Pierre Jury
La nouvelle commissaire aux services en français de l'Ontario, Kelly Burke, se décrit comme « passionnément Franco-Ontarienne ».
La nouvelle commissaire aux services en français de l'Ontario, Kelly Burke, se décrit comme « passionnément Franco-Ontarienne ».

Quelle autonomie aura Kelly Burke ?

ÉDITORIAL / Nous connaissons maintenant le nouveau titulaire du poste de commissaire aux services en français. Il s’agit de Kelly Burke, une avocate qui occupait le poste de sous-ministre adjointe au ministère des Collèges et Universités. Pendant cinq ans, auparavant, Mme Burke détenait un poste équivalent au ministère des Affaires francophones. Ce qui reste à savoir, c’est comment elle définira son nouvel emploi où elle succède, d’une certaine manière, à François Boileau, neuf mois après son départ.

Car le job de commissaire aux services en français, version 2020, ne consiste plus vraiment à faire ce que M. Boileau faisait. La plus importante nuance, c’est qu’elle n’est pas sa propre patronne, comme M. Boileau, qui relevait de l’Assemblée législative de l’Ontario. Dans sa nouvelle mouture, Mme Burke répond à l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, depuis que le Commissariat aux services en français a été intégré à celui de l’ombudsman. Cela demeure une inconnue quant à l’autonomie dont elle jouira dans ses nouvelles fonctions. M. Dubé voudra-t-il la conserver près d’elle et superviser son action, ou lui conférera-t-il une large autonomie ? Nous ne le savons pas, nous allons l’apprendre en la regardant aller.

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L’affaire avait fait énormément de bruit lorsqu’elle a été annoncée, le 15 novembre 2018. Le gouvernement de Doug Ford, qui avait dit faire ces coupures pour des raisons financières, s’est retrouvé coincé à admettre que les économies étaient, somme toute, minimes. Il a récupéré les 13 postes du commissariat et les a intégrés au Bureau de l’ombudsman. Il ne restait plus que les frais de bureau qui étaient épargnés. Plus significativement, ce sont les tâches qui relèvent du commissaire aux services en français qui demeurent floues, alors que Mme Burke a commencé son nouvel emploi, lundi. 

Qu’en fera-t-elle ? Comment définira-t-elle son action ? Quelle autonomie lui conférera M. Dubé ? Cela constitue la grande inconnue pour Mme Burke.

Certes, ses états de service ne font point douter de son intérêt pour la francophonie ontarienne. Elle s’est décrite elle-même comme « passionnément Franco-Ontarienne ». Elle a poursuivi : « J’ai sollicité ce rôle car il m’offre une occasion unique de contribuer par mes connaissances et mon expérience à la promotion des droits linguistiques des francophones au sein d’un organisme renommé pour son efficacité ».

Chaque titulaire d’un poste peut raisonnablement en faire ce qu’il désire, dans le cadre des fonctions qui lui sont dévolues. François Boileau a choisi de faire du commissariat une fonction militante et active, où il tentait de venir voir les coups au nom de la communauté franco-ontarienne. Nous en sommes peut-être venus à définir le poste ainsi. Mais Kelly Burke pourrait le voir autrement, plus ou moins militant, ou agissant de façon plus ou moins proactive. Évidemment, elle sera jaugée à l’aune de son prédécesseur, ce qui sera toujours un peu injuste. Elle mettra un peu la fonction « à sa main », pourrait-on dire, et cela reste à voir.

Ce serait plus facile pour Mme Burke si elle avait succédé à François Boileau dans le même poste que lui. Cela n’est pas le cas et nous examinerons constamment le travail qu’elle abattra avec sa fonction de commissaire adjointe à Paul Dubé. Au moins a-t-il choisi une Franco-Ontarienne convaincue, ce qui ne laisse que bien peu de doute sur ses intentions. Une candidature moins militante aurait mis dans l’embarras à la fois M. Dubé et le nouveau commissaire.

Pour le moment, huit mois ont été gaspillés à choisir Kelly Burke. Elle devra combler le retard. Elle aura besoin d’aide. Bonne chance.