Pierre Jury

Une occasion historique

ÉDITORIAL / Maxime Pedneaud-Jobin le voit bien. Il existe, avec la toute récente élection du gouvernement caquiste, une occasion de faire les choses différemment en Outaouais. Souhaitons que François Legault la perçoive comme le maire de Gatineau.

Ce dernier parle d’un « Plan pour l’Outaouais ».

Pierre Jury

Reprise d'un débat de 2016

ÉDITORIAL / À l’automne 2016 avait surgi l’histoire abracadabrante de la langue d’enseignement à la faculté satellite de médecine de l’Université McGill en Outaouais. L’affaire avait pris des proportions insoupçonnées lorsqu’il avait été connu que la moitié de la formation de la première année et demie se donnerait en anglais.

L’imbroglio avait duré plusieurs mois avant de connaître son dénouement : toute la formation serait disponible en français, un point, c’est tout.

Il avait fallu passer par des entourloupettes mal avisées avant de se rendre à l’évidence. Comme d’annoncer que «sur l’ensemble de la formation, à peine 8 % sera livré en anglais», ce qu’avaient souligné les Dr David Eidelman et Gilles Brousseau, respectivement doyen et vice-doyen — Outaouais de l’Université McGill. Il y avait eu des promesses «qu’à terme» toute la formation serait disponible en français, mais pas en 2020. 

Tous les obstacles apparemment insurmontables du début ont fini par se régler un après l’autre.

Les plus réticents à régler, outre les patrons de McGill, avaient été les députés de l’Outaouais, tous libéraux à l’époque. 

Même la Coalition avenir Québec, par la voix de sa députée Claire Samson, avait été intraitable.

En septembre 2016, elle disait : «Ils ont trois ans pour le faire, c’est un délai raisonnable, un effort légitime qui démontre la primauté du français. Je ne veux pas qu’on forme des médecins pour l’Ontario, je veux qu’on en forme pour le Québec et il faut que la formation puisse se faire en français.»

La députée Samson se retrouve aujourd’hui dans un purgatoire auto-imposé alors qu’elle a été écartée du cabinet du premier gouvernement caquiste de l’histoire. Elle croyait que ses états de service lui justifiaient un siège de ministre ; elle s’est trompée.

Mais sur le fond, elle avait raison de militer pour une faculté à 100 % française.

Deux ans plus tard donc, rebelote. Cette fois, c’est la pré-formation en médecine qui se donnera en anglais, et à McGill. Cette année de cours préparatoires vise les étudiants qui sortent des cégeps du Québec. Ils existent dans toutes les facultés et correspondent à la première de quatre années d’université qui ont cours dans le reste du Canada. Ce qui est nouveau, c’est que cette formation n’est disponible qu’en anglais.

Nous voilà-t-il repartis pour des mois de de protestations, cette fois, pour que la pré-formation soit offerte en français, et en Outaouais? Cela en a bien l’air. 

Mais une chose a changé. Ce ne sont plus les libéraux qui sont au pouvoir. Et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, avait un ton beaucoup plus conciliant.

D’emblée, il a reconnu que «chaque étudiant a le droit d’avoir sa formation 100 % en français», a précisé le député de Papineau et ministre de la Famille, reprenant en essence les propos de la députée Claire Samson, il y a deux ans.

«Par contre, le fait est que quand on a un partenariat avec une université anglophone (comme McGill), cela apporte certains défis.»

Ces défis, comme il les appelle, ont pu être aplanis lorsqu’il a été su que la moitié de la formation des 18 premiers mois à McGill serait en anglais. Les autorités ont fini par trouver une solution. La même chose doit survenir dans cet autre dossier. Donnons à McGill quelques mois pour aplanir cet autre écueil. Et conclure que pour la pré-formation en médecine pour les cégépiens, la clef semble être que ces cours se donnent à l’Université du Québec en Outaouais, à 100 % en français, comme il se doit.

Pierre Jury

Détourné, le statut particulier !

ÉDITORIAL / Il ne reste plus grand-chose du statut particulier de l’Outaouais en santé. Les millions de budget spécial sont toujours au rendez-vous, même qu’ils ont augmenté un peu. Ils sont passés de 20 millions $, en 2007, à 24,5 millions $ par an. Mais ils servent à défrayer des dépenses qui, ailleurs, font partie des budgets courants. Ce qui contredit, en quelque sorte, la nature même d’un statut particulier.

Car à quoi bon un statut particulier si c’est pour puiser dedans pour défrayer des dépenses de tous les jours ?

Le statut particulier, au départ, devait servir à payer des primes de rétention aux infirmières qui songeaient à aller travailler en Ontario. Il fallait aussi réduire le recours aux agences privées qui se nourrissaient de ces défections. Le programme incluait les médecins et autres professionnels. Les sommes devaient aussi défrayer le rapatriement des malades de l’Ontario vers le Québec. Ces dépenses tombaient sous le sens. 

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais aurait puisé dedans pour augmenter le nombre de patients qui ont un médecin de famille que nul n’aurait été surpris non plus. En 2016 en Outaouais, le taux était inférieur à 70 %, en deçà de la norme des régions du Québec. Il atteint aujourd’hui 80 %, en plein la moyenne provinciale.

Mais le CISSSO s’en est aussi servi pour améliorer l’accès aux services médicaux, ce qui était un des objectifs accessoires de 2007.

