La gouverneure générale Julie Payette

Un discours du Trône rassurant

ÉDITORIAL / Le discours du Trône, lu jeudi par la gouverneure générale Julie Payette, passera comme une lettre à la poste. Seuls les conservateurs, de toute évidence, s’y opposeront, mais les autres partis d’opposition y ont trouvé suffisamment d’éléments à appuyer pour voter en faveur.

Il faut dire que le premier ministre Justin Trudeau a fait des pieds et des mains depuis son élection, le 21 octobre dernier, pour aplanir les différences qui le démarquent des chefs de partis d’opposition, ainsi que des premiers ministres des provinces, qu’il a rencontrés individuellement. Ces échanges étaient une première au fédéral, et étaient bienvenus. M. Trudeau dirige un gouvernement minoritaire et il doit soutirer des majorités de votes à la pièce. Il aurait pu se contenter de s’asseoir avec le Nouveau Parti démocratique, et peut-être le Bloc québécois. Il est allé plus loin que le client n’en demande en ajoutant à l’équation tous les chefs provinciaux afin de bien passer le message d’une collaboration future. Est-ce que ce sera suffisant? Il est presque assuré que le gouvernement n’aura pas de problème à faire accepter son discours du Trône, mais davantage aussi. Il met en place toutes les pièces d’un casse-tête qui lui assurera d’un vote positif lors de son budget, en mars ou avril, et au-delà. À moins d’une catastrophe d’ici là, M. Trudeau peut entrevoir l’avenir avec un enthousiasme, mais un enthousiasme prudent.

Car le contexte est radicalement différent de celui de 2015, lorsqu’il a été élu à la tête d’un gouvernement majoritaire. Il pouvait gouverner avec les mains libres, ou «avec les deux mains sur le volant», pour reprendre l’expression de Jean Charest. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Minoritaire, il doit protéger ses arrières et son gouvernement.

Il a obtenu sa réponse tout de suite après lorsque le chef Yves-François Blanchet, du Bloc québécois, l’a assuré d’appuyer le discours du Trône.

L’hésitation de son vis-à-vis Jagmeet Singh, du NPD, rend plus perplexe. Les libéraux de M. Trudeau ont inclus une douzaine d’initiatives largement empruntées aux néo-démocrates; si ces derniers avaient rédigé le discours, il n’aurait sans doute pas été très différent, sauf pour la référence aux pipelines d’exportation du pétrole de l’Alberta et de la Saskatchewan. Pourquoi M. Singh a-t-il hésité alors? Incompréhensible.

Pour le reste, le discours du Trône a défriché des terres largement exploitées pendant la campagne électorale. Le gouvernement libéral travaillera à la réconciliation avec les peuples autochtones, et la réponse à l’Enquête sur les femmes assassinées ou disparues arrivera l’été prochain. Le renforcement de la classe moyenne passera par des baisses d’impôt — un thème pourtant cher aux conservateurs —, par une aide accrue de l’Allocation pour enfants, pour un appui aux aînés de plus de 75 ans. Le Parti libéral poursuivra sa lutte contre les changements climatiques. Mais il continuera sa politique financière de lourds déficits, ce qui est répréhensible. Nous comprenons que l’État fédéral veut soutenir les investissements en infrastructures, et c’est fort bien, mais sans un plan de retour à l’équilibre budgétaire, il court à sa perte. L’obsession qu’il a du ratio dette-produit intérieur brut est une chimère qu’il poursuit aveuglément.

Mais ce sera pour plus tard. Pour le moment, ce discours du Trône sera appuyé par le Bloc, et probablement par le NPD. Cela lui assurera que ce gouvernement Trudeau II se rendra loin. Jusqu’à quel point? Cela reste à voir.