Cela fait 10 bonnes années que l’idée d’interdire les sacs plastique circule en Amérique du nord mais il n’y a encore qu’une dizaine de municipalités qui sont allées de l’avant.

Sacs plastique: avant d’interdire...

ÉDITORIAL / Avec la Nouvelle année est arrivé le bannissement des sacs de plastique à Montréal. Gatineau pourrait emboîter le pas en 2018 car une telle interdiction plaisait au parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin. Et avec une élection municipale à Ottawa à la fin de l’année, gageons qu’au moins un candidat en fera un engagement personnel. Bref, les sacs de plastique sont dans la mire ces années-ci, et pas que celle des écologistes.

Mais l’idée est plus compliquée qu’elle ne paraît. Les bienfaits de l’interdiction ne sont pas aussi évidents que l’on serait porté à croire, et sa mise en place, plus complexe. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une fausse bonne idée mais il ne faut pas s’y lancer tête baissée.

De fait, quoi de plus simple ? Les pouvoirs municipaux ont l’autorité pour agir — mais ce n’est pas le cas en Colombie-Britannique — et il n’y a qu’à passer au vote pour rallier une majorité de conseillers derrière une initiative qui procure des accolades de la part d’un électorat las de voir ces sacs flotter au vent dans les arbres.

Cela fait 10 bonnes années que l’idée d’interdire les sacs plastique circule en Amérique du nord mais il n’y a encore qu’une dizaine de municipalités qui sont allées de l’avant. Montréal est la première ville de taille au Canada à se joindre au mouvement. Toronto a fait marche arrière en 2012, trois ans après avoir voté en faveur. Aux États-Unis, les plus grandes villes à avoir interdit les sacs plastique sont Los Angeles, Chicago et Portland. Au Québec, Boisbriand est allée de l’avant il y a 18 mois, et Mascouche l’a annoncée pour le printemps.

À Montréal, l’administration du maire défait Denis Coderre avait commandé une étude exhaustive en 2015. 

Certes, il se distribue entre 1 et 2 milliards de sacs plastique au Québec à chaque année et ils passent dans les mains de tout le monde lorsqu’ils font leurs emplettes, vont à la pharmacie, etc. La réalité, c’est que les citoyens les utilisent un peu partout et s’ils doivent disparaître, il faut proposer des solutions de remplacement. Sac recyclable, sac de papier, de coton ou sac réutilisable, chaque option vient avec ses avantages et désavantages, et ses coûts tant financiers qu’environnementaux.

L’étude Chamard pour la Ville de Montréal relève qu’il y a plusieurs types de sacs et de plastiques. Toute réglementation doit tenir compte d’autres plastiques comme les enveloppes des nettoyeurs à sec par exemple, ou des sacs minces qui servent aux fruits, légumes et viandes à l’épicerie. 

Et puis, faut-il aller jusqu’à l’interdiction lorsque les campagnes de sensibilisation fonctionnent déjà très efficacement ? 

Si la population de l’Outaouais pense comme ailleurs, il y aura une importante réaction négative à une interdiction. Bien des gens pestent déjà la tarification de 5 cents le sac — prix qui devait être triplé pour vraiment encourager l’utilisation des sacs réutilisables. Il faudra aussi faire face aux doléances de l’industrie des plastiques qui a déjà accusé Montréal de « blanchiment écologique », à l’opposition de détaillants qui rechignent contre ces frais qui s’ajoutent à la facture globale des consommateurs, etc. Et puis ce n’est pas comme si les sacs à usage unique disparaissaient dans la nature. Ils sont souvent « recyclés » en sacs poubelle, ou par les propriétaires d’animaux qui les utilisent pour leurs excréments. 

Pourquoi ne pas imiter Ottawa qui encourage leur recyclage en les rapportant dans des dizaines de magasins ? 

Pourquoi forcer une solution drastique quand il existe des options vertes et gratuites ?

À tout le moins, les élus doivent explorer toutes les avenues avant de céder au chant des sirènes.