Pierre Jury

Gallant tente de survivre...

ÉDITORIAL / Le Nouveau-Brunswick se retrouve, une semaine après ses élections, dans une situation incroyablement compliquée.

Bref, une situation qui n’est pas sans rappeler ce qui pourrait bien arriver au Québec, lundi! Le plus récent sondage national place la Coalition avenir Québec à 32 % et le Parti libéral à 31 %, loin devant le Parti québécois à 18 % et Québec solidaire à 16 %. Cela laisse présager un gouvernement minoritaire...

Ce gouvernement minoritaire, c’est exactement ce qui est survenu au Nouveau-Brunswick où le Parti libéral sortant, dirigé par Brian Gallant, s’est retrouvé en deuxième place, mais par la plus mince des marges d’un seul siège. Le Parti progressiste-conservateur a 22 sièges et les libéraux 21, malgré une pluralité des voix de 37,8 % libérales contre 31,9 % conservatrices. Dix des 49 circonscriptions ont fini à moins de 300 votes de priorité, indice de combien la course a été serrée! 

Mais il y a une nouveauté : trois sièges pour le Parti vert et trois circonscriptions pour l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Comme il faut 25 sièges pour obtenir la majorité des 49 circonscriptions, les conservateurs ont le beau jeu, vrai ? Faux!

Formant le gouvernement sortant, les libéraux ont obtenu de la lieutenante-gouverneure Jocelyne Roy Vienneau le droit de poursuivre leur travail. Même s’il est difficile de voir comment il tiendra au-delà du Discours du Trône...

Sans compter qu’il doit choisir un président de l’Assemblée législative d’ici là, ce qui lui enlèvera un autre siège... s’il le recrute dans ses propres rangs libéraux. 

Au cours des derniers jours, M. Gallant a multiplié les démarches pour s’allier au Parti vert. Il semble que ça fonctionnera. 

À l’inverse, les conservateurs ont fait la même chose avec l’Alliance des gens. Mais le parti de Blaine Higgs doit faire attention : par ses positions, l’Alliance ne favorise pas les droits des francophones. Elle propose le transport scolaire mixte anglais-français, par exemple, l’élimination du Commissariat aux langues officielles, l’allégement des règles de bilinguisme pour les ambulanciers, etc. Dans la seule province officiellement bilingue au Canada, cela passe mal. Cela envoie un très mauvais signal aux communautés francophones minoritaires dans tout le pays, ce qui explique l’intérêt des Franco-Ontariens pour la politique néo-brunswickoise.

Tout accommodement des conservateurs avec l’Alliance est donc très mal vu. Au point où le seul député francophone conservateur, Robert Gauvin, a dû mettre son pied à terre : pas de mariage avec l’Alliance sinon il part!

Les conservateurs ont ainsi une « entente informelle » avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, ce qui permet de sauver la face. 

Pour le moment, Brian Gallant a l’autorité morale que lui confère la lieutenante-gouverneure. Il peut procéder. Il peut même tenter de débaucher d’autres élus, ce qu’il a aussi essayé, sans succès. Ses chances de réussite sont minces, mais elles existent. Pour survivre, il faudra à M. Gallant une bonne dose de sens politique, et de la chance. Ce qui ne fait pas de tort.

En attendant, Blaine Higgs et ses conservateurs doivent ronger leur frein. Leur tour viendra assez vite. 

Quant aux électeurs, une chose pointe à l’horizon : un retour aux urnes d’ici 18 mois, peut-être même moins, car ces minoritaires ont la vie fragile. C’est le premier gouvernement minoritaire du Nouveau-Brunswick en près de 100 ans, mais avec la récente division du vote (24 libéraux, 21 conservateurs à la dissolution, plus un vert, un indépendant et deux sièges vacants), ce ne sera pas le dernier.

Éditoriaux

Une femme et 13 hommes

ÉDITORIAL / Il y a 26 ans, Anita Hill paradait devant un comité sénatorial composé exclusivement d’hommes, tous de race blanche, et devant le pays tout entier, pour avoir dénoncé les abus de nature sexuelle commis par un candidat à la Cour suprême des États-Unis.

On voudrait croire que les choses ont changé, que quatre ans après le mot-clic #AgressionNonDenoncee au Canada, et un an après la naissance du mouvement #MeToo à l’échelle mondiale, une victime qui dénonce en 2018 des agissements semblables d’un autre candidat aurait eu droit à un meilleur traitement de sa plainte, à un examen par les corps policiers.

Pierre Jury

Nos choix pour l’Outaouais

ÉDITORIAL / Lundi 1er octobre sera le jour-clé pour le Québec des prochaines années. Il serait bon que l’Outaouais cesse de mettre tous ses oeufs dans le même panier, et qu’un autre parti assume une partie de la députation outaouaise. La vague qui porte la Coalition avenir Québec mérite d’éclabousser l’Outaouais.

Les sondages sont très serrés, à l’intérieur de la marge d’erreur des maisons d’opinion publique. Mais dans les circonscriptions de Gatineau et de Papineau, la CAQ mérite de l’emporter et de défaire le bloc monolithique dans lequel se retrouve l’Outaouais depuis 1980. Cette situation n’est pas saine et au moment où un changement de gouvernement se profile à l’horizon, l’Outaouais ne doit pas rester à l’écart. La pensée unique n’est ni bonne pour l’Outaouais, ni pour le Québec non plus. Il faut que l’essentiel des régions du Québec partage le pouvoir entre les quatre grands partis, ou au moins entre trois d’entre eux. Et ce partage doit inclure l’Outaouais, ce qui n’a pas été le cas depuis près de 40 ans.

Pierre Jury

Jongleries comptables

ÉDITORIAL / Sur le fond, Doug Ford a raison d’invoquer un déficit bien plus important que prévu en Ontario. Car il reprend là en essence les propos de la Vérificatrice générale Bonnie Lysyk. Mais pas 15 milliards$ !

Au printemps, la Vérificatrice générale a statué que le déficit pour 2018-2019 serait de 11,7 milliards$. C’est 5 milliards$ de plus que les 6,7 milliards$ prévus par les libéraux de la première ministre d’alors, Kathleen Wynne.