À 40 ans, Alexandre Cloutier « incarnait l’avenir du PQ », est d'avis notre éditorialiste Pierre Jury.

Une annonce d’années sombres

ÉDITORIAL / Le Parti québécois a encaissé un trio d’annonces de démission, hier. Agnès Maltais, Nicole Léger et Alexandre Cloutier ont tous confirmé qu’ils ne se représenteraient pas aux élections québécoises, le 1er octobre. C’est évidemment le départ de M. Cloutier, âgé à peine de 40 ans, qui fait le plus mal.

Le PQ s’en remettra, bien sûr, personne n’est plus important que son parti mais ce départ prématuré est indicateur de mauvaises nouvelles pour le chef Jean-François Lisée — ou les confirme.

Depuis plusieurs mois, les sondages peignent tous un sombre portrait de l’avenir à court terme du Parti québécois. Selon la maison Léger Marketing, le parti de René Lévesque est tombé sous la barre des 20 % d’appuis au sein de la population, alors qu’il a hérité d’un taux d’approbation aux alentours de 30 % lorsqu’il est devenu chef, le 7 octobre 2016. 

Pendant ce temps, le Parti libéral de Philippe Couillard se maintient tant bien que mal dans une fourchette de 30 à 35 % des intentions de vote au Québec. 

La surprise, c’est évidemment que la Coalition avenir Québec qui a récemment obtenu un score de 36 %, un record qui lui permet tous les espoirs à huit mois de l’élection. Sa remontée correspond à peu près exactement à la glissade du PQ, laissant à peu près deviner que le vote du PQ a transféré au parti de François Legault. Les Québécois n’en sont pas à une contradiction près, transférant leur allégeance d’un parti réputé de centre-gauche à un autre de centre-droit. 

Autrefois, il était largement reconnu que l’article 1 du Parti québécois constituait un frein à son essor dans l’opinion publique. Mais maintenant que M. Lisée a mis de côté la perspective d’un référendum, la cote d’amour de son parti baisse au lieu de remonter. C’est pour le moins paradoxal.

Sur le terrain, les députés péquistes le sentent bien. 

Et il est difficile pour un élu de garder le feu sacré quand l’espoir de former le gouvernement est à peu près nul comme au PQ. 

À une année électorale correspond toujours une occasion de changements de carrière pour les politiciens et il y aura des départs dans le camp libéral, soyons-en assurés. 

Mmes Maltais et Léger ont de bonnes raisons de vouloir tourner la page. Au début de la soixantaine, elles comptent deux décennies de travail à l’Assemblée nationale. Le fardeau du travail politique peut être lourd à porter. Mais cela ne vaut pas pour M. Cloutier. À 40 ans, il incarnait l’avenir du PQ. Au point où il a deux fois brigué sa direction. Sans clamer qu’il y a un schisme entre lui et son chef, disons que la perspective de travailler à ses côtés dans l’opposition pour au moins quatre années encore lui a dérobé tout enthousiasme. Lors de son annonce, hier, il a mis cela sous le poids de la partisanerie sur la Colline Parlementaire, mais le malaise est bien plus profond. Le message embrouillé de M. Lisée sur l’avenir du PQ et l’avenir du Québec n’a rien d’encourageant pour les souverainistes.

Jean-François Lisée tentera de mettre de l’avant l’occasion d’un renouveau pour son parti. Il y a toujours du vrai là-dedans. Une porte qui se ferme signifie qu’une autre s’ouvre. L’arrivée de Nathalie Leclerc, fille de l’illustre chansonnier Félix Leclerc, incarnera cette relance. Le retour hypothétique de Jean-Martin Aussant aussi, toujours illustré comme l’enfant prodigue. Il en faudra plusieurs autres.

L’idée d’indépendance n’est pas morte au Québec, quoi que prétendent certains qui prient son trépas. Mais elle aura besoin de temps et de rallier de nouveaux convaincus, en plus d’hypothétiques « conditions gagnantes », pour émerger de sa torpeur.