Le personnel infirmier du CISSSO aura du pain sur la planche pendant le long week-end de la fête du Travail. Deux défis avec lesquels il devra composer: un surcroît de travail et une baisse des effectifs.

Santé: cafouillage bien en vue

ÉDITORIAL / Le long week-end de la fête du Travail représente le retour en classe et marque le début non officiel de l’automne avec le retour au boulot des équipes complètes de travailleurs. Pour les infirmières du CISSSO, cela représente un tout autre défi : une autre longue fin de semaine pendant laquelle il y aura surcroît de travail et baisse des effectifs. Avec les fins de semaine de trois jours de la Saint-Jean-Baptiste et de la fête du Canada, ce sont les deux temps forts de l’été. Des temps forts en pénurie de personnel.

Il ne faut pas se surprendre d’avoir vu les infirmières monter aux barricades avec une déclaration incendiaire, jeudi. Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) est allé jusqu’à suggérer à la population de se tourner vers l’Ontario. C’est un pas qu’elles n’avaient pas voulu franchir auparavant. C’est dire l’ampleur de leur désespoir devant la pénurie de personnel tant d’infirmières que de préposés aux bénéficiaires.

La réponse du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais ? Offrir le double du salaire à celles qui voudront bien répondre à l’urgence, plutôt que les 150 % habituels.

Sauf que la manœuvre a éclaté au visage du CISSSO. Cela « ne respecte pas les conventions collectives ». C’est ce que le CISSSO a annoncé, vendredi, dans un communiqué laconique de six lignes.

Les réactions du SPSO et du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais ont témoigné d’un découragement certain.

« Ce n’était peut-être pas une mesure pour combattre l’épuisement, mais au moins, c’était une reconnaissance des efforts pour les heures supplémentaires », a confié Jeremy Berthiaume, du STTSSSO.

Là, le personnel se retrouve à la case départ.

Mais de façon plus importante, c’est le gouvernement de la Coalition avenir Québec qui est interpellé avec ce cafouillage. 

La CAQ avait promis un retour à une gestion plus humaine de la santé après les années difficiles et autocratiques sous le ministre Gaétan Barrette. Spécifiquement sur la situation des infirmières, la CAQ s’était engagée à « augmenter le nombre d’infirmières à temps complet, abolir les heures supplémentaires obligatoires, réviser le rapport du nombre de patients par infirmière et déployer des infirmières praticiennes spécialisées ». 

En Outaouais, le verdict après 10 mois de gestion n’est pas au rendez-vous. La ministre Danielle McCann doit s’impatienter. Elle peinera à trouver de nouvelles solutions... sans débloquer davantage de sous pour l’Outaouais.

Il y a une légère croissance dans le nombre d’infirmières, mais les collèges ne réussissent pas à combler les sièges en classe. Cela se répercute ensuite dans le marché du travail. À l’Université du Québec en Outaouais, on ne se convainc pas d’abaisser les critères d’entrée. Ce serait une solution à court terme, mais cela n’aiderait personne sur plusieurs années. En effet, qui voudrait être soignée par une infirmière qui a peiné à passer ses cours ? La question se pose aussi pour les médecins et pour tout le personnel des hôpitaux. On peut se demander si la situation d’alarme dans laquelle l’Outaouais est plongée depuis 15 ans n’a pas effrayé les meilleurs postulants, laissant l’Outaouais avec des candidats de seconde zone...

Entre-temps, nul doute que le personnel fera son gros possible pour livrer les services du mieux qu’il le pourra. Le sentiment du devoir accompli est fort, en Outaouais comme ailleurs, c’est à n’en point douter. Mais l’épuisement vient à bout de bien des sacrifices. Les rapports de coroners en font le constat final, et il y en a trop dans la région.