L’aide médicale à mourir inclura dorénavant les personnes atteintes de sévères maladies dégénératives incurables, comme la plaignante Nicole Gladu.

Une loi qui était trop restrictive

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir, telle que définie tant au Québec qu’au Canada, est trop restrictive. C’est pourquoi la juge Christine Baudouin, de la Cour supérieure du Québec, a invalidé cette disposition. Cette avancée, car il en s’agit réellement d’une, élargit légèrement l’aide médicale à mourir pour inclure les personnes atteintes de sévères maladies dégénératives incurables, comme les plaignants Jean Truchon et Nicole Gladu, d’en faire la demande.

Il y avait des incongruités dans les lois québécoise et canadienne. La version du Québec projetait que l’aide médicale à mourir ne s’appliquerait qu’aux personnes en fin de vie. Concrètement, cela signifiait que la grande majorité des demandeurs étaient des victimes de cancers incurables qui bénéficiaient de quelques semaines de répit. Ils pouvaient s’éviter les souffrances atroces des derniers jours, et pouvaient ainsi fixer le moment de leur mort. La version canadienne prévoyait que la mort soit « raisonnablement prévisible » : cela élargissait le moment de la mort de quelques mois, rarement plus.

Ces deux dispositions ont été abattues par la décision de la juge Baudouin. 

Les deux plaignants pourront donc en faire la demande dès aujourd’hui. Pour les autres, il faudra attendre la révision de la loi, et la juge a donné six mois au gouvernement pour faire ce travail. 

Ce nouveau principe élargit ainsi les critères de la demande pour inclure les gens qui sont victimes de maladies dégénératives incurables ; il faut croire que les législateurs du Québec, lorsqu’ils ont promulgué la loi en 2014, craignaient la réaction du public et des autorités médicales devant cette loi nouvelle qui défrichait de nouvelles contrées juridiques. Ils ont pris des précautions extrêmes en ne permettant l’aide médicale à mourir qu’aux gens en fin de vie. 

Le public a reçu cette loi de façon très calme. Il y a eu certaines plaintes, elles étaient prévisibles, mais il n’y a eu aucune fureur.

Cinq ans plus tard, cet épouvantail n’existe plus. La juge était tout à fait justifiée de soulever l’inadéquation entre les deux lois québécoise et canadienne. Véronique Hivon, la députée du Parti québécois et marraine du projet de loi, l’a par ailleurs applaudie. Bref, tout était préparé pour que la loi soit élargie. Cette disposition de la loi ne sera pas aussi populaire que l’aide médicale à mourir. Ce ne sont pas toutes les personnes qui souffrent de maladies dégénératives incurables qui souhaitent mettre fin à leurs jours. Mais pour les quelques centaines auxquelles une nouvelle loi pourrait être attirante, ils auront dorénavant le choix. Dans six mois, lorsque la loi aura été réécrite, faut-il rappeler. 

La population n’est pas dans les souliers de ces personnes qui doivent traverser des souffrances immenses. Quelque part, cela s’apparente aux pratiques sur l’avortement. Qui sommes-nous pour juger pour autrui ? Comme des femmes qui décident de mettre fin à une grossesse non désirée, il y a des malades incurables qui souffrent atrocement et pour lesquels il est incongru de décider de ce qu’ils peuvent disposer de leur corps ou non.

Cela met toutefois à l’abri les personnes qui n’ont pas la capacité mentale de décider de leur propre sort. Celles-là, qui s’avèrent les personnes les plus faibles de notre société, méritent toujours d’être protégées. Ce n’est pas une euthanasie libre et ouverte à tous que la juge Baudouin a décidée. Les personnes ciblées devront toujours présenter un dossier étoffé et faire la preuve de leurs grandes souffrances.

En ce sens, il s’agit là d’une avancée bienvenue de la loi sur l’aide médicale à mourir.