Lise Payette a été une figure incontournable de l’imaginaire des Québécois.

Un héritage colossal

ÉDITORIAL / Journaliste, politicienne puis auteure, Lise Payette aura marqué à sa manière l’émancipation des Québécois... et tout particulièrement, des Québécoises. Rares sont les femmes qui auront marqué à ce point trois domaines si différents sur une période d’environ 25 ans. Pendant ces années, Mme Payette a été une figure incontournable de l’imaginaire des Québécois, et accessoirement, des Franco-Canadiens qui ont profité de sa large tribune télévisuelle avant et après son séjour en politique.

Son premier passage sous les réflecteurs a été son émission Appelez-moi Lise , en ondes pendant quatre ans à peine, de 1972 à 1976. C’était il y a plus de 40 ans et cela semble bien loin aux yeux de certains, mais les baby-boomers et la génération avant eux s’en souviennent bien. Le style de talk-show de fin de soirée n’était pas nouveau, Johnny Carson aux États-Unis le dominait déjà depuis 1962. La formule n’avait jamais été tentée au Canada français et Lise Payette a relevé le défi de brillante façon, enregistrant des cotes d’écoute au-delà du million de téléspectateurs.

L’animatrice a converti sa renommée télévisuelle en une carrière politique au sein du Parti québécois, élu le 15 novembre 1976. C’était une époque bien différente d’aujourd’hui, et même dans les circonscriptions de Hull et de Chapleau, on avait élu des représentants du PQ ! L’objectif du parti dirigé par René Lévesque était de former un bon gouvernement et Mme Payette se joint immédiatement au cabinet, responsable des Consommateurs, des Coopératives et des Institutions financières. Là, elle pilotera son grand legs politique, la Société de l’assurance-automobile du Québec, qui fait figure encore aujourd’hui de pionnière dans le domaine. Rares sont les institutions qui demeurent si longtemps, et son combat contre les assureurs est à son honneur. Grosso modo, la SAAQ est foncièrement la même qu’à l’époque, incluant la mention « Je me souviens » sur les plaques d’immatriculation. 

Dans la course au référendum de 1980, elle prononce quelques mots fatidiques, se référant aux « Yvettes », du nom d’une fillette sage dans un livre scolaire d’une époque révolue. La folie s’embrase et certains lui mettront sur le dos la défaite référendaire. Compte tenu de l’écart de 20 points entre le camp du oui et le camp du non, l’accusation est forcée. 

Elle quittera la politique un an après, non sans avoir fait modifier le Code civil pour permettre aux mères de conserver leur nom de famille, près de 40 ans plus tard.

Ses cinq années en politique active ne la promettent pas à la chaise berçante, car aussitôt, elle se lance dans un marathon d’écriture, essais, mémoires et surtout, pour la télévision qui la placeront une fois de plus à l’avant-scène. Sur les ondes de Radio-Canada, elle alignera les succès d’écoute et d’estime avec La bonne aventure et Des dames de cœur, qui marqueront notamment les années 1980. Mais elle accumulera les téléséries jusqu’en 2003.  

Lise Payette ne s’est jamais tue. Elle rédigeait encore une chronique dans Le Devoir il y a deux ans. On se rappellera cependant qu’elle, tout comme Janette Bertrand, cédera aux appels de l’intolérance en fin de carrière. Cela ne doit pas obscurcir son très vaste héritage médiatique et politique qu’elle laisse derrière elle. Les automobilistes du Québec lui doivent une fière chandelle, tout comme toutes les femmes qui se sont mariées après mai 1981 qui ont conservé leur nom. Ces changements dans la vie des gens marqueront les Québécois, et les Québécoises, tout particulièrement.