Doug Ford

UOF: Ottawa joue son rôle

ÉDITORIAL / Le fédéral s’avère la bouée de sauvetage à laquelle les Franco-Ontariens s’attendaient : il vient d’assurer 1,9 million $ de « financement ponctuel » pour l’Université de l’Ontario français. Il reste à voir comment Doug Ford et son gouvernement l’accueilleront.

Les premiers détails peuvent être vus positivement.

« Je ne ferme la porte à rien, mais en Ontario, 11 collèges et universités offrent présentement des cours en français, 300 cours sont offerts et ces classes sont vides. Remplissons ces classes ! », a lancé le premier ministre Ford, hier.

Au-delà de sa litanie sur la disponibilité des cours, M. Ford, il convient de le répéter, « ne ferme la porte à rien ». Et ça compte.

Il pourrait s’opposer au financement fédéral dans un champ de compétences provincial, mais non. Il pourrait en vouloir à Mélanie Joly de l’embrigader dans une mécanique qui le verra forcé d’investir dans cette université qui n’existe pas encore.

Mais non. Cela semble indiquer que Doug Ford s’intéresse davantage à économiser de l’argent qu’à fermer l’Université de l’Ontario français. Ce 1,9 million $, c’est de l’argent qu’il n’aura pas à verser à court terme dans l’aventure. Cela assainit ses finances publiques à court terme et repousse ses obligations dans le futur. Cela semble le satisfaire pour le moment.

Si nous acceptons ce qu’il dit...

France Gélinas, députée de Nickel Belt pour le Nouveau Parti démocratique, ne le croit pas. À ses yeux, nous ne pouvons pas faire confiance à ce discours. Ce financement aide simplement l’UOF à rester à flot une année supplémentaire, mais ne garantit pas la pérennité du projet à long terme.

Voilà le discours de l’opposition. C’est de bonne guerre.

Mais Doug Ford ne paraît pas être Donald Trump, quoi que certains en disent. Il ne ment pas constamment, il enjolive la situation... comme bien des politiciens.

Dans le dossier du Commissariat aux services en français, il a adopté une position mitoyenne, intégrant l’équipe de 13 personnes au Bureau de l’ombudsman, puis offrant de garder le commissaire François Boileau comme adjoint à l’ombudsman Paul Dubé. Ce n’est pas ce que souhaite M. Boileau, et on le comprend. Mais ce n’est pas non plus une position non négociable : on le voit, il y a du jeu dans la position du gouvernement. Cela demeure l’objectif de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario de forcer le gouvernement Ford à faire marche arrière. Malheureusement, on ne peut compter sur le fédéral dans ce dossier...

Le financement de l’UOF se terminait aujourd’hui. Certes, ce n’est qu’une avance de fonds, précise Mélanie Joly, ministre fédérale du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie. La somme sera récupérée éventuellement. Mais le fédéral a la latitude pour assumer jusqu’à 50 % des coûts de démarrage de l’Université « dans la mesure où la contribution provinciale sera versée au cours des années suivantes ». L’argent est tiré du Plan d’action sur les langues officielles 2018-2023, qui cumule 2,7 milliards $ sur cinq ans.

Tout cela, c’est ce qu’on laissait entendre, mais là, la ministre Joly l’a bien écrit, noir sur blanc.

Cela affirme nettement l’implication du gouvernement fédéral dans l’aventure. C’est très stimulant quand on se souvient de leur silence dans tout le débat sur Ottawa, ville bilingue, entre 2015 et 2017. Pendant des mois la communauté franco-ontarienne a espéré un signal d’appui du premier ministre Justin Trudeau, sans succès. Le message clair et net de sa ministre des Langues officielles est encourageant.