Éditoriaux

Ascenseur social à réparer

ÉDITORIAUX / Le gouvernement caquiste veut mettre fin à l’iniquité des taxes scolaires entre les régions. Il devrait également se préoccuper de rendre le réseau scolaire plus égalitaire afin que tous les enfants puissent aller au bout de leur potentiel. N’est-ce pas l’objectif du premier ministre François Legault?

L’agenda du gouvernement prévoit des mesures qui permettront de faciliter le parcours scolaire des enfants qu’ils viennent de milieux riches ou défavorisés, qu’ils éprouvent des difficultés d’apprentissage ou non.

En préconisant le dépistage précoce des troubles du développement et en voulant établir une meilleure synergie entre les services de garde éducatifs, les services sociaux, de santé et le réseau scolaire, le gouvernement contribuera à ce que les jeunes commencent leur parcours scolaire sans traîner des difficultés qui pourraient compromettre leur réussite et les empêcher d’exploiter leur plein potentiel.

L’approche du gouvernement mérite une bonne note. Mais, comme le font des enseignants, nous ajouterons «peut faire mieux».

À l’instar du gouvernement précédent, celui de M. Legault néglige un enjeu important soulevé en 2016 par le Conseil supérieur de l’éducation, soit que le réseau scolaire québécois est devenu le plus inéquitable au Canada.

Des jeunes écopent. Ils n’ont pas accès aux écoles privées financées généreusement par l’État, et pour des raisons financières, ils n’ont pas accès non plus aux stimulants programmes particuliers (sports, langues, arts, éducation internationale) des écoles publiques. S’offre à eux la classe régulière, une classe privée trop souvent des élèves les plus forts et surchargée d’élèves en difficulté.

La justice scolaire et la mixité sociale ont foutu le camp.

Pour que l’école soit véritablement un ascenseur social, tous les étages doivent être accessibles.

Selon une étude récente, les élèves du régulier d’une école secondaire seraient deux fois moins nombreux que ceux d’une école privée ou d’un programme particulier d’une école publique à accéder à des études collégiales.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, croit que l’ajout d’une heure d’activités parascolaires par jour rehaussera l’attrait des classes ordinaires des écoles publiques.

Cela paraît bien peu pour détrôner les écoles privées et les programmes particuliers des écoles publiques. La classe régulière risque d’être composée encore longtemps du même type d’élèves même si une heure de sports ou de musique est ajoutée.

M. Roberge mènera en janvier une consultation sur la gratuité scolaire et les frais que doivent assumer les parents. Le ministre veut dégager un consensus sur les moyens à mettre en place pour mieux encadrer ces frais, et «maintenir ainsi l’accessibilité et l’équité de l’école publique». Il compte déposer un projet de loi cet hiver afin que des balises claires soient en place pour la rentrée.

Il ne faut pas s’attendre à de grands chambardements. Les clefs USB, les iPad, les dictionnaires ne seront probablement plus facturés, mais les programmes particuliers vont continuer d’être accompagnés d’une facture que ne peuvent payer tous les parents.

L’iniquité disparaîtra des comptes de taxes scolaires, mais se maintiendra dans les écoles.

En 1999, le titre de mon premier éditorial était «À l’action, M. Legault». François Legault était à ce moment ministre de l’Éducation. Pour ce dernier éditorial — je signerai à compter de janvier une chronique —, il aurait pu être repris.

Comme premier ministre, M. Legault a maintenant toute la latitude pour s’attaquer aux différentes difficultés qui freinent le développement des enfants. Les troubles d’apprentissage ne constituent pas le seul obstacle.

Jean-Marc Salvet

Chassé a besoin de support

ÉDITORIAL / Si François Legault et son entourage devaient refaire aujourd’hui leur conseil des ministres, ils ne renommeraient pas MarieChantal Chassé à la tête du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. C’est évident. Au cabinet du premier ministre, certains ont des sueurs froides lorsqu’ils écoutent la ministre répondre aux questions des médias.

François Legault et son chef de cabinet, Martin Koskinen, ne peuvent pas décemment, cela étant, régler la situation par un mini-remaniement ministériel à court terme.

Pierre Jury

GES: le plan risqué de Trudeau

ÉDITORIAL / Justin Trudeau est accusé de dire une chose et son contraire, lorsqu’il parle des changements climatiques. D’un côté, il se pavane avec l’Accord de Paris, soutenant que le Canada doit atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030, qu’il n’a pas le choix même! De l’autre, il a surpris tous les Canadiens en se portant acquéreur du pipeline TransMoutain pour 4,5 milliards $ et milite pour l’industrie pétrolière de l’ouest.

Plusieurs y voient une contradiction évidente. Qu’il est impossible pour le Canada d’investir dans une énergie pétrolière que plusieurs estiment dépassée, et que nous respections notre parole de réduction des GES. Ils estiment qu’il y a là une dichotomie qui ne peut satisfaire l’un et l’autre.

Pierre Jury

Une ouverture

ÉDITORIAL / Enfin, l’approche de Caroline Mulroney commence à changer. Elle est maintenant disposée à discuter avec le gouvernement fédéral sur son financement de l’Université de l’Ontario français. Voilà une excellente nouvelle.

Évidemment, tout n’est pas réglé comme du papier à musique. La ministre ontarienne des Affaires francophones doit s’assurer de maintenir le droit de l’Ontario de dépenser dans son champ de compétences qu’est l’éducation.

Mais cette prétention est moins forte qu’au Québec, qui est toujours sur ses gardes.

Et puis, il y a le principe que le fédéral a le droit d’aider des communautés minoritaires qui existe toujours.

Mais au moins est-ce là un signal d’ouverture de la part de l’Ontario. Jusqu’ici, l’offre de financement du fédéral, maintes fois répétée par la ministre Mélanie Joly, demeurait lettre morte.

Cela survient alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a nommé ses deux avocats principaux qui seront chargés de monter la défense juridique des droits des Franco-Ontariens. En Ronald Caza, l’un des héros de SOS Montfort, et Mark Power, la communauté francophone est bien nantie.

En plus, le récent règlement concernant le Programme de contestation judiciaire nous assure que la future cause, si l’on se rend là, sera assurée d’un financement adéquat. 

Si l’on se rend là... ce sont des mots clefs. Car l’AFO veut la paix, mais prépare la guerre, comme le dit le proverbe. Le dossier suit son cours. Nous tombons dans une période creuse pour la défense des droits des Franco-Ontariens, mais en filigrane, tout se poursuit comme prévu.