« Le gouvernement de Philippe Couillard nage aujourd’hui dans les surplus budgétaires après avoir chamboulé le Québec avec des réformes et des politiques d’austérité en début de mandat », est d'avis notre éditorialiste Pierre Jury.

Une solution au bout du nez

ÉDITORIAL / Pendant trois ans, les contribuables de l’Outaouais ont pesté contre le déséquilibre fiscal entre les commissions scolaires de langue française et la Western Quebec School Board. Environ 20 000 familles sans enfants ont profité d’une échappatoire dans la réglementation pour transférer leurs dollars vers la WQSB. En toute légalité. C’était leur manière de protester contre l’inégalité fiscale, au prix d’être accusé de traîtrise à la francophonie.

Ce déséquilibre était bien concret. Chaque année, l’écart se creusait, au point de représenter des centaines de dollars. 

Les commissions scolaires francophones l’ont eu difficile. Ils ont dû augmenter les taux de taxation pour combler les contribuables qui fuyaient. Plusieurs les ont injustement accusées d’être de mauvais gestionnaires des fonds publics. 

La solution réclamée depuis plusieurs années consistait à imposer un taux de taxation unique dans chaque région. Comme c’était en Outaouais que le problème était le plus criant... il n’y avait pas de hâte. Pendant des années, le gouvernement libéral a tergiversé sur la question. La ministre responsable de l’Outaouais, Stéphanie Vallée, a fait valoir que la problématique était complexe, qu’il y avait d’autres régions touchées, etc. Du joli blabla qui n’a servi qu’à acheter du temps, au prix d’irriter des Québécois qui voteront probablement libéral la prochaine fois, alors pourquoi se presser?

Soudainement, cette semaine, Québec vient de trouver la solution. Oui, vous avez deviné : des élections s’en viennent et ça encourage les gouvernements à trouver de l’argent pour régler les problèmes qu’ils ont ignorés jusque là. Toutes ces années à attendre pour proposer ce que tout le monde criait dans le vide : l’harmonisation de la taxation par région. Personne ne réinventait le pain tranché, cette mécanique est précisément ce qui est en place à Montréal. Le gouvernement n’a fait qu’étendre à la grandeur du Québec une solution qui fonctionnait déjà bien dans la métropole. 

Le gouvernement de Philippe Couillard nage aujourd’hui dans les surplus budgétaires après avoir chamboulé le Québec avec des réformes et des politiques d’austérité en début de mandat. Des économies ont été générées sur le dos de milliers d’enfants dont le gouvernement se balançait totalement des difficultés d’apprentissage, des risques d’échec scolaire, voire le décrochage. C’était les années 2014 et 2015 et il fallait serrer la vis aux dépenses, freiner les hausses incontrôlées. Au diable les conséquences. 

Maintenant que le bateau du ministre des Finances Carlos Leitao est revenu à bon port, les libéraux n’ont donc eu aucune difficulté à trouver l’argent nécessaire, estimé à 670 millions $. C’est cher? Québec s’en fout, les budgets le permettent ! 

Ainsi le taux de l’Outaouais sera dorénavant de 13 cents par 100 $ de valeur foncière : le taux de la Western Quebec. Si Québec avait agi en 2016, à la place, le taux aurait été de 18 cents, ce que facturait la WQSB l’an passé. C’aurait déjà été un bien gros cadeau pour les contribuables francophones qui payaient entre 26 et 34 cents. Le dédommagement de Québec a ainsi gonflé en raison de son inaction et coûte des dizaines, voire des centaines de millions. 

Il faut croire que le fruit n’était pas mûr, le budget pas assez rétabli. On a pelleté la facture par en avant, ignorant les avertissements que ça coûterait plus cher. 

Et puis, de toute façon, ce beau cadeau pour ceux qui en profiteront, ce sont les contribuables qui se l’offrent. En pleine année électorale. Que le hasard fait bien les choses !