Les mesures d’aide seront lentes à faire sentir leurs bienfaits. Pour Martin Cauchon, propriétaire du Groupe Capitales Médias, il est trop tard.

Taxer Internet? L’idée a du bon.

ÉDITORIAL / Les difficultés financières des journaux canadiens remontent à plusieurs années. Celles vécues par le quotidien Le Droit et son ex-propriétaire, le Groupe Capitales Médias, n’y font pas exception.

La tourmente s’est déchaînée, lundi, avec la demande de protection contre ses créanciers, n’a fait qu’illustrer encore plus bruyamment le défi des entreprises de presse écrite. 

Le tollé n’est pas unanime, mais il est largement partagé : il faut faire quelque chose pour assurer aux médias écrits une meilleure pérennité. 

Les journaux sont des vecteurs essentiels d’une meilleure démocratie, et nombreuses ont été les voix dans ce sens au cours des derniers jours. 

Le gouvernement de Justin Trudeau, au fédéral, a déjà prévu une aide de 595 millions $ pour l’ensemble des journaux du Canada, répartis sur cinq années. 

Cela prendra la forme d’un nouveau crédit d’impôt sur les coûts de main-d’œuvre, de reçus d’impôt pour les dons à des entreprises de presse, et un autre crédit d’impôt de 15 % pour encourager les abonnements aux médias numériques canadiens. 

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Mais le programme tarde à se mettre en branle. 

Annoncé en novembre 2018, les premières sommes ne seront versées qu’en 2020. 

Bref, les mesures d’aide seront lentes à faire sentir leurs bienfaits. Pour Martin Cauchon, propriétaire du Groupe Capitales Médias, il est trop tard. 

D’autres voix suggèrent que le Québec prenne le pas sur le fédéral et organise son propre crédit d’impôt. 

L’idée fait son chemin, mais encore là, il faudra du temps avant d’en voir les effets bénéfiques.

Ces moyens sont tous très vertueux, mais ne s’attaquent pas, il faut le reconnaître, à la mainmise des géants que sont Google et Facebook. 

Ensemble, ils se sont accaparé pas moins de 80 % des revenus publicitaires des journaux au pays. C’est énorme. 

Pire, ils soutirent ces revenus sur le travail des médias traditionnels. 

Les médias ont aussi leurs fautes. Certains, comme La Presse, à Montréal, offrent tout leur contenu gratuitement. L’expérience, vieille de quatre ans, tend à prouver que si cela augmente la résonance du travail des journalistes, cela le dévalue à la fois. 

Tous les autres médias le partagent en partie, et beaucoup via la plateforme Facebook, ou d’autres comme Twitter. 

Parallèlement, plusieurs journaux songent à délaisser l’impression de leur édition papier pour se consacrer qu’à une édition numérique. 

Encore une fois, cela aura pour effet de dévaluer le travail journalistique.  

Il faut regarder également ailleurs, comme la taxation directe de l’accès à Internet. L’idée avait été explorée il y a deux ans pour aussitôt être coulée par le premier ministre Justin Trudeau. 

Un comité parlementaire avait proposé l’ajout d’une surtaxe de 5 % sur l’Internet haute vitesse afin d’identifier une nouvelle source d’aide financière pour les médias traditionnels.

Cette fois, c’est le Québec qui la considère. 

Des voix au sein du gouvernement caquiste de François Legault s’en sont fait l’écho. 

Cela aurait l’effet direct d’imposer le canal par lequel les lecteurs canadiens consomment leurs nouvelles en ligne. 

Ce mécanisme augmente le coût d’Internet, mais il y a peu d’autres alternatives aussi directement liées à Google et Facebook. 

Entre temps, les diverses communautés touchées par la faillite du Groupe Capitales Médias amorcent leurs campagnes d’abonnement et de fidélisation de leur lectorat. 

Cela aura un effet bénéfique, il est certain, mais pour combien de temps ? 

C’est pour cela que l’option d’une taxe Internet doit faire partie des moyens étudiés sérieusement par le gouvernement de François Legault.