Le candidat d'extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, est comparé au président Donald Trump.

Une démocratie qui vacille

ÉDITORIAL / Un politicien d’extrême droite est venu à un cheveu de se faire élire à la présidence du Brésil en fin de semaine. Tout semble indiquer que ça devrait être chose faite au prochain tour, à moins d’un imprévisible revirement...

Jair Bolsonaro est comparé au président Donald Trump, mais en réalité, ces despotes s’inspirent tous les uns des autres, chaque fois que l’un d’eux normalise une nouvelle transgression, méprise une autre convention.

Chaque victoire d’un de ces extrémistes repose autant sur l’instrumentalisation de l’anxiété d’un groupe électoral que sur l’incapacité d’un gouvernement plus «libéral» à démontrer qu’il est en mesure de trouver les solutions pour réduire les inégalités sociales, administrer l’État afin d’offrir les services que les électeurs attendent de lui.

C’est une dynamique fréquente dans tout système démocratique, mais nous assistons depuis quelques années à la résurgence d’un autre phénomène. Les partis politiques sont relégués au second rôle, supplantés par un culte de la personnalité à l’endroit du leader qui se croit le messie, seul capable de restaurer un mythique ordre naturel révolu.

C’est la même recette pour tous. Vladimir Poutine, Hugo Chavez, Bolsonaro, Trump, Matteo Salvini en Italie ou Doug Ford en Ontario. On la voit aussi chez Kim Jong-un, comme chez les leaders de l’extrême droite européenne. C’est une pente glissante qui peut mener jusqu’au fascisme dans des pays qui, comme le Brésil, ont déjà connu des régimes militaires, la corruption.

L’abdication totale du parti envers son chef, comme c’est présentement le cas avec le Parti républicain, est un premier pas dans cette direction. Mais pour cimenter l’autorité d’un régime, celui-ci doit saper les institutions capables d’entraver son action, de miner son autorité.

Donald Trump le fait de manière systématique, contre la presse d’abord et avant tout, mais aussi contre toute institution qui placerait sa mission au-dessus de la loyauté envers le despote. L’Agence de protection de l’environnement, par exemple, ou bien le FBI, les services de renseignement, etc.

Jason Stanley, un professeur de philosophie à l’université Yale, décortique ces mécanismes dans son livre How fascism works, à propos duquel il a donné plusieurs entrevues récemment.

L’affaiblissement des institutions n’est qu’une pièce de plus sur l’échiquier. Le dirigeant autoritaire doit affaiblir une autre fondation de la démocratie s’il veut exercer le plein contrôle auquel il aspire. Il doit discréditer les sources d’information, semer le doute dans l’esprit des citoyens, afin de substituer sa «vérité» à celle des faits et des données.

Et cet élément est probablement celui qui a le plus évolué avec l’avènement des réseaux sociaux. Le cas de la Birmanie nous en a fourni un autre exemple cette semaine encore. Le New York Times a révélé hier que depuis près de cinq ans, l’armée birmane avait noyauté un réseau de comptes Facebook pour distiller la propagande contre la minorité Rohingya, avant d’entreprendre le «nettoyage ethnique» de cette région.

Les attaques du président Trump contre les médias sont du même ordre et, aujourd’hui, il a du sang sur les mains. Le régime saoudien n’aurait pas pris le risque de mettre à mort un journaliste du Washingtion Post si la Maison-Blanche n’avait pas encouragé aussi systématiquement le mépris et la violence à l’endroit des médias.