Sonner l'alarme

En mars 2013, l'ingénieur fédéral Jean-Pierre Gagnon, un des milliers de fonctionnaires touchés par les coupes de l'année précédente du gouvernement Harper, a quitté son emploi. Selon l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), M. Gagnon était l'un des principaux experts nord-américains en transport ferroviaire de matières dangereuses, tout particulièrement soucieux de la sécurité des wagons citernes DOT-111. C'était quelques mois avant la tragédie de Lac-Mégantic...
Au moment où d'autres départs sont à prévoir avec le gel des dépenses annoncé dans le budget Flaherty, la population doit comprendre que la fonction publique représente plus que des dépenses dans des états financiers. Les fonctionnaires ont des noms, des visages, des expertises... et ils remplissent des tâches importantes pour l'ensemble de la population. Si l'IPFPC mentionne M. Gagnon, c'est que depuis quelques années, les coupes dans la fonction publique ont entraîné la perte de milliers de scientifiques, notamment en environnement.
Le plus gros syndicat d'employés professionnels de la fonction publique fédérale a raison d'affirmer que le bien-être des Canadiens est en cause quand on met la hache dans des programmes touchant à la sécurité des consommateurs, le transport des marchandises dangereuses, la sécurité maritime ou la protection de la santé. Un sondage d'Environics Research auprès de plus de 15000 membres de l'IPFPC atteste d'une inquiétude profonde. Ces professionnels ont, entre autres, la responsabilité de veiller à l'intérêt public. Le temps est venu de les écouter.
Malheureusement, les Canadiens montent rarement aux barricades pour défendre la fonction publique, même quand il a peu de sympathie pour le gouvernement. La majorité non syndiquée du pays, et même des syndiqués du secteur privé, voient les fonctionnaires comme des privilégiés qui se plaignent «le ventre plein»... même quand, année après année, au nom d'une saine gestion des deniers citoyens, les conservateurs gèlent les dépenses, rognent des avantages, coupent des programmes et suppriment des emplois.
Pour un gouvernement qui voit dans l'État une structure dont il faut limiter le rôle et dont les activités doivent d'abord servir un secteur privé largement déréglementé, la situation actuelle est idéale. Avec un public apathique, vite amadoué en invoquant les principes populaires - et justifiables - de prudence administrative et de réduction du fardeau fiscal, le gouvernement accule les fonctionnaires à un combat défensif. Mais le temps est venu de renverser la vapeur.
Le premier devoir de loyauté des employés de l'État est envers les citoyens. Si le gouvernement, par ses actions ou inactions, met le public en danger, les fonctionnaires ont l'obligation morale et légale de sonner l'alarme.