Philippe Couillard et sa femme, Suzanne Pilote

Qu’en pense Suzanne?

ÉDITORIAL / Philippe Couillard et le Parti libéral ont marqué dans leur propre filet. Un chef de parti, de surcroît premier ministre, qui renie sa parole inspire la méfiance tant de la population que des militants libéraux. Que M. Couillard invoque «l’intérêt supérieur du parti» pour expliquer l’éviction du «doyen» François Ouimet dans Marquette pour le remplacer par l’ancien hockeyeur Enrico Ciccone témoigne de plus de sa difficulté à juger d’enjeux qui lui apparaissent sans doute trop terre à terre.

Dans une entrevue à La Presse, M. Couillard indiquait cette semaine que sa femme, Suzanne, était sa principale conseillère.

«Suzanne a une antenne très forte pour les gens. Elle ressent ce que la population pense de certaines situations. Il est certain que mon chef de cabinet et mes conseillers sont importants, mais j’ai beaucoup de considération pour les conseils de ma femme. Elle voit la politique comme la population, pour moi, c’est important.»

L’histoire ne dit pas si M. Couillard a sollicité ou non l’avis de sa conjointe avant de retirer son appui au député Ouimet, réélu à chaque élection depuis 1994.

Ce que la population a vu cette semaine de la politique contribue à augmenter le cynisme et la méfiance à l’égard des politiciens. Suzanne Pilote le dira probablement à son premier ministre de mari.

La très grande majorité des gens ne connaissaient pas François Ouimet avant sa conférence de presse mercredi. Ils ont aussi sûrement déjà oublié le nom du député en larmes, trahi par son chef et mis sur la voie d’évitement à 58 ans.

Plusieurs auront cependant retenu une chose que les adversaires politiques se plairont de rappeler : Philippe Couillard n’a pas tenu son engagement à l’égard d’un député apprécié dans sa circonscription — même s’il n’a jamais accédé au cabinet — et qui n’a jamais mis son parti dans l’embarras.

Jusqu’où M. Couillard est-il prêt à aller afin de mettre toutes les chances de son côté pour conserver le pouvoir?

Un des défauts de M. Ouimet, selon des propos recueillis par la Presse canadienne, serait qu’il n’était pas assez partisan. Vice-président de l’Assemblée nationale, il aurait ménagé l’opposition afin d’obtenir le poste de président laissé vacant par Jacques Chagnon.

Dans la population, bien des gens souhaiteraient pourtant que la partisanerie prenne moins de place et que les parlementaires travaillent plus efficacement et dans l’intérêt des citoyens.

«La constitution du parti permet au chef de sélectionner des candidats qui apportent une valeur ajoutée à l’équipe», a expliqué M. Couillard. L’association des libéraux de Marquette songe cependant à vérifier tout ça devant les tribunaux.

Si les libéraux sont défaits le 1er octobre, le parti n’échappera pas à une grande remise en question. En 2016, le président sortant de la commission politique nationale, Jérôme Turcotte, sonnait l’alarme. Il déplorait notamment le contrôle excessif du chef et de son entourage.

Bien des gens dans la population auront compris avec le traitement réservé au député Ouimet que M. Couillard et son parti sont prêts à tasser les militants d’un «comté» pour imposer leur candidat et leur image de renouveau. Certains trouveront également qu’ils sous-estiment l’intelligence des électeurs en pensant qu’il suffit de changer un peu l’emballage pour faire croire qu’un produit est nouveau et grandement amélioré.

Comme si l’arrivée de nouveaux visages pouvait faire oublier que les libéraux sont au pouvoir depuis 2003 — sauf pour une période de 18 mois — et que M. Couillard a servi sous le gouvernement Charest.

Il est également difficile de croire au renouveau d’une équipe qui recourt à la vieille méthode de distribution de chèques et de projets d’asphalte à quelques jours du déclenchement des élections.