaux porte-parole de la francophonie ontarienne.

Mme Fooks peut s’inspirer du travail fait par M. Boileau. Mais elle fait aussi face à de grands défis. Le principal sera de veiller à son indépendance sans attaquer directement le gouvernement Ford. On sait que ce dernier n’a pas beaucoup de respect pour les organismes de surveillance (encore une fois, pensons à M. Boileau qui n’est plus commissaire). Le patron de l’ombudsman des patients demeure le gouvernement. Par contre, Mme Fooks a un atout que peu de personnes ont eu avant elle. La crise sanitaire a fortement sensibilisé l’ensemble de la province au sort des personnes les plus vulnérables. Lorsqu’elle prendra la parole, elle sera écoutée par un très grand nombre de personnes. Et cela arrivera rapidement. Déjà, le gouvernement Ford lui a demandé de mener une enquête sur les foyers de soins de longue durée durant la pandémie. Voilà la première occasion à saisir pour démontrer la pertinence et la crédibilité de son organisme, auprès du gouvernement et auprès de la population.

L’auteure est professeure titulaire à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.