Pierre Jury

La réforme du scrutin arrive

ÉDITORIAL / Prêts ou non, les Québécois entendront parler de réforme du scrutin en 2019. C’est une promesse du premier ministre François Legault qu’il a faite en mai, répétée en septembre et réaffirmée depuis son élection, en octobre. Il a même chargé l’une de ses principales ministres, Sonia Lebel, de la Justice, de piloter le dossier. Elle s’est engagée à déposer un projet de loi à ce sujet ce printemps, afin de ne pas perdre de temps.

Car la population a en tête la volte-face des libéraux fédéraux qui avaient eux aussi promis une nouvelle manière de tenir nos élections, en 2015. Mais Justin Trudeau a cafouillé : il a confié la filière à une ministre junior, Maryam Monsef, qui s’est vite mis les pieds dans les plats. Après une année de tergiversations, les libéraux ont conclu qu’il n’y avait pas d’appétit pour le sujet et l’ont remis aux calendes grecques, prétextant qu’ils n’auraient pas le temps de mettre toutes les réformes en place avant le scrutin de l’automne 2019. Mais ce fut de leur faute et ils en paieront le prix.

Éditoriaux

Amanda Simard, l’honorée de 2018

ÉDITORIAL / Comme il fallait s’y attendre, l’Ontario français occupe une large place dans le Palmarès des personnalités influentes de la francophonie canadienne, rendu public aujourd’hui. Mais de toutes celles-là, Amanda Simard, à nos yeux, représente LA personnalité de 2018.

Elle a été la seule députée franco-ontarienne élue sous la bannière du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, lors du vote du 7 juin dernier. Mais rien ne laissait entrevoir que cinq mois plus tard, la jeune députée de Prescott-Russell quitterait son parti en fracassant la porte, protestant du même coup contre la décision de son gouvernement de mettre fin à l’aventure de l’Université de l’Ontario français et au Commissariat aux services en français. Elle a livré un vibrant plaidoyer à l’Assemblée législative de l’Ontario, avertissant les troupes de Doug Ford des problèmes qu’ils créaient au sein de la communauté franco-ontarienne. Ce témoignage touchant, ainsi que sa décision de quitter son parti, a constitué le point de mire de la crise provoquée par le gouvernement Ford, marquée par la plus large contestation franco-ontarienne de l’histoire de la province. Pas moins de 14 000 personnes sont descendues dans les rues d’une dizaine de villes de l’Ontario, ainsi que de plusieurs autres à travers le pays en geste de solidarité, pour protester contre les décisions Ford dans le cadre d’un mouvement baptisé «La Résistance».

Pierre Jury

Les coupures ont marqué 2018

ÉDITORIAL / L’année 2018 fut fertile en émotions. Avec des élections provinciales au Québec et en Ontario, nous aurions l’embarras du choix pour notre sélection de l’événement de l’année 2018.

François Legault a mené son parti vieux de sept ans, la Coalition avenir Québec, au pouvoir. Il s’agit d’un tour de force incroyable qui misait sur le fait que les Québécois tourneraient le dos au vieux dilemme séparatisme-fédéralisme. L’avenir nous dira si sa victoire était le fruit du hasard, coïncidence d’un Parti libéral usé par 14 années de pouvoir presque sans interruption et d’un Parti québécois qui se cherche un chef et une mission depuis 10 ans.

Éditoriaux

Ascenseur social à réparer

ÉDITORIAUX / Le gouvernement caquiste veut mettre fin à l’iniquité des taxes scolaires entre les régions. Il devrait également se préoccuper de rendre le réseau scolaire plus égalitaire afin que tous les enfants puissent aller au bout de leur potentiel. N’est-ce pas l’objectif du premier ministre François Legault?

L’agenda du gouvernement prévoit des mesures qui permettront de faciliter le parcours scolaire des enfants qu’ils viennent de milieux riches ou défavorisés, qu’ils éprouvent des difficultés d’apprentissage ou non.

En préconisant le dépistage précoce des troubles du développement et en voulant établir une meilleure synergie entre les services de garde éducatifs, les services sociaux, de santé et le réseau scolaire, le gouvernement contribuera à ce que les jeunes commencent leur parcours scolaire sans traîner des difficultés qui pourraient compromettre leur réussite et les empêcher d’exploiter leur plein potentiel.

L’approche du gouvernement mérite une bonne note. Mais, comme le font des enseignants, nous ajouterons «peut faire mieux».

À l’instar du gouvernement précédent, celui de M. Legault néglige un enjeu important soulevé en 2016 par le Conseil supérieur de l’éducation, soit que le réseau scolaire québécois est devenu le plus inéquitable au Canada.

Des jeunes écopent. Ils n’ont pas accès aux écoles privées financées généreusement par l’État, et pour des raisons financières, ils n’ont pas accès non plus aux stimulants programmes particuliers (sports, langues, arts, éducation internationale) des écoles publiques. S’offre à eux la classe régulière, une classe privée trop souvent des élèves les plus forts et surchargée d’élèves en difficulté.

La justice scolaire et la mixité sociale ont foutu le camp.

Pour que l’école soit véritablement un ascenseur social, tous les étages doivent être accessibles.

Selon une étude récente, les élèves du régulier d’une école secondaire seraient deux fois moins nombreux que ceux d’une école privée ou d’un programme particulier d’une école publique à accéder à des études collégiales.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, croit que l’ajout d’une heure d’activités parascolaires par jour rehaussera l’attrait des classes ordinaires des écoles publiques.

Cela paraît bien peu pour détrôner les écoles privées et les programmes particuliers des écoles publiques. La classe régulière risque d’être composée encore longtemps du même type d’élèves même si une heure de sports ou de musique est ajoutée.

M. Roberge mènera en janvier une consultation sur la gratuité scolaire et les frais que doivent assumer les parents. Le ministre veut dégager un consensus sur les moyens à mettre en place pour mieux encadrer ces frais, et «maintenir ainsi l’accessibilité et l’équité de l’école publique». Il compte déposer un projet de loi cet hiver afin que des balises claires soient en place pour la rentrée.

Il ne faut pas s’attendre à de grands chambardements. Les clefs USB, les iPad, les dictionnaires ne seront probablement plus facturés, mais les programmes particuliers vont continuer d’être accompagnés d’une facture que ne peuvent payer tous les parents.

L’iniquité disparaîtra des comptes de taxes scolaires, mais se maintiendra dans les écoles.

En 1999, le titre de mon premier éditorial était «À l’action, M. Legault». François Legault était à ce moment ministre de l’Éducation. Pour ce dernier éditorial — je signerai à compter de janvier une chronique —, il aurait pu être repris.

Comme premier ministre, M. Legault a maintenant toute la latitude pour s’attaquer aux différentes difficultés qui freinent le développement des enfants. Les troubles d’apprentissage ne constituent pas le seul obstacle.