Philippe Couillard a une grosse pente à remonter, mais rien n’est impossible.

Une course déjà engagée

ÉDITORIAL / La campagne électorale au Québec ne s’amorce « officiellement » que le 23 août, mais tous les chefs de partis sont déjà bien engagés.

Dimanche, Philippe Couillard assistait au Grand Prix de Trois-Rivières. François Legault tenait un ralliement de ses troupes à Shawinigan. Jean-François Lisée faisait la tournée aux Îles-de-la-Madeleine. Et Gabriel Nadeau-Dubois moussait son parti en Outaouais tandis que sa co-chef Manon Massé faisait de même à Montréal.

Il n’y avait aucune méprise possible : c’était bien des activités partisanes auxquelles tous se prêtaient.

Effet inattendu des élections à date fixe, les hostilités sont amorcées depuis quelques mois, même depuis le début de l’année 2018. La phase dans laquelle les Québécois se retrouvent présentement n’est qu’une accélération de la tension politique au Québec. Il n’y aura qu’une différence entre le 22 et le 23 août, c’est l’entrée en scène de règles sur le financement populaire des campagnes électorales, c’est tout.

Déjà, le ton monte sur la participation hypothétique de M. Legault au Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie, en octobre, et sur son refus du projet d’éoliennes d’Apuiat sur la Côte-Nord qui devrait créer 400 emplois – principalement des Innus, au coût de 2 milliards $. Les proches de M. Legault rappellent quant à eux la sortie d’Alexandre Taillefer, président de la campagne libérale, qui a accusé le chef de la Coalition avenir Québec de « provoquer une crise sociale ». Et tous les deux applaudissent Jean-François Lisée pour sa campagne « osée » sur les questionnements du Parti québécois... tant que ça ne demeure que des thèmes marginaux à la campagne. Ils ont aussi l’ex-chef Pierre Karl Péladeau à l’oeil ! Se présentera-t-il, ou pas ? Son récent déni semblait sincère, mais la multiplication de ses interventions sur le réseau social Twitter trahit son immense intérêt pour la vie politique.

François Legault démarre cette course en tête des intentions de vote, une position inhabituelle pour lui et son parti. Mais ce qui n’était qu’un accident de parcours, il y a quelques mois, s’est confirmé plusieurs fois depuis octobre 2017. Il reste à voir s’il saura maintenir le rythme et comment il réagira devant les inévitables écueils qui se dresseront sur son chemin.

À l’inverse, Philippe Couillard a une grosse pente à remonter, mais rien n’est impossible. Le départ d’une vingtaine de ministres de son camp, loin d’être un désaveu, est présenté comme une occasion de renouvellement. Les bouleversements des années 2014 et 2015 de son gouvernement, loin d’être présentés comme un fardeau, s’avèrent plutôt un témoignage de sa bonne gestion des affaires publiques. Réussira-t-il à faire oublier ces années troubles ? Un fait demeure : on en a bien peu parlé jusqu’ici.

Tous ces débats sur la scène québécoise n’ont pas leur équivalent en Outaouais. Les équipes électorales sont encore en train de s’installer. Les partis sont encore dans la phase de recrutement de candidats. Lorsque M. Legault clame que « c’est prenable partout », il omet sciemment de parler de l’ouest du Québec. Au mieux, une ou deux circonscriptions sont à portée de la CAQ, sur les cinq de l’Outaouais. Nous ne parlons pas d’une majorité. Il n’a même pas de candidat partout, et son meilleur porte-couleurs est Robert Bussière, l’ex-maire de La Pêche... défait par une recrue de 34 ans, l’an passé. M. Bussière se présente dans la circonscription de Gatineau, fief de Stéphanie Vallée, qui a choisi de ne pas se représenter.

Bonne course à tous !