L'entreprise Téo Taxi a annoncé mardi qu'elle devra fermer.

Téo Taxi aura manqué de temps

ÉDITORIAL / L’aventure de Téo Taxi, à Montréal, est terminée. Il s’agit d’une triste journée pour l’industrie du taxi, non seulement dans la métropole, mais partout ailleurs, car Téo Taxi tentait de réécrire les règles de fonctionnement de cette industrie vieille de près d’un siècle.

Téo Taxi aura manqué d’argent, c’est évident puisqu’elle a cessé ses activités mardi faute de fonds, mais elle a surtout manqué de temps et du petit coup de main des autorités qui voyaient l’industrie de manière monolithique.

Ces autorités ont bien vu avec quel tollé l’industrie avait reçu la société Uber, et avec quelle véhémence Uber avait été reçu par les chauffeurs de taxi, principalement. Ils voyaient Uber comme un compétiteur à bas prix, ce qu’ils étaient bien sûr, mais surtout, ils refusaient de voir dans quelle direction l’industrie du transport s’en allait, non seulement à Montréal, au Québec et au Canada, mais partout à travers le monde. L’informatique portative, via les téléphones intelligents, réécrit de grands pans de l’histoire de l’automobile, comme elle a réécrit l’histoire de la musique, des journaux, etc.

Dans la fermeture de Téo Taxi, les chauffeurs n’avaient aucun rôle délétère. Si certains pestent toujours contre Uber, ce n’est pas de la faute des 450 chauffeurs si l’entreprise ferme. Ils étaient syndiqués depuis peu, mais surtout, ils étaient payés à l’heure, une révolution dans l’industrie. Le fardeau de la preuve de l’industrie ne reposait plus sur les épaules des chauffeurs, mais bien sur l’entreprise Téo Taxi.

Téo Taxi était sorti du cerveau d’Alexandre Taillefer, cet ambitieux homme d’affaires qui voulait électrifier 100 % du parc automobile des taxis d’ici 2019... Ainsi le disait-il en 2014. Il a négocié l’appui financier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, du Fonds de solidarité FTQ, etc. Collectivement, ils auront mis environ 60 millions $ dans l’aventure. Ils auront presque tout perdu, lorsque seront liquidés les véhicules électriques et quelques autres actifs. 

Le virage de M. Taillefer vers le Parti libéral du Québec aura provoqué en partie la déconfiture de Téo Taxi. Quand il a accepté la présidence du PLQ, et que la Coalition avenir Québec a été élue l’automne dernier, M. Taillefer devait savoir que l’aventure de Téo Taxi manquerait d’appuis financiers. Car il en fallait davantage. 

En 2014, M. Taillefer avait parlé de 275 millions $ pour réécrire l’industrie du taxi. Il aura été bien loin du compte. 

Téo Taxi aura aussi traversé des années sombres, associées à celles d’une compagnie en démarrage. Ses véhicules passaient trop de temps à recharger leurs batteries électriques, provoquant de longs bris de service... et de longues attentes des clients qui voyaient les autos taxis des autres fournisseurs leur passer devant le nez. Téo Taxi aura gaspillé des années à régler ces irritants, mais quand un client attend un taxi sur le coin de la rue, il n’a que faire des problèmes administratifs de Téo Taxi.

Les règles de l’industrie sont également rigides, on l’a constaté lorsque Québec a fait une place à Uber. Elles n’ont certainement pas été réécrites pour tailler une place pour Téo Taxi, notamment la « facturation dynamique » qui aurait permis à ses véhicules d’imposer des tarifs modulés en fonction de l’heure, par exemple. C’était illusoire de croire que le gouvernement caquiste allait le faire, si les libéraux ne l’avaient pas déjà fait.

Téo Taxi ne reviendra pas, mais un autre modèle de fonctionnement, lui, refera surface un jour, dans un avenir pas très lointain. Il était logique que Québec, sous un autre gouvernement, s’impatiente mais la technologie ne saurait attendre encore longtemps.