La députée de Québec solidaire dans Taschereau, Catherine Dorion

Sur les normes vestimentaires

ÉDITORIAL / Catherine Dorion fait encore parler d’elle, et pas pour les bonnes raisons. Cette fois, c’est vêtue d’un coton ouaté qu’elle s’est présentée à l’Assemblée nationale, et des députés se sont discrètement plaints au président.

Ce n’est pas la première fois que la députée de Québec solidaire suscite les manchettes. Chaque fois, elle défriche des sentiers peu usités avec ses vêtements.

Cette semaine, le président François Paradis en a glissé mot au leader parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, qui a passé le message à sa députée « haute en couleur ». Elle a quitté l’Assemblée parce qu’elle « ne se sentait pas bienvenue ». Il y a deux semaines, c’était pour son « déguisement » à l’occasion de l’Halloween, où elle paraissait en tailleur et mini-jupe, assise sur un bureau au centre du Salon rouge. Il y a quelques mois, ses bottes Doc Martens faisaient jaser.

À LIRE AUSSI: Catherine Dorion: le coton ouaté de la discorde

Photo d'Halloween de Catherine Dorion: l'autorité de la présidence de l'Assemblée ébranlée

Bref, elle aime pousser la norme vestimentaire en vigueur au Parlement à Québec. On la comprend. L’Assemblée nationale est plutôt rigide dans ses manières de faire. Elle impose le veston et la cravate aux députés, mais pour les femmes, c’est plus délicat. Le règlement parle d’une « tenue de ville », sans préciser ce que c’est. 

Chose certaine, ce n’est pas un coton ouaté. Ce genre de vêtement est propice pour une activité décontractée, mais ne correspond aucunement à une « tenue de ville » !

Pas plus que les gaminets et autres t-shirts dont elle se pare pour représenter les électeurs de sa circonscription de Taschereau, qui correspond aux quartiers populaires du centre de Québec.

La députée doit faire un minimum d’effort pour se conformer un peu plus à la « norme » de l’Assemblée nationale. Pour accompagner sa photo d’Halloween, elle avait titré « F*ck la norme ». On la comprend de vouloir jouer sur les manières de faire au parlement, et il faut être d’accord avec elle que les conventions de l’Assemblée nationale sont un peu coincées. Ses chaussures, tant qu’elles lui couvrent minimalement le pied, feront très bien l’affaire, Doc Martens y compris. Des sandales aussi, mais pas des « gougounes ». Dans les couloirs du parlement, cela peut passer. Mais pas dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

L’idée n’est pas de faire de chacun des censeurs de la « bonne manière » de se vêtir. Il n’y aurait alors aucune façon de s’entendre sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Mais nous sommes en présence d’une députée qui aime bien faire reculer les conventions. Il faut vivre avec les conséquences de sa présence.

Mais nous sommes aussi en présence d’une députée fort intelligente, bien formée — elle détient une maîtrise en sciences politiques du King’s College de Londres ! – qui a certainement une contribution fort poussée à apporter aux travaux parlementaires. Elle est travaillante et dévouée. Son implication politique date de plusieurs années, alors qu’elle s’était présentée pour le défunt parti Option nationale dans Taschereau. Nous ne sommes pas en présence d’une étoile filante de la politique, qu’intéressée à démolir les dogmes politiques modernes. Catherine Dorion est bien plus que ça.

Les normes vestimentaires de l’Assemblée feraient bien d’être modernisées. Pour les hommes, cela voudrait dire de laisser tomber la cravate obligatoire, que ce soit dans les salles des comités tout comme dans le Salon bleu, la salle de l’Assemblée nationale. Cela rendrait les échanges un peu moins guindés. Pour les femmes, faute de mieux, il faut toujours parler d’une « tenue de ville », mais en insistant sur un peu plus de décorum dont fait preuve Catherine Dorion.