La députée provincial, Marie-France Lalonde

Rien de gagné à aller au fédéral

ÉDITORIAL / Marie-France Lalonde tentera sa chance au fédéral. La députée d’Orléans à l’Assemblée législative de l’Ontario l’a confirmé, lundi. Elle briguera l’investiture libérale dans la même circonscription qui l’a élue, il y a moins d’un an. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Elle dit avoir amorcé sa réflexion à la suite de l’annonce d’Andrew Leslie indiquant qu’il ne tenterait pas de se faire réélire, l’automne prochain. Député libéral depuis 2015, M. Leslie a sans doute été déçu de ne pas avoir été nommé ministre de la Défense nationale : Justin Trudeau lui a préféré Harjit Sajjan, qui s’est fort bien débrouillé dans cette fonction difficile. Andrew Leslie vient d’une famille de militaires de longue date, et de ministres de la Défense nationale. Cela a dû être une énorme déception pour lui, mais, homme droit, il n’en a rien laissé paraître. Puis, voyant ses perspectives de carrière bloquées, il a choisi de ne pas poursuivre sa vie politique. À 61 ans, on le comprend.

Cela ouvrait le siège de député libéral d’Orléans à la Chambre des communes. Arrive alors Marie-France Lalonde.

Mme Lalonde est députée provinciale depuis 2014. Elle a été whip, puis ministre des Affaires francophones et ministre des Services correctionnels, entre autres. Elle ne s’est pas embrouillée dans aucun dossier, même si sa performance comme ministre n’a pas été étincelante. Sa victoire l’année dernière fut un haut fait d’armes pour Mme Lalonde. Même si elle a perdu 14,5 points sur sa performance de 2014, elle a tenu bon. Elle a été l’un des sept libéraux réélus en 2018, freinant la vague du Parti progressiste-conservateur de Doug Ford dans Orléans. 

Récemment, elle était même sur les rangs pour diriger le Parti libéral de l’Ontario. Cela semblait confirmer son intérêt pour la politique ontarienne. Mais non.

Au fédéral, elle serait condamnée à l’arrière-ban. Il est certain que faire de la politique à 500 km de sa circonscription n’est pas facile. Il est certes plus attrayant d’en faire dans sa cour arrière, comme l’est Orléans par rapport à la colline parlementaire à Ottawa. Mais l’électorat juge parfois difficilement les candidats qui délaissent un poste qu’ils viennent d’assumer, pour un autre plus alléchant. Il y a des considérations pécuniaires aussi : à Queen’s Park, les salaires sont moins élevés, et puis, il n’y a pas de régime de pension. Mais ces éléments, qui comptent dans la vie d’un contribuable, pèsent moins en politique. Les électeurs pourraient lui en vouloir.

Du côté des conservateurs, trois candidats, David Bertschi, Will Hickie et Gerry Potter sont sur les rangs dans Orléans. Du trio, M. Bertschi est le plus connu... pas pour les bonnes raisons. Il a été défait par Royal Galipeau en 2011, ce qui ne l’a pas empêché de se porter candidat à la direction du Parti libéral du Canada, contre Justin Trudeau, avant de s’emmêler pour des raisons de financement politique. Là, il s’alignera du côté des Bleus, mais cela a surtout l’air d’une candidature de désespoir.

Marie-France Lalonde est la première à faire connaître ses intentions pour les libéraux fédéraux. Elle prend ses adversaires potentiels de vitesse. À ce jour, sa victoire à l’investiture semble bien entamée. Mais elle pourrait se retrouver au cœur d’une autre vague conservatrice, fédérale celle-là, car Orléans a fait confiance trois fois à M. Galipeau, conservateur de 2006 jusqu’à sa défaite de 2015. Il n’y a donc rien de gagné.

Entre son siège valide pour encore trois ans et un gros point d’interrogation au fédéral, quel serait le plus sûr ?