La décision du gouverneur Stephen Poloz de pousser le taux à la hausse est sa troisième en six mois.

Un appel à la prudence

ÉDITORIAL / Plus la Banque du Canada relève son taux directeur, plus les consommateurs doivent être sur leurs gardes. Et modifier leurs comportements, s’ils ne l’ont pas fait. Mais nous pouvons déjà prédire que ce ne sera pas facile.

Cela fait 10 ans que le taux directeur navigue en deçà du 1,5 %. Toute une nouvelle génération de consommateurs n’a jamais connu des taux hypothécaires de 6, 7 ou 8 % qui étaient considérés « normaux » à une époque. Pour ces gens de 30 à 40 ans qui ont acheté des maisons après la crise financière de 2008, la perspective d’une hausse des taux d’intérêt demeure un concept bien vague. 

Oui, on sait que ça a déjà existé, mais ça fait si longtemps...

Pour bien des gens, résolument confiants en l’avenir, il n’y a vraiment pas encore raison de paniquer parce que la Banque du Canada a relevé le taux préférentiel... à 1,25 %, hier. Les hypothèques, qui sont le principal exemple concret de ce taux préférentiel pour la population, se négocient encore autour de 5 % (contrat fermé, 5 ans). Il y a encore beaucoup de marge de manœuvre.

Cette conclusion hâtive est pourtant à côté de la plaque. Parce que le taux d’endettement des ménages canadiens a atteint des niveaux records ces dernières années. Il se chiffre à environ 165 % du revenu. Donc si votre revenu familial est de 100 000 $, la moyenne canadienne affirme que vous avez accumulé des dettes de 165 000 $ : l’hypothèque de la maison, l’auto « sur la finance », un prêt étudiant qui traîne, des meubles achetés à crédit, etc. C’est sûr que la bulle immobilière qui a ravagé Vancouver et Toronto a déséquilibré les statistiques vers le haut pour tout le reste du pays, mais faites le calcul de vos finances. Vous verrez. Et grosso modo, le tiers de cette dette est détenu à court terme, et donc encore plus vulnérable à la hausse des taux d’intérêt.

Quand on a moins de 40 ans, on se dit que ce n’est pas catastrophique, une dette de cette ampleur, qu’on a encore bien des années de revenus pour s’en débarrasser. Ce qui est vrai en bonne partie. Mais si les taux d’intérêt se mettaient à grimper, grimper, grimper ? Comme entre 1974 et 1990, le Canada a traversé des années de forte incertitude qui ont débuté avec la crise du pétrole. À l’automne 1981, le loyer de l’argent a atteint un taux record de 22,75 % ! C’était une anomalie, certes, mais pendant ces 15 années que les baby-boomers ont durement encaissées, les taux habituels des hypothèques tournaient entre 8 et 12 %. 

Alors le message aujourd’hui, à la lumière de cette leçon d’histoire et de l’annonce de la Banque du Canada, c’est... et si votre hypothèque doublait ? Que feriez-vous ? 

Outre la panique des premiers instants ? 

Répétons-le, nous n’en sommes pas là. Avec un taux directeur qui passe de 1,00 à 1,25 %, on se calme. Mais le message de la Banque du Canada est clair : préparez-vous parce que la décennie de taux d’intérêt modiques est probablement derrière nous pour de bon. La décision du gouverneur Stephen Poloz de pousser le taux à la hausse est sa troisième en six mois. Les économistes prévoient d’autres hausses en 2018. 

S’il n’y avait pas l’incertitude quant à l’avenir de l’Accord sur le libre-échange nord-américain remis en question par le président Donald Trump, les taux d’intérêt seraient déjà plus élevés. 

L’économie canadienne roule fort, il est facile de présumer que cela sera toujours ainsi. Car ça ne sera pas le cas. Les consommateurs canadiens devraient prendre des habitudes de prudence financière, ou les retrouver. Cela est encore plus vrai aujourd’hui que depuis 10 ans !