Doug Ford, Premier ministre ontarien

Une chute qui devrait inquiéter

ÉDITORIAL / Doug Ford devrait s’inquiéter de sa popularité en forte baisse, mais il ne fera pas. Il est trop obnubilé par sa personne, à satisfaire ses amis et mener à bien son programme de droite qui n’a que faire de la lutte aux changements climatiques, pour lequel le déficit de l’Ontario est un utile outil qui lui permet de faire ce qu’il veut au nom de la rigueur financière.

Voilà qu’il s’en est pris aux journalistes, extrémistes de gauche qui déforment son discours politique. « Les journalistes récupèrent ce qu’on dit. Ils coupent et coupent et ils tordent et tordent, a-t-il dit récemment. Les journalistes sont en train de perdre la bataille. »

Que les médias tiennent un autre discours que le parti au pouvoir ne devrait pas le surprendre. Après une lune de miel plus ou moins longue — plus courte dans son cas —, la classe médiatique se retrouve pas mal toujours en confrontation avec la classe politique. Les politiciens doivent apprendre à faire la part des choses et à laisser certaines critiques couler comme l’eau sur le dos d’un canard. Ça ne semble pas le propre de Doug Ford qui en fait une question personnelle et partisane. Il devrait réaliser que les journalistes n’en ont pas tant contre lui que contre ses idées et ses plans politiques pour l’Ontario. 

La querelle qu’il a déchaînée contre la communauté franco-ontarienne n’était qu’une petite entrée en matière. Lors de son énoncé économique de novembre, son gouvernement a annoncé la fin du Commissariat aux services en français (finalement récupéré en partie par le Bureau de l’ombudsman) et mis sur la glace le financement de l’Université de l’Ontario français. Au passage, il a irrité la jeune députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, qui n’a eu d’autre choix que de claquer la porte au Parti conservateur. Elle siège depuis comme indépendante et s’est hissée au rang des figures de proue de l’Ontario français, à la grande surprise de plusieurs. Elle aurait pu prendre son trou et se la fermer par loyauté pour la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, ce qu’elle s’est refusée à faire.

Mais c’est une tout autre histoire qui le coule depuis quelques semaines. Les deux thèmes franco-ontariens ne rejoignaient qu’une minorité d’Ontariens. La querelle sur l’appui de l’Ontario aux familles aux prises avec l’autisme de leurs enfants s’est révélée une bien plus coriace bataille pour Doug Ford. Selon un sondage Recherche Mainstreet publié cette semaine, il a perdu 7 points de son taux d’approbation en deux mois, principalement sur cette question de l’autisme, une bataille peu populaire, mais qui s’est métamorphosée en lutte épique pour son gouvernement. 

M. Ford jouit tout de même de l’appui de 32,6 % des électeurs décidés ou qui penchent vers une option. 

C’est bien plus bas que lors de l’élection de juin dernier, mais pas encore catastrophique. Il lui reste encore un budget qu’il présentera le 11 avril prochain, le premier de son gouvernement. Il a encore bien du temps devant lui, même si ce premier budget ne devrait pas être doux pour les Ontariens. Il y a encore un déficit de l’ordre de 12 milliards $ à abattre, et les premiers budgets des administrations n’ont pas l’habitude d’être gentils avec les contribuables. Nous ne sommes pas en fin de mandat où il faut plaire à l’électorat. Ce budget sera difficile et comportera son lot de coupures.

Si la néo-démocrate Andrea Horvath fait du surplace dans les intentions de vote, les libéraux n’ont pas de nouveau chef à présenter. Quand ils en auront un, la popularité de Doug Ford en prendra un coup. Il trouvera le travail des journalistes encore bien plus virulent à ce moment.