Alors au fil des années se sont ajoutés d’autres déboursés comme la nouvelle urgence de l’hôpital de Gatineau et l’agrandissement de l’hôpital de Papineau. Ces sorties d’argent ont été accompagnées d’un accroissement des dépenses de fonctionnement... qui a été puisé dans l’enveloppe du statut particulier. Le service d’aide téléphonique et d’intervention de crise Info-Social en profite également. La centrale régionale de rendez-vous aussi. Idem pour la faculté-satellite de médecine de l’Université McGill. Et le Centre de cancérologie. Alouette.

Au point où en 2013, 85 % du budget du statut particulier servait à défrayer des dépenses courantes. 

« On agrandit, notre capacité augmente, donc ça prend des ressources supplémentaires », avait expliqué Jean Hébert, le patron du CISSSO en 2015. 

Déjà en février 2011, Le Droit statuait que ce statut particulier devait « être bonifié ». En 2016, l’ex-député libéral de Chapleau, Marc Carrière, remettait en question ces dépenses. Légitimes ? « Non », avait-il répondu. Sa collègue Maryse Gaudreault, dans Hull, renchérissait en disant que ces mesures devaient viser l’accessibilité aux soins et à l’attraction et à la rétention de professionnels.

Quant à Stéphanie Vallée, alors ministre responsable de l’Outaouais, elle reconnaissait qu’un budget de fonctionnement de salle d’urgence ne devrait pas nécessairement provenir de l’enveloppe du statut particulier.

Bref, cela avait pris neuf années de statut particulier avant que des élus commencent à se poser des questions sur l’enveloppe de 20 millions $ et son utilisation.

Onze années plus tard, le constat demeure le même. Il est incompréhensible que le statut particulier de l’Outaouais en santé serve à payer pour des services qui relèvent des budgets d’exploitation normaux constatés ailleurs au Québec. 

En ce sens, il est clair aujourd’hui que l’argent du statut particulier a été détourné, non pas en tout, mais en partie, ce qui a prolongé le retard chronique de l’Outaouais, retard qui se poursuit toujours. 

Il reste à voir ce que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec fera de son engagement de bâtir un nouvel hôpital de 170 lits, et du budget du statut particulier, précisément. 

Pierre Jury

Legault fait bien d’éviter COP 24

ÉDITORIAL / Il y a beaucoup de grenouillage autour de l’invitation qui était faite à François Legault de se rendre au prochain Sommet sur les changements climatiques, en novembre, en Pologne. Tellement de grenouillage, en fait, que le premier ministre fait bien de passer son tour.

Il laissera aller sa ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, qui bénéficiera d’une leçon accélérée sur le sujet, ce qui ne lui fera pas de tort. Elle y retrouvera entre autres son homologue fédérale, Catherine McKenna.

La sortie du Parti libéral du Québec est particulièrement osée. Le chef intérimaire Pierre Arcand souhaitait l’organisation d’une délégation québécoise autant d’élus de tous les partis que de représentants de la société civile et d’entreprises. Le député du Parti québécois Sylvain Gaudreault avait souhaité la même chose la veille.

Ce serait l’occasion, a argué M. Arcand, pour le chef de la Coalition avenir Québec de refaire sa « crédibilité douteuse » en environnement.

Quant à Québec solidaire, sa chef Manon Massé a invité M. Legault à « changer de cap » parce qu’il n’a pas parlé de changements climatiques au cours de la dernière campagne électorale.

Il est vrai que la CAQ, en campagne, a gardé un silence complice sur le climat. C’était, croyait-on, dans le but d’avoir les coudées franches une fois élu.

Pourtant, dès les premiers jours après son élection, François Legault a envoyé des signaux forts. Il a confié qu’il allait « en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique », et qu’il avait « bien compris » le message de la population québécoise à cet effet. Il a précisé qu’il n’avait aucune intention de rouvrir le forage pétrolier sur l’île d’Anticosti. Et il a rappelé qu’il s’était déjà engagé à respecter la cible de réduction des gaz à effet de serre du gouvernement libéral, soit une diminution de 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Autant bien dire que c’est demain.

Mais là, parce qu’il décide de ne pas aller au sommet, il renierait ces engagements ? Voyons donc !

Le Sommet sur les changements climatiques dure 11 jours. C’est très long. Ce n’est pas comme le Sommet de la francophonie, juste après l’élection : deux jours et c’était fait. M. Legault avait l’occasion de se déplacer avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, afin de faire mieux connaissance. D’une pierre deux coups. 

Ce COP 24 survient aussi alors que l’Assemblée nationale tiendra ses premières journées de débat. Dire non à cela alors qu’un nouveau gouvernement se met en place est présomptueux. Surtout que son équipe en sera à ses premiers pas au Parlement de Québec et que les écueils seront nombreux sur le chemin des nouveaux ministres verts. M. Legault ne voudra pas trop s’en éloigner et mieux les accompagner. 

Il y a dans les exhortations de ses adversaires à l’Assemblée nationale des pièges que François Legault s’assure de vouloir éviter. Il y a de la petite politique là-dedans. Ce sont autant de jambettes que le PLQ, QS et le PQ ont placées sur la route de M. Legault dans l’espoir qu’il trébuche.

Nous voulons bien croire que plusieurs chefs de gouvernement sont allés aux précédents Sommets. Philippe Couillard et Jean Charest y sont allés régulièrement. Mais les conditions au Québec étaient bien différentes que celles d’un nouveau gouvernement qui fait ses premiers pas. Ces pas seront cruciaux pour la suite des choses. François Legault fait bien de s’assurer qu’ils se déroulent sans anicroche. Il lui restera bien un ou deux autres Sommets sur les changements climatiques avant la prochaine échéance électorale...