L’Agence mondiale antidopage a porté un grand coup, lundi, en suspendant la Russie de toutes les compétitions sportives pour les quatre prochaines années.

Souhaitons que la Russie ait compris

ÉDITORIAL / L’Agence mondiale antidopage a porté un grand coup, lundi, en suspendant la Russie de toutes les compétitions sportives pour les quatre prochaines années. Pas que les Jeux olympiques, mais tous les championnats mondiaux également, toutes les Coupes du monde, toutes les finales mondiales. Sont suspendus également tous les Russes qui dirigent des fédérations sportives et autres associations. C’est du jamais-vu auparavant. Et pourtant.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est tout de même la cible de critiques, notamment de la fondeuse canadienne Becky Scott, membre démissionnaire du Comité indépendant de révision de la conformité de l’AMA, et de Travis Tygard, chef de la direction de l’Agence antidopage des États-Unis. À leurs yeux et ceux de plusieurs autres, l’AMA ne va pas assez loin. Il aurait fallu suspendre tous les athlètes russes, dopés et non-dopés, pour les quatre prochaines années, afin d’envoyer un message clair à tous que les comportements de la Russie sont intolérables et entachent la réputation de tout le monde, dopés et non-dopés.

Car les athlètes pourront toujours prouver qu’ils n’ont jamais eu recours au dopage sportif. S’ils passent le test avec brio, ils concourront aux Jeux olympiques et autres compétitions, mais sous des couleurs neutres.

C’est un peu une situation de déjà-vu que tout ça. Car l’AMA avait déjà suspendu la Russie des Jeux d’hiver de PyeongChang, tout en laissant les athlètes « propres » – ou à tout le moins, jamais soupçonnés de dopage – y participer. Plus de 160 l’ont fait et ils ont remporté 17 médailles. Ce n’était que l’ombre de ce que la Russie avait récolté aux Jeux précédents, ceux de Sotchi, où ils en avaient amassé 29.

Mais c’était à s’y méprendre. Les athlètes ont participé à titre d’« Athlète olympique de la Russie », clairement indiqué sur leur uniforme. Le drapeau de la Russie était interdit aussi. Mais les hockeyeurs, gagnants de la médaille d’or, ont tous entonné l’hymne russe ! Et les athlètes avaient été célébrés à leur retour dans leur pays, se faisant tous épingler une médaille par le président Vladimir Poutine.

La Russie vient de se faire reprendre. En début d’année 2019, des milliers de tests sanguins ont été subtilisés, prouvant la culpabilité de dizaines d’athlètes russes.

L’AMA avait prévenu la Russie que des sanctions plus sévères s’appliqueraient si jamais elle était encore trouvée coupable. Ce qu’elle vient d’annoncer. Cela comprend la suspension des prochains Jeux d’été à Tokyo, à l’été 2020. Ce ne sont plus que les Jeux d’hiver, mais la plus grande scène sportive au monde.

La Russie a trois semaines pour en appeler de cette décision. Elle le fera sans doute, devant le Tribunal arbitral du sport.

Entre temps, Mme Scott et M. Tygard critiquent l’AMA pour l’indulgence de ses pénalités. À leurs yeux, c’est toute la crédibilité de l’Agence mondiale antidopage qui est remise en cause. Cela se fait alors qu’un nouveau président entre en poste dans quelques semaines, Witold Banka, le ministre du Tourisme et du Sport de la Pologne. Les transferts de responsabilités sont parfois le moment choisi pour affaiblir des organisations. Le fait que cela revient à un Polonais, voisin du grand frère russe, attire des regards. Disons seulement que ce changement arrive à un mauvais moment.

Les pénalités, si elles sont soutenues par le Tribunal du sport, seront plus sévères. Nous verrons bien où cela mènera. Après 20 ans, l’Agence mondiale antidopage arrive à une croisée des chemins. Souhaitons que les pénalités soient suffisantes. Ce serait un triste héritage après deux décennies de construction de l’édifice sportif.