La jeune députée du Parti progressiste-conservateur, Amanda Simard

Qui attendait Amanda Simard?

ÉDITORIAL / Qui s’attendait à ce qu’Amanda Simard se lève de la sorte ? À ce que la jeune députée du Parti progressiste-conservateur clame haut et fort : « Je suis votre alliée. Je suis contre ces deux mesures ! Je ne vous abandonnerai pas. »

Nous parlons évidemment de la fermeture de l’Université de l’Ontario français et du Commissariat aux services en français. Quelle surprise elle nous a livrée !

Amanda Simard représente les gens de Glengarry-Prescott-Russell depuis juin dernier. La grande majorité des Franco-Ontariens n’ont jamais entendu parler d’elle. C’est la première grande sortie pour celle qui a succédé au libéral Grant Crack, qui a décidé de ne pas se représenter cet été.

Elle apporte sa jeunesse, son diplôme en droit de l’Université d’Ottawa et l’expérience d’un mandat de conseillère municipale à Russell. Elle a profité du vent de renouveau qui a balayé les libéraux, l’emportant avec 10 points d’avance dans les scrutins de l’Est ontarien. Une victoire facile, quoi.

Nous aurions pu nous attendre à ce qu’une députée si verte rentre dans le rang, la tête basse, pour ne pas entacher son avenir si rapidement. Nous savons bien ce qui arrive aux députés qui parlent trop : leur carrière prend fin subitement, ils sont placés sur la voie d’évitement et y restent jusqu’à ce qu’ils se décident à passer à autre chose. Ainsi, on la voyait déjà, prête à répéter la ligne de son parti sur cette question : que cela s’inscrit dans un exercice de redressement des finances publiques et blablabla... 

Au début, elle a été sous le choc, comme bien d’autres. Après quelques jours, elle s’est remise. Elle a consulté son chef, Doug Ford. « Il m’a écoutée », se borne-t-elle à dire. Nous devinons par là qu’il n’a pas eu une grande écoute compatissante.

« La députée Amanda Simard est une militante pour les Franco-Ontariens et nous apprécions sa présence dans notre caucus », a simplement signifié Simon Jefferies, le porte-parole de M. Ford.

Son idée est faite. Le leader du PC croit qu’il peut bafouer les droits des Franco-Ontariens sans coup férir. On verra.

Mais nous savons maintenant que les Francos ont une nouvelle alliée en Amanda Simard. Elle doit demeurer à son poste pour porter son message d’appui : pas question de quitter le caucus !

D’ailleurs, sa position lui a valu une invitation à l’émission Tout le monde en parle où elle retrouvera Ronald Caza, Dyane Adam et Marie-Pierre Héroux. M. Caza est cet avocat qui a vaincu le gouvernement de l’Ontario dans la cause de l’hôpital Montfort avec ses « principes non écrits » de la Constitution. Mme Adam est l’ancienne Commissaire aux langues officielles qui agit à titre de présidente du comité de mise en œuvre de l’Université de l’Ontario français. Mme Héroux est coprésidente du Regroupement étudiant franco-ontarien

Aujourd’hui, la bataille des Franco-Ontariens amorce sa deuxième semaine. Au choc du début succède « la résistance », comme l’a baptisée l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Nous connaissons nos adversaires. Ce sont Doug Ford et tous ceux qui pensent comme lui que les droits constitutionnels linguistiques doivent s’incliner devant un déficit. Caroline Mulroney, la ministre déléguée des Affaires francophones, est-elle du lot ? Cela reste à voir.

Nous connaissons aussi nos alliés : ce sont les 620 000 Franco-Ontariens qui ont réagi avec force et courage devant l’affront des conservateurs, le second en 21 ans, après l’hôpital Montfort. Et nous savons maintenant que les francophones de l’Ontario ont une amie qu’ils ne connaissaient pas en Amanda Simard.