Aujourd’hui, Justin Trudeau se retrouve au même point qu’hier. Pas plus avancé. Les soupçons d’interférence pèsent toujours aussi lourd sur lui et son gouvernement.

Trudeau toujours mal en point

ÉDITORIAL / Le témoignage tant attendu de Gerald Butts devant le comité de la justice s’est soldé comme tout le monde s’y attendait : il n’y a pas eu de pressions indues sur la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, a-t-il certifié.

Le litige concerne un éventuel accord de réparation dont aurait pu se servir le bureau d’ingénieurs SNC-Lavalin pour éluder des poursuites potentiellement coûteuses pour elle, incluant l’interdiction d’obtenir des contrats du gouvernement au Canada pour une période de 10 ans. Elle avait un réel intérêt à mettre fin à cette action en justice et elle a, de fait, multiplié les démarches pour que soit promulguée la loi sur les accords de réparation. La consultation est toujours en cours.

La ministre de la Justice était contre cet outil qu’est l’accord de réparation. Elle a dit en avoir fait part lors d’une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau le 17 septembre 2018. Néanmoins, elle a témoigné, la semaine dernière, qu’elle avait subi de nombreuses représentations de la part du Bureau du premier ministre, du ministère des Finances et du premier ministre Trudeau lui-même.

Mercredi, c’était donc au secrétaire principal de Justin Trudeau, M. Butts, de témoigner sur cette affaire hautement controversée. Elle met en contradiction l’autonomie du ministère de la Justice de prendre des décisions de façon autonome devant des pouvoirs publics qui pourraient tenter de l’influencer. Il a été catégorique : aucune pression indue n’a été exercée. Il a répété que c’était une question politique et qu’un procès au criminel pourrait mettre en péril les 9000 emplois de SNC-Lavalin au Québec et ailleurs au pays, pour des gestes posés il y a entre 10 et 15 ans. La preuve de l’absence de pressions ? Mme Wilson-Raybould ne l’a pas consigné par écrit (comme c’était sa coutume). Gerald Butts a bien proposé un avis externe, « comme de (l’ex-juge en chef de la Cour suprême) Beverly McLachlan », mais la procureure générale « était libre de le suivre ou non ».

Elle n’a pas cru bon d’y donner suite et après sa démission, l’histoire est sortie au grand jour.

La démission lundi de Jane Philpott, ex-présidente du Conseil du Trésor, a ajouté un cran sur le gouvernement Trudeau à l’effet que les pressions étaient indues et inappropriées.

Mercredi, après M. Butts, les témoignages de la sous-ministre de la Justice Nathalie Drouin et de Michael Wernick, le sous-ministre du premier ministre, n’a pas fait avancer les débats de façon substantielle.

Aujourd’hui, Justin Trudeau se retrouve au même point qu’hier. Pas plus avancé. Les soupçons d’interférence pèsent toujours aussi lourd sur lui et son gouvernement.

Jody Wilson-Raybould passe encore pour la victime dans ce chassé-croisé politique, quoique nous ne savons toujours pas pourquoi elle s’est opposée à l’accord de réparation. Était-ce parce que SNC-Lavalin est une entreprise du Québec, rappelant le fossé entre la Belle Province et le « Rest of Canada » ? Certains le croient.

Justin Trudeau ne réussit pas à mettre cette affaire derrière lui. Cela fait un mois que ça dure et que les médias y vont de déclarations en surprises, nourries par les départs de Mmes Wilson-Raybould et Philpott. Il doit y mettre fin à un moment donné. Il y a un budget à déposer le 19 mars, dont personne ne parle ces temps-ci, un budget qui devrait distribuer des largesses aux Canadiens en cette année électorale. Ainsi, il doit prendre la parole. M. Trudeau doit faire un mea culpa et proposer des correctifs bien sentis.