L'hôtel de ville d'Ottawa

Unilingues à Ottawa: air connu

ÉDITORIAL / Deux autres nominations d’unilingues anglophones à la Ville d’Ottawa : surpris ? Vous ne devriez pas. C’est la norme !

Juste depuis 2016, nous sommes rendus à cinq personnes dans la haute direction de la municipalité qui sont tous unilingues anglophones. Chaque fois, Ottawa se confond en excuses et en explicatifs à l’effet que la personne nommée était nettement la meilleure pour occuper le poste, ou qu’il n’y a pas eu de candidats bilingues qui ont les compétences avouées pour chacun des postes.

Cette fois, les emplois de chef des finances et de directeur des soins de longue durée étaient en jeu. Les remplaçants, Wendy Stephenson et Dean Lett, étaient déjà dans l’appareil municipal d’Ottawa. Mme Stephenson agissait à titre de trésorière adjointe au Service des recettes, tandis que M. Lett occupait son poste de façon intérimaire. Ni l’un ni l’autre n’ont estimé que l’apprentissage du français était nécessaire dans leurs précédentes fonctions. Ils devaient bien se douter de quelque chose, pourtant. Il faut croire que ce qui est évident à nos yeux ne l’est pas pour eux.

Là, l’urgence d’apprendre le français vient de sonner et les deux nouveaux titulaires sont tous enthousiastes à l’idée d’entamer de nouveaux cours de français. Ou du moins, faut-il le présumer.

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Le maire d’Ottawa, Jim Watson, a survolé en excuses à l’avance, expliquant qu’il est difficile d’embaucher des personnes bilingues avec les compétences requises. C’est l’argumentaire qu’il ressort à chacune des nominations d’unilingues. Vous devriez être habitué de l’entendre, même si cela ne tient pas la route dans une municipalité qui respecte avec intégrité sa politique de bilinguisme pour les cadres supérieurs. À Ottawa, la ville ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Et ça, c’est avec des cours de français à la clef, une « obligation » théorique. Quand le quotidien Le Droit a voulu en savoir davantage sur le nombre d’heures consacrées à l’apprentissage du français, la Ville d’Ottawa a dit qu’elle n’était pas en mesure de le divulguer. Aussi bien dire que les « étudiants » s’absentent quand bon leur semble car il n’y a aucune surveillance que les cours sont effectivement suivis.

Le maire Watson a expliqué qu’il existe peu de municipalités à qui Ottawa peut voler de la main-d’œuvre expérimentée, qualifiée et bilingue. 

Là est l’autre nœud sur les nominations. Quand on cherche toujours dans les mêmes talles, on trouve toujours les mêmes fruits. Quand Ottawa cherche des candidats de haut rang à Toronto, Oshawa ou Barrie, les chances qu’elle déniche des personnes bilingues sont assez minces.

Et si le maire Watson regardait du côté du Québec ? N’y a-t-il jamais pensé ? Certes, ce n’est pas le même cadre législatif et les pratiques administratives du Québec et de l’Ontario sont passablement différentes. Mais il existe des précédents. Comme la nomination d’Alain Lalonde à titre de vérificateur général de la Ville d’Ottawa, en 2004. Il occupait le même poste... à Gatineau. S’il a pu faire le saut sans trop de problèmes, cela devrait être possible pour un directeur des soins de longue durée, disons. 

Nous sommes convaincus qu’Ottawa pourrait trouver des candidats de choix à Longueuil, à Québec, à Sherbrooke ou ailleurs si elle s’en donnait la peine.  

Mais la Ville d’Ottawa pense que sa manière de faire est la meilleure, ou du moins, lui cause le moins de soucis. Elle nomme qui elle veut, à partir des mêmes listes qu’avant, et elle ne les oblige pas à prendre des cours de français. 

Le meilleur des mondes, quoi.