Une crise humanitaire a provoqué l’exode de près d’un million de Rohingyas, soit presque tout ce groupe ethnique, dont la majorité a dû fuir l’État de Rakhine au Myanmar.

Rohingyas : aucun temps à perdre

ÉDITORIAL / Le Canada ne peut pas dénouer, à lui seul, la crise humanitaire qui a provoqué l’exode de près d’un million de Rohingyas, soit presque tout ce groupe ethnique, dont la majorité a dû fuir l’État de Rakhine au Myanmar. Mais nous pouvons quand même agir. Et nous devons le faire.

«Ce que nous faisons, ou ne faisons pas, en réponse à la crise au Myanmar et au Bangladesh sera un test décisif pour la politique étrangère du Canada», prévient l’ex-politicien libéral et ex-premier ministre ontarien Bob Rae, envoyé spécial du premier ministre Trudeau au Myanmar.

Le rapport qu’il vient de présenter contient des propositions réalistes — et réalisables — pour permettre au Canada d’apporter une contribution significative à l’effort visant à stopper ce que plusieurs ont déjà qualifié de génocide.

Bob Rae ne tombe pas dans les pièges qui risqueraient de paralyser ou de neutraliser l’intervention d’un pays qui, contrairement à la Chine, la Thaïlande ou le Bangladesh, n’est pas directement impliqué dans cette région du globe.

Il ne se prononce pas quant au rôle joué par Aung San Suu Kyi, ou la reconnaissance qu’elle a reçue du Canada. C’est sage à ce moment-ci, alors que la survie de milliers de réfugiés est menacée à court terme. Ce problème est secondaire et le Canada ne gagnerait rien à envenimer le climat au moment où il doit s’assurer d’entretenir le dialogue avec le Myanmar.

Et notre intervention doit tenir compte de l’hostilité bien réelle, qu’il a lui-même constatée, d’une grande partie de la population Rakhine à l’endroit de ceux et celles qui sont maintenant réfugiés et dont le Myanmar a aussi fait des apatrides, en les privant de citoyenneté dans leur propre pays.

M. Rae fait aussi preuve de prudence en ce qui concerne les accusations de génocide et de crimes contre l’humanité. La politique étrangère du Canada, rappelle-t-il, prévoit que les auteurs de crimes contre l’humanité soient tenus responsables de leurs gestes. Mais avant de juger les coupables, il faut d’abord récolter les preuves, et avant tout s’assurer de sauver le plus grand nombre de victimes.

C’est à cela qu’il faut d’abord consacrer nos énergies et nos ressources, tout en se préparant à l’éventualité d’une «intervention d’urgence» qui risque d’être nécessaire, dit-il. «Cela ne suppose pas nécessairement une confrontation militaire avec le gouvernement du Myanmar, écrit-il. Cela signifie que ce gouvernement devra accepter sans équivoque l’idée d’une présence internationale qui garantira le respect des principes fondamentaux des droits de la personne.» Et ça ne peut se faire sans maintenir des liens avec le gouvernement du Myanmar.

Le gouvernement Trudeau ne peut ignorer ce rapport. Le premier ministre n’aurait pas confié ce mandat à son ex-collègue s’il n’avait pas l’intention de s’en servir pour guider la politique canadienne dans ce dossier explosif.

Bob Rae évalue à 150 millions $ par année pendant quatre ans l’effort financier additionnel que le Canada devrait consentir pour être un acteur crédible et faire une différence sur le sort de centaines de milliers de victimes. Il nous faudra aussi probablement être prêts à ouvrir nos portes à plusieurs d’entre eux, même si la solution à ce désastre ne peut être un exode massif.

Il faut acquérir des terres pour agrandir les camps de réfugiés, les aménager, se préparer à empêcher les inondations et glissements de terrain qui se multiplieront bientôt avec la mousson. Ottawa doit répondre à cet appel. Et vite